Allemagne: Critiques sévères des milieux juifs face à libéralisation de la messe tridentine

«L’Eglise se distancie des juifs»

Berlin, 12 juillet 2007 (Apic) Les milieux juifs en Allemagne ont émis des critiques sévères concernant la libéralisation de la messe tridentine. «L’Eglise se distancie des juifs», écrit ainsi dans son édition du 12 juillet l’hebdomadaire juif «Jüdische Allgemeine», édité à Berlin. Dans sa nouvelle Lettre apostolique en forme de «motu proprio», datée du 7 juillet, le pape Benoît XVI donne les conditions de la libéralisation de la messe tridentine.

Des responsables juifs en Allemagne estiment qu’avec cette libéralisation, l’Eglise catholique se distancie des juifs «pour se rapprocher des cercles ultraconservateurs». C’est en tout cas l’avis de l’ancien rabbin du Wurtemberg, Joël Berger, dans le «Jüdische Allgemeine». Le Conseil central des juifs en Allemagne – fondé en 1950, il recense actuellement 85 communautés juives et a pour but de protéger la religion et la culture juives ainsi que de représenter les intérêts politiques de la communauté juive – émet lui aussi de sévères critiques. Il parle d’un retour en arrière de l’Eglise catholique «aux temps du Moyen Age antijuif».

La Conférence des évêques allemands, en faisant référence au cardinal secrétaire d’Etat du Vatican Tarcisio Bertone, rappelle que durant le Vendredi Saint et la fête de Pâques, on ne peut utiliser que le nouveau missel. La note du Vatican précise en effet que l’usage de la liturgie de la Semaine sainte antérieure à l’édition de 1962 au cours de laquelle étaient cités ’les juifs perfides’ n’est pas autorisé. Cependant, le Saint-Siège n’a fait aucun commentaire sur la prière «pour la conversion des juifs» présente dans le Missel de 1962 dont l’usage est désormais élargi.

Joël Berger qualifie de «scandaleux» le fait que le «motu proprio» laisse cette possibilité et que le pape n’ait pas interdit cette prière. Le secrétaire général du Conseil central des juifs en Allemagne, Stephan J. Kramer, qualifie cette «libéralisation sans conditions» de la messe tridentine dans le journal «Die Welt» de mercredi de «contradiction éclatante» de l’esprit du Concile Vatican II (1962-65). Selon le Concile, les juifs ne doivent pas être convertis, souligne-t-il. S. Kramer qualifie cette décision romaine de «gifle retentissante» pour ceux qui, des deux côtés, s’étaient engagés sérieusement pour un dialogue serré. (apic/kna/be)

12 juillet 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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