Pas d’emploi systématique de travail forcé de la part de l’Eglise
Allemagne: L’Eglise catholique allemande a employé des travailleurs forcés durant la guerre
Bonn/Wurtzbourg, 28 août (APIC) Les évêques catholiques d’Allemagne ont débuté lundi à Wurtzbourg leurs travaux concernant l’indemnisation des travailleurs forcés sous le nazisme. Des institutions catholiques allemandes ont en effet bel et bien employé des travailleurs forcés étrangers durant deuxième guerre mondiale, a reconnu le porte-parole de la Conférence épiscopale allemande, Rudolf Hammerschmidt.
Les propos de Rudolf Hammerschmidt – et en particulier le fait que les travailleurs forcés auraient été employés par l’Eglise «partout» en Allemagne – ont été largement repris par les médias allemands. Tout en expliquant que ses paroles avaient été déformées et qu’il n’avait pas dit «partout», une de ses collègues, Martina Hoens, a reconnu toutefois que de nombreuses institutions catholiques en Allemagne avaient employé des travailleurs forcés. De nombreux documents indiquent, a précisé par ailleurs Martina Hoens, que des prêtres et des religieux catholiques ont aidé les travailleurs forcés à survivre pendant cette période.
Le Conseil permanent de la Conférence épiscopale qui comprend 27 des 76 évêques catholiques allemands est réuni depuis lundi 28 août pour faire le point sur la situation. Des dossiers portant sur 40 cas de travailleurs forcés doivent être soumis au Conseil permanent qui décidera alors d’une forme de dédommagement pour les travailleurs forcés.
Publication d’un rapport de recherche intermédiaire
Un rapport intermédiaire, fruit des recherches de la commission pour l’histoire contemporaine mise en place par la Conférence des évêques d’Allemagne, constate cependant qu’il n’y a pas eu d’emploi systématique de travailleurs forcés de la part de l’Eglise catholique sous le régime nazi.
On avance dans les milieux d’Eglise le chiffre provisoire de 1’500 personnes, employées surtout comme auxiliaires dans le travail ménager et agricole, dans des hôpitaux ou des lazarets. Ce chiffre relativement bas doit être mis en comparaison avec les 7,9 millions de prisonniers de guerre et de travailleurs civils – chiffres de l’été 1944 – forcés à travailler dans le «grand Reich allemand». 2,8 millions de ces travailleurs esclaves venaient d’Union soviétique, 1,7 de Pologne, 1,2 de France.
Pas de participation de l’Eglise catholique au Fonds d’indemnisation officiel
Le Conseil permanent de la Conférence épiscopale ne devrait pas, estiment les observateurs, décider de participer au Fonds d’indemnisation des travailleurs forcés décidé par le Bundestag, qui concerne avant tout les entreprises allemandes. Le secrétaire de la Conférence, Hans Langendörfer, a laissé entendre qu’en cas d’indemnisation, l’Eglise chercherait dans la mesure du possible une solution qui lui soit propre. On réfléchit en haut lieu dans quelle mesure l’on pourrait faire intervenir les œuvres d’entraide catholiques déjà actives en Europe de l’Est. Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale, fera connaître ce mardi les résultats des discussions.
Il y a environ un mois, l’Eglise avait déclaré qu’il n’y avait aucune preuve montrant qu’elle avait participé à ce système appliqué en Allemagne pour remplacer les homme adultes qui étaient envoyés au front. Le porte-parole de la Conférence épiscopale allemande a indiqué au journal «Welt am Sonntag» que des documents avaient révélé que des travailleurs forcés étaient employés dans des monastères, diocèses, paroisses, et institutions catholiques.
Des centaines d’institutions religieuses confisquées ou expropriées
Actuellement, la recherche est menée au niveau des paroisses, des diocèses, dans les congrégations religieuses et les institutions catholiques comme la Caritas. Mais il est difficile d’établir une statistique fiable. Il faut notamment préciser la nature de la responsabilité juridique en ce qui concerne les institutions appartenant à l’Eglise qui ont été réquisitionnées par le régime nazi. 1’867 institutions de l’Eglise et 1’603 couvents ont été réquisitionnés pendant la guerre et ont servi de lazarets pour les blessés, de centres pour les réfugiés et les déplacés, de centres d’hébergement pour les enfants envoyés à la campagne ou pour les travailleurs employés dans l’industrie d’armement.
Certaines de ces institutions ont tout simplement été expropriées ou confisquées, comme par ex. plus de 120 couvents pris à l’Eglise en avril-mai 1941. Les religieux ou religieuses, s’ils n’en étaient pas chassés, étaient assignés dans leurs couvents. On a pu dans certains cas leur attribuer de la main d’œuvre forcée pour les travaux ménagers et agricoles ou pour aider dans les lazarets. Dans une telle situation, les moines ou les religieuses n’avaient pas la responsabilité de ce qui se passait dans leur couvent, le pouvoir étant exercé par la Wehrmacht, la police ou d’autres organismes dépendant de la SS. Mais certaines institutions catholiques qui employaient des travailleurs forcés n’avaient pas été expropriées par les nazis et se trouvent donc dans une toute autre situation.
Pas comparable au calvaire des travailleurs de l’industrie allemande
Les recherches en cours montrent d’ores et déjà – et sans exception – que la situation dans laquelle vivaient concrètement les travailleurs forcés étrangers dans les institutions catholiques n’était pas du tout comparable au calvaire vécu par leurs compagnons d’infortune dans l’industrie allemande ou les fabriques d’armements.
Le gouvernement allemand et plusieurs grandes entreprises allemandes ont mis en place un fonds d’indemnisation qui devrait atteindre 10 milliards de deutsche marks en faveur des travailleurs forcés survivants. Le mois dernier, l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), et la principale œuvre d’entraide protestante «Diakonisches Werk», ont reconnu elles aussi que des travailleurs forcés avaient été employés dans des institutions protestantes et annoncé qu’elles verseraient 10 millions de DM au Fonds. (apic/eni/kna/be)



