Allemagne: Critiques croissantes contre la nouvelle Bible rédigée en «langage inclusif»

Malgré son succès de librairie

Hanovre/Bonn, 2 avril 2007 (Apic) La traduction de la Bible en «langage inclusif», en vente en Allemagne depuis l’automne dernier, connaît un grand succès de librairie. Mais cette «Bibel in gerechter Sprache», qui veut rendre justice aux femmes, aux juifs et aux groupes marginalisés, se heurte de plus en plus à la critique au sein de l’EKD, l’Eglise Evangélique en Allemagne. L’EKD est la communauté des 23 Eglises régionales qui couvre la totalité du territoire de la République Fédérale d’Allemagne.

Dans cette nouvelle traduction, on note par exemple que Dieu est présenté à la fois comme père et mère. Cette oeuvre de 2’400 pages était en chantier depuis 2001. Une cinquantaine de théologiens, essentiellement d’origine protestante, y ont travaillé. Dans la prise de position qu’il vient de prendre, le Conseil de l’EKD relève que le texte biblique de référence reste évidemment, pour les membres de l’Eglise Evangélique en Allemagne, la Bible de Luther.

L’EKD reconnaît certes la passion et la force avec lesquelles les théologiens se sont engagés, mais ces efforts se sont malheureusement égarés sur une fausse piste en raison des principes et critères problématiques qui ont été adoptés par les traducteurs. Selon l’Eglise Evangélique, les critiques ne visent pas les efforts faits pour souligner la signification des femmes dans la Bible et la multiplicité des images de Dieu.

Une traduction relevant de «l’hérésie» et «d’intérêts idéologiques»

L’ancien évêque de Lübeck, Ulrich Wilckens, qualifie la traduction de contraire à la confession de foi de l’EKD. Dans une expertise théologique, il estime que cette Bible en «langage inclusif» ne convient même pas à une lecture personnelle. Elle n’est donc pas du tout utilisable pour la pratique de l’Eglise. L’évêque luthérien du Schleswig Hans Christian Knuth, de l’Eglise évangélique luthérienne du nord de l’Elbe, estime lui aussi que cette version de la Bible est inadaptée et ne peut être utilisée pour le culte.

Quant au président du Conseil de l’EKD, Wolfgang Huber, il a déploré que la traduction «n’était pas réussie». Raison pour laquelle l’Eglise Evangélique en Allemagne ne recommande pas son usage. Cette version de la Bible a pour intention de rendre justice aux femmes, aux juifs et aux groupes marginalisés, selon les traductrices. Une femme défend ce projet: Bärbel Wartenberg-Potter, évêque de Lübeck.

Mais pour l’ancien évêque de Lübeck, Ulrich Wilckens, qui a lui-même traduit le Nouveau Testament quand il était professeur de théologie à Hambourg, l’esprit de cette traduction relève de «l’hérésie» et «d’intérêts idéologiques». Ainsi, en voulant éviter le mot «père» pour désigner Dieu, on change à dessein l’être du Dieu de la Bible, relève-t-il. Jésus n’apparaît plus comme fils de Dieu et rédempteur, mais comme un homme exemplaire, qui fait comprendre aux hommes les traits féminins de son expérience de Dieu.

«Die Bibel in gerechter Sprache» a été réalisée en l’espace de cinq ans par 42 femmes et 10 hommes et a comme objectif d’atténuer le langage violent tout en tenant compte des perspectives de la théologie féministe et de la théologie de la libération. Entre autres, elle fait référence aux disciples, apôtres et diacres femmes et hommes. Notons que pour l’instant, il n’y a pas eu de commentaires concernant cette Bible en «langage inclusif» de la part des évêques catholiques allemands. (apic/kna/be)

2 avril 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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