Des pas irréversibles faits en direction du pluralisme démocratique
Algérie: Mgr Teissier, archevêque d’Alger, confiant à la veille des élections présidentielles
Alger, 13 avril 1999 (APIC) «Des pas irréversibles ont été faits en direction du pluralisme démocratique, une nouvelle étape s’ouvre en Algérie pour surmonter une crise très grave», constate, confiant, Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger. A la veille des élections présidentielles du 15 avril, qui voient s’affronter sept candidats à la magistrature suprême, l’évêque d’origine française souligne qu’après avoir été soumis dix ans durant à la violence de groupes armés particulièrement inhumains et à la contre-violence des forces de l’ordre et d’autodéfense, «le peuple algérien aspire avant tout à la paix.»
Dans une interview accordée à l’agence vaticane FIDES, l’archevêque d’Alger salue l’émergence de la société civile et l’exigence générale de l’instauration en Algérie d’un Etat de droit qui garantisse la justice pour tous. «Tous les Algériens aspirent à la paix et à la réconciliation, au moins avec ceux qui n’ont pas les mains tachées de sang». Et Mgr Teissier de souligner que la majeure partie des courants politiques, durant la campagne électorale, insistent avant tout sur la nécessité de la paix avec tout le monde. L’autre attente du peuple en général concerne la justice sociale et le dééveloppement économique.
Une jeunesse frappée de plein fouet par la crise
En effet, à la fin des années 80, la société algérienne, comme nombre de pays qui avaient choisi le modèle de développement soviétique lors de l’indépendance, a dû s’adapter à l’économie de marché. De nombreuses sociétés nationales ou départementales ont ainsi fermé leurs portes ou dû réduire leurs effectifs. Les nouvelles entreprises privées ne sont pas encore légion. Le chômage touche particulièrement les jeunes, y compris les diplômés. C’est pourquoi beaucoup de jeunes ne peuvent pas se marier, faute de travail, ou parce qu’ils ne sont pas en mesure de payer le loyer d’un appartement. Les conséquences d’une telle situation sont très graves.
Malgré tout, poursuit Mgr Teissier, beaucoup pensent qu’une ère nouvelle est en train de se lever en Algérie. «En ce moment, sept candidats se présentent dans une élection présidentielle réellement pluraliste. En 1995 déjà, l’élection présidentielle était ouverte, mais
cette fos-ci, le problème de la sécurité est moins grave et le débat dans la société est plus ouvert. Ceux qui n’ont pas l’intention de voter expriment quoi qu’il en soit des réserves face à un pouvoir qui apparaît encore trop peu ouvert à une alternance démocratique réelle. Un autre signe d’espérance est la demande générale d’un Etat de droit, où la justice soit garantie pour tous. Enfin, la gravité même de la crise a suscité de vastes interrogations sur les causes de la violence, les relations entre religion et politique, la condition de la femme et le respect des choix faits en conscience par chacun.»
La petite communauté chrétienne jouit de la sympathie du peuple algérien
Quant aux chrétiens, une infime minorité en Algérie, ils se sont assurés la sympathie de leurs voisins et de leurs collaborateurs, là où ils vivent. «Nos voisins, en effet, sont sensibles au fait que des membres de la communauté chrétienne, au moins ses prêtres, ses religieuses et quelques laïcs, sont malgré tout restés dans le pays durant la crise.»
Cette fidélité a été chèrement payée par la mort de 19 membres du personnel ecclésial: prêtres, religieuses, religieux – notamment les sept moines trappistes de Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine -, sans oublier Mgr Claverie, évêque d’Oran. Des dizaines de laïcs d’origine étrangère ont été assassinés, sans doute parce qu’ils étaient étrangers, mais aussi parce qu’ils étaient chrétiens. C’est le cas des 12 Croates égorgés le 14 décembre 1993 dans un torrent près de Tibhirine.
Des volontaires pour l’Eglise d’Algérie
Mgr Teissier considère comme un signe particulier d’espérance la venue courageuse d’une trentaine de volontaires, prêtres et religieuses, dont une vingtaine n’avaient jamais mis les pieds dans le pays, rejoints par une dizaine d’autres qui ont accepté de retourner en Algérie malgré la crise, ou même à cause d’elle. «En deux ans, nous avons ainsi vu un renouvellement de 15% du personnel de l’Eglise, ce qui est important pour l’avenir de notre petite Eglise en Algérie. Nous remercions les congrégations et les diocèses qui ont eu le courage de soutenir ces vocations. Maintenant, nous demandons aux mouvements laïcs, spécialement aux nouveaux mouvements, de répondre avec générosité et de manière positive à l’appel de l’Eglise d’Algérie.»
Pour l’archevêque d’Alger, la mission de sa communauté est très particulière: «Nous voulons être en quelque sorte l’Eglise d’une société qui est pratiquement complètement musulmane. Dans leurs responsabilités professionnelles, leur engagement social et humanitaire, et par dessus tout dans les relations d’amitié, les membres de la communauté chrétienne établissent une authentique collaboration islamo-chrétienne. C’est comme un pont entre deux univers spirituels trop souvent antagonistes. Ici, dans nos petits groupes de chrétiens, nous apprenons à vivre fraternellement avec les musulmans et réciproquement. Nous croyons que c’est ainsi qu’on approfondit une relation évangélique entre chrétiens et musulmans. C’est une grande espérance non seulement pour l’avenir de l’Eglise en Algérie, mais aussi pour l’avenir des relations islamo-chrétiennes dans le monde. La crise de la société algérienne n’a pas découragé notre témoignage; bien au contraire, il l’a approfondi !» (apic/fs/be)



