Les gens les plus productifs seraient donc plus bénis ?

Allemagne: Jubilé de Calvin, des interrogations quant à l’éthique protestante du travail

Trèves, 21 avril 2009 (Apic) L’évêque luthérienne allemande Margot Kässmann, membre du Comité central de la Conférence des Eglises européennes (KEK), a critiqué l’éthique de travail protestante attribuée au théologien du XVIe siècle Jean Calvin. M. Kässmann affirme que cette éthique a atteint ses limites dans le climat économique et social actuel.

«La grâce de Dieu ne touche pas seulement ceux qui sont forts et productifs au sein de la société», a déclaré l’évêque Kässmann lors d’un colloque organisé alors que le monde protestant célèbre cette année le 500e anniversaire de la naissance de Calvin, connu pour son rôle à Genève, un des berceaux de la Réforme protestante.

Selon l’agence de presse protestante allemande epd, l’évêque Kässmann estime qu’elle est tenue de s’exprimer à ce propos, en cette période où la culture du résultat est si bien implantée dans la société. S’exprimant le la semaine dernière dans le cadre du Musée historique allemand à Berlin, Margot Kässmann considère comme problématique la croyance selon laquelle «les gens qui sont plus productifs sont plus bénis. En période d’épuisement, nous devons nous demander: ’Qu’avons-nous déclenché par cette éthique ?’»

Calvin et l’émergence du capitalisme ?

Dans ses enseignements, Calvin a propagé un fort sens du devoir et de l’utilité, que l’on considère souvent comme la base de l’éthique protestante du travail. Cette éthique est vue comme l’un des facteurs ayant contribué à l’émergence du capitalisme.

Le colloque de Berlin marquait le début d’une série d’événements organisés au Musée pour commémorer Calvin (1509-1564). La rencontre avec l’évêque Kässmann portait sur la discipline. Un débat aura lieu par la suite chaque semaine, sur l’argent, la résistance, les images et la démocratie.

Le colloque s’inscrit dans le cadre de l’exposition mise en place par le Musée sur la vie et l’oeuvre de Calvin, qui s’intitule: «Le calvinisme: les protestants réformés en Allemagne et en Europe». Il se déroule jusqu’au 19 juillet. Avec plus de 360 documents historiques, oeuvres d’art et objets liturgiques, l’exposition est la plus grande du genre en Europe pendant l’année de Calvin.

L’exposition aborde également des thèmes tels que l’expulsion, les migrations et les minorités. Elle a été inaugurée le 1er avril par le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, un calviniste, en présence de l’évêque de Berlin Wolfgang Huber, qui est à la tête de l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), principale organisation protestante du pays, et d’autres dignitaires.

Les boni excessifs des banquiers au pilori

Jan Peter Balkenende a affirmé que les réformateurs de l’Eglise tels que Calvin et Martin Luther luttaient constamment contre l’injustice dans leurs sociétés. Aujourd’hui, cette résistance doit être mise en parallèle avec la culture des boni excessifs des banquiers.

Le politicien néerlandais a souligné que la forte éthique de travail qui forme une part importante de la théologie calviniste s’inscrit dans un cadre moral. A la lumière de la crise économique mondiale actuelle, Jan Peter Balkenende a déclaré: «Il serait bon que les marchés financiers soient davantage gouvernés par ce principe». (apic/eni/be)

21 avril 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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