Les Eglises allemandes montent aux barricades

Allemagne: Campagne pour l’ouverture des grands magasins le dimanche

Bielefeld, 17 août 1999 (APIC) Les grandes Eglises d’Allemagne, protestantes et catholique romaine, se sont fermement prononcées contre l’ouverture des magasins le dimanche et leurs responsables se sont exprimés en ce sens alors que certains grands magasins multiplient les pressions pour obtenir l’ouverture dominicale.

En Allemagne, les heures d’ouverture sont strictement régies par la loi, qui limite les heures d’ouverture des magasins les jours ouvrables et interdit à presque tous les magasins d’ouvrir le dimanche. L’ouverture de magasins le dimanche est autorisée seulement pour certaines raisons, comme la vente de souvenirs.

La polémique s’est amplifiée au début du mois lorsque dans la capitale, Berlin, une des plus grandes chaînes de distribution du pays, «Kaufhof», a ouvert ses succursales dans la ville en dépit de la loi interdisant l’ouverture dominicale. Pour contourner l’interdiction, le magasin a fait apposer sur tous les produits une étiquette portant «souvenirs de Berlin». «Kaufhof» s’est vu infliger une amende de 50’000 Deutsche Mark (environ 41’000 francs) par un tribunal de Berlin pour «avoir essayé manifestement d’enfreindre l’interdiction concernant l’ouverture dominicale».

L’affaire a provoqué un grand débat en Allemagne, et Herta Däubler-Gmelin, ministre de la Justice et membre du Parti social-démocrate (SPD), a protesté contre «ces directeurs de magasins astucieux qui enfreignent la loi». Le leader de l’opposition, Wolfgang Schäuble, de l’Union démocrate chrétienne (CDU), a rappelé l’importance du repos dominical dans «notre culture chrétienne».

Pourtant, «Kaufhof» et d’autres grands magasins ont quand même ouvert leurs succursales le dimanche 15 août, en invoquant une clause de la loi qui autorise les magasins à ouvrir le dimanche durant une fête locale. Sur la grande place, Alexanderplatz, à l’est de la ville, où «Kaufhof» compte une des ses principales succursales, le magasin a organisé une fête pour célébrer le 30e anniversaire de la construction d’une fontaine sur la place, attirant ainsi, rapporte la presse, des milliers de personnes dans le magasin.

Un acquis de notre civilisation

Pour Manfred Kock, président de l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), conserver un jour de repos est l’un des «acquis culturels les plus valables de la tradition judéo-chrétienne».

L’ouverture des magasins le dimanche, a-t-il averti, pourrait inciter d’autres milieux de l’économie à exercer aussi certaines pressions.

Pour Mgr Josef Homeyer, président de la Commission des affaires sociales de la Conférence épiscopale allemande, «l’ouverture dominicale pratiquée à notre époque par certains magasins pourrait changer le caractère même du dimanche».

Selon l’Eglise catholique romaine, l’ouverture des magasins le dimanche non seulement porte atteinte à la loi qui réglemente les heures de fermeture, mais elle met également en danger le principe du dimanche comme jour de repos.

Les critiques concernant l’ouverture dominicale n’émanent pas seulement des Eglises d’Allemagne. Le Syndicat des employés de magasins a averti «ceux qui autorisent les gens à travailler par roulement ou sept jours par semaine mettent en danger non seulement leur santé mais aussi leur vie sociale et familiale».

Attention danger

L’analyste Karl-Heinz Geissler est d’accord avec l’Association. «Aucune société ne peut exister à long terme sans une alternance d’activités et de repos», a-t-il dit déclaré à l’agence de presse catholique «Katholischer Nachrichten Agentur». Selon lui, les êtres humains doivent avoir des contacts sociaux dans le cadre de la famille, de clubs, d’associations. «Sans un temps de repos le dimanche, la société est en danger.»

Toutefois, d’après un sondage d’opinion réalisé pour le magazine «Focus», une majorité d’Allemands voudraient que la loi réglementant les heures d’ouverture soit abrogée et 66 % appuient les magasins qui voudraient décider eux-mêmes de l’ouverture dominicale. Néanmoins, la plupart des personnes interrogées ne désirent pas de changement dans la nature des week-ends.SLe dernier amendement de la loi sur les heures d’ouverture remonte à 1996. Les magasins avaient été autorisés à ouvrir de 6 heures à 20 heures, du lundi au vendredi, et de 6 heures à 16 heures le samedi. Les boulangeries, pharmacies, stations-service et les magasins d’articles de loisirs peuvent ouvrir le dimanche. (apic/eni/pr)

17 août 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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