Allemagne: Après avoir suscité une vague de protestations, Mgr Mixa tente de calmer le jeu

Jeunes mères allant travailler qualifiées de «machines à procréer»

Berlin, 26 février 2007 (Apic) Après avoir déclenché la semaine dernière une vague de protestations allant de la droite à la gauche de l’échiquier politique pour avoir qualifié les jeunes mères allant travailler de «machines à procréer», Mgr Walter Mixa tente maintenant de calmer le jeu. L’évêque catholique d’Augsbourg s’en était pris au projet de la ministre démocrate-chrétienne de la famille, Ursula von der Leyen (CDU), de tripler ces prochaines années, jusqu’en 2013, le nombre de places dans les crèches allemandes.

Mgr Mixa critique les plans de la ministre CDU de tripler jusqu’en 2013 le nombre de places dans les crèches et auprès de mamans de jour, passant des 250’000 places actuelles à 750’000. L’évêque d’Augsbourg, après avoir réitéré ses critiques dans le quotidien «Bild»-Zeitung» et refusé de s’excuser pour avoir utilisé le terme dégradant de «machines à procréer» pour les femmes qui retournent travailler après une naissance, affirme maintenant que les mots ont été sortis de leur contexte.

Sur le site internet du diocèse d’Augsbourg, www.bistum-augsburg.de, on pouvait cependant encore lire lundi la phrase litigieuse traitant de «Gebärmaschine» (machine à accoucher) les femmes qui confient leurs enfants après leur naissance «à la garde de l’Etat».

L’évêque affirme que c’est mépriser ainsi toutes les connaissances scientifiques sur les relations particulières entre la mère et l’enfant dans les premières années de la vie de l’enfant. Le prélat du deuxième plus important diocèse de Bavière critique le fait qu’après le changement de chef au ministère de la famille (suite aux dernières élections, ndr), il n’y a eu quasiment aucun changement de personnel au niveau des cadres et conseillers de ce dicastère. Et de déplorer que dominent toujours dans ce secteur «les vieilles représentations socialistes», qui sont maintenant «anoblies» par la nouvelle ministre de la famille de l’étiquette «démocrate-chrétienne».

Une politique basée sur «les vieilles représentations socialistes»

Il qualifie le projet de la ministre von der Leyen de «dommageable pour les enfants et les familles» et regrette qu’il soit fixé unilatéralement sur la promotion active du retour au travail des mères de jeunes enfants. Le financement de nouvelles crèches qui se ferait au détriment d’autres prestations familiales est à ses yeux un «scandale de société». Pour lui, la politique familiale d’Ursula von der Leyen ne sert pas en premier lieu le bien des enfants ou le renforcement de la famille, mais est avant tout destiné à recruter des jeunes femmes «comme une réserve de forces de travail pour l’industrie».

Pour l’évêque d’Augsbourg, le modèle à penser du ministère allemand de la famille fait directement penser à l’idéologie de l’ancienne Allemagne communiste (RDA), où les enfants étaient confiés à la garde de l’Etat. Il affirme que la RDA avait la plus grande densité de crèches et le taux de naissances le plus bas d’Europe. Mgr Mixa estime que les véritables professionnels de l’éducation de l’enfant ne sont les professionnels des crèches, mais ses propres parents, «et en particulier sa mère». Et de souligner qu’un concept moderne de politique familiale devrait avoir pour but de favoriser la compatibilité de l’éducation des enfants et l’activité professionnelle en dehors de la famille «non pas simultanément, mais l’une après l’autre».

Dans ce sens, dénonce-t-il, la politique de la ministre démocrate-chrétienne von der Leyen «ne se distingue pas de la politique familiale erronée du précédent gouvernement rouge-vert».

Dimanche soir, lors de l’émission de Sabine Christiansen sur la chaîne de télévision ARD, Mgr Walter Mixa a tenté de calmer le jeu, en affirmant qu’il n’était pas contre les crèches, mais qu’il voulait le bien des enfants. A ses yeux, mettre les enfants dans des crèches doit être l’exception, et «une place dans une crèche n’est pas la meilleure place pour l’enfant». Il a cependant reconnu que de nombreux parents sont obligés de travailler, tout en relevant que le temps partiel pourrait être une aide importante pour combiner des attentes diverses.

Des propos «totalement absurdes»

Le ministre de la famille du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet (CDU), a critiqué pour sa part critiqué la dureté et le ton polémique de la discussion, en relevant que l’Allemagne était la «lanterne rouge» de l’Europe en ce qui concerne les places dans les crèches. Le Ministre président du Land de la Sarre, le démocrate-chrétien Peter Müller (CDU), a quant à lui qualifié les propos de Mgr Mixa de peu constructifs et de «totalement absurdes» dans le choix des mots.

Lundi 26 février, c’était au tour du cardinal Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, de déplorer sur les ondes de la radio les polémiques sur le sujet. Il a estimé que l’Allemagne devait rattraper son retard en matière de crèches, tout en partageant avec Mgr Mixa la crainte que trop d’influence de l’Etat sur l’éducation des enfants pourrait être dommageable. Mgr Lehmann Il a également mis en garde contre le risque de financer les nouvelles places dans les crèches en coupant dans le budget d’autres soutiens aux familles. (apic/kna/be)

26 février 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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