L’Eglise abandonne l’espoir de retrouver les assassins

Algérie : Cinq ans après la mort des trappistes, leur monastère Tibhirine est toujours vide

Rome, 27 mai 2001 (APIC) Cinq ans après le meurtre de sept des leurs, les moines trappistes voudraient retourner à Tibhirine pour répondre à l’appel de la population, mais le gouvernement algérien estime que la région est encore trop dangereuse. Avis partagé par le Père Armand Vielleux, abbé de l’abbaye Notre-Dame de Scourmont Forges (Chimay), en Belgique.

La signification du martyre des sept moines du Monastère de Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine, trouvés morts le 21 mai 1996, deux mois après leur enlèvement par des fondamentalistes musulmans algériens, est claire pour le Père Armand Vielleux: ils ont payé le prix de la fidélité à un peuple qu’ils aimaient.

Dans une interview diffusée par Radio France Internationale (RFI), pour l’anniversaire de l’annonce du meurtre des moines, l’abbé Vielleux a souligné que depuis l’assassinat des trappistes, l’Eglise était passée de «l’espoir au manque d’espérance». «Je me suis rendu en Algérie pour essayer de les retrouver, morts ou vivants, mais en vain, a-t-il rappelé, soulignant que pendant les deux mois de détention des religieux, il n’y a eu de négociations entre l’Eglise et le mouvement armé. «Il y en a eu certainement avec divers services, mais l’Eglise n’a jamais été impliquée», a-t-il fait remarquer, estimant qu’il n’y avait plus d’espoir de retrouver les auteurs du crime cinq ans après les faits.

Liens étroits avec les musulmans

Le Père Armand Vielleux (Canada), à l’époque procureur général des Trappistes, indique qu’une partie de la communauté de Tibhirine se trouve actuellement au Maroc. Un groupe pensait retourner à Tibhirine d’ici la fin de cette année, mais il y a encore trop de violence dans la région de Médéa. «C’était une communauté très unie, dit-il. Toutes leurs décisions étaient prises d’un commun accord. Il y avait une interprétation commune de la situation, ainsi qu’une décision communautaire de rester fidèles à leur vocation et fidèles à la population avec laquelle ils vivaient».

«Les moines de Tibhirine, ajoute l’Abbé de Notre-Dame de Scourmont, étaient fortement liés au pays, à la population locale, aux musulmans et aux chrétiens. La population musulmane est très liée au monastère qu’elle a préservé et gardé car elle désire que les missionnaires restent présents.»

En 1996, sept moines, dont leur prieur Christian de Chergé, avaient été enlevés et tués dans par des terroristes islamistes. Cette disparition avait suscité une grande émotion et le désir de faire revivre Tibhirine, tôt ou tard. En 1998 déjà, quatre moines, un Algérien, un Français, un Espagnol et un Polonais, se trouvaient à Alger pour se préparer à vivre à Tibhirine, situé à une centaine de kilomètres au sud d’Alger, en apprenant l’arabe et le français. Le monastère de Tibhirine, ainsi que le prieuré de Notre-Dame de l’Atlas de Fès, au Maroc, qui lui était rattaché, dépendent tous deux de l’abbaye d’Aiguebelle à Grignan (Drôme). (apic/cip/ibc/mjp)

27 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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