Alger: Mgr Teissier dénonce le «projet inhumain» des groupes islamistes armés

L’archevêque d’Alger déplore les complicités existant en Europe

Alger, 23 février 1998 (APIC) L’archevêque d’Alger, Mgr Henri Teissier, a dénoncé en termes très vifs les «complicités» que peuvent trouver en Europe les groupes armés islamiques qui tentent par la violence d’imposer à l’Algérie leur «projet inhumain».

Dans une lettre adressée au cardinal Godfried Danneels, président de Pax Christi International, l’archevêque d’Alger exprime sa reconnaissance et celle de sa communauté pour le soutien apporté par le mouvement catholique pour la paix. Mgr Teissier répond ainsi à la lettre de solidarité qu’il vient de recevoir de l’archevêque de Malines-Bruxelles l’encourageant dans la longue épreuve que traverse depuis 1992 «avec tout le peuple algérien» la petite communauté chrétienne restée sur place.

«Nous sommes sensibles aux gestes de solidarité dans la prière et la sympathie qui nous sont adressés par beaucoup de communautés chrétiennes», écrit l’archevêque d’Alger Mgr Teissier précise toutefois: «Nous ne sommes pas seuls en Algérie à vivre cette résistance à la violence. Bien au contraire, c’est toute la société qui participe à cette résistance au projet inhumain que quelques-uns ont formé et qu’ils cherchent à imposer par la violence.»

«La dérive inhumaine d’une secte»

«Ce que nous n’arrivons pas à comprendre, déplore l’archevêque d’Alger, c’est que ces groupes armés puissent trouver des complicités en Europe, où beaucoup les désignent comme des interlocuteurs incontournables. Or, il s’agit de la dérive inhumaine d’une secte, dont les membres – surtout les commanditaires – devraient être isolés, traités et guéris. Ils refusent d’ailleurs tout dialogue avec d’autres qu’eux-mêmes, puisque nous sommes tous pour eux des impies ou des renégats, dont le sang est licite devant Dieu et devant les musulmans.»

La situation tragique fait naître de nouvelles proximités entre chrétiens et musulmans

Dans les épreuves tragiques que traverse le pays, «l’Esprit de Dieu fait naître de nouvelles proximités entre chrétiens et musulmans», note l’archevêque d’Alger. Il en veut pour preuve le message d’une amie musulmane de l’Eglise d’Algérie qu’il a transmis au président de Pax Christi International, le cardinal Danneels. Cette femme musulmane écrit notamment que «dans ces pays où nous sommes souvent frustrés par notre religion confisquée, la présence de l’église est une lueur d’espoir pour se consoler, continuer à aimer Dieu et le rechercher». Elle souligne que la présence des religieux, leur sacrifice (pensons notamment aux 7 moines de Tibhirine, atrocement assassinés par les GIA en mai 1996, ou à l’évêque d’Oran, Mgr Pierre Claverie, assassiné le 1er août 1996, et aux nombreux autres religieuses et religieux chrétiens qui ont subi le même sort depuis 1992, ndlr.), leur don de soi, leur œuvre sont un réconfort pour tous ceux qui par moment fléchissent et perdent espoir.

L’Eglise d’Algérie «nous a donné l’occasion d’apprendre à lutter pour que grandisse l’humanité dans la justice, la liberté, la vérité, la solidarité et la fraternité. (…) Par moment, on a envie de rejeter Dieu; or la présence de l’Eglise, son sacrifice, nous rappellent à l’ordre et nous aident à voir Dieu à l’œuvre et nous rendent responsables.

Et de souligner que la présence de l’Eglise est plus que jamais vitale en Algérie, «pour non seulement défendre, mais assurer cette pérennité de l’Algérie plurielle, pluriethnique, ouverte sur le prochain, foncièrement tolérante et solidarité. Pour construire l’histoire de l’Eglise de demain, ou la religion de demain, ou mieux encore l’Homme de demain».

«Construire l’Algérien pluriel, l’Homme pluriel»

«Les religieux de l’Eglise d’Algérie qui ont choisi de rester avec nous, pour nous, continuent à construire l’Algérien pluriel, l’Homme pluriel. Effectivement, en Algérie, aujourd’hui, tout est mêlé, il n’y a pas spécialement des chrétiens, ni spécialement des musulmans. En Algérie, il y a la réévélation de Dieu, parce que l’homme de demain est en train de se construire. L’Eglise d’Algérie est là pour cela. C’est pour cela que je fais appel aux forces de Dieu et de l’amour de Dieu à l’intérieur et à l’extérieur pour ne pas baisser les bras. C’est une destinée commune, des valeurs communes, qui forment cette espérance de vie, cette soif de paix dans le respect, la tolérance. Il n’y a pas d’autre salut.» (apic/com/be)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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