Un changement d’orientation voulu par le pape

Allemagne: L’Eglise maintient ses services de consultation en cas de grossesse non désirée

Mayence, 27 janvier 1998 (APIC) Les évêques allemands ont annoncé mardi à Mayence leur volonté de maintenir leurs services de consultation en cas de grossesse non désirée. Malgré le changement d’orientation voulu par Jean Paul II, ils vont continuer «provisoirement» de délivrer l’attestation prévue par le système de consultation de l’Etat. Ce certificat rédigé après l’entretien préalable exigé par la loi est nécessaire pour une IVG sans poursuites judiciaires. L’éventualité d’une sortie de l’Eglise du dispositif prévu par la loi avait suscité un tollé dans les milieux politiques et sociaux d’Allemagne.

Le Conseil permanent des évêques allemands s’est réuni lundi à Wurtzbourg lors d’une séance spéciale pour définir une position commune concernant la lettre que leur a adressée le pape Jean Paul II «sur l’activité des conseillers familiaux catholiques». Le président de la Conférence des évêques allemands, Mgr Karl Lehmann, présentant mardi la lettre du pape et la position de l’épiscopat allemand, a souligné l’unanimité des évêques. Ils sont décidés à donner suite à la demande pressante de Jean Paul II de ne plus délivrer un certificat de consultation qualifié par le pape d’»ambigu».

«Nous allons chercher de nouvelles voies, mais cela ne signifie pas un amoindrissement de la consultation ni quelque chose qui ressemblerait à une sortie du système», a déclaré Mgr Lehmann. Le pape demande d’ailleurs clairement que l’Eglise reste, voire renforce sa présence de manière efficace dans ce service adressé aux femmes enceintes qui cherchent de l’aide.

Une «licence pour tuer»

Un groupe de travail sera mis sur pied en mars prochain par la Conférence épiscopale allemande pour étudier de quelle manière les services de consultation pourront poursuivre leur tâche sans délivrer ce certificat. Clairement remise en cause par le pape dans sa lettre de 8 pages portant la date du 11 janvier, cette attestation a été qualifiée par certains, notamment par l’archevêque de Fulda, Mgr Johannes Dyba, de «licence pour tuer».

Mardi, Mgr Dyba, qui n’a pas participé à la séance du Conseil permanent de la veille, a déclaré que la lettre du pape est une «chance». Cela permettra à l’Eglise allemande de revenir à une pratique commune et de sortir du dilemme imposé par le système de consultation prévu par la loi. L’archevêque de Fulda a relevé qu’il poursuivra la ligne adoptée dans son diocèse en 1993 déjà, à savoir la sortie du système étatique.

Dans l’attente des résultats du groupe de travail

Son confrère de Trèves, Mgr Hermann Josef Spital, a précisé pour sa part que le service de consultation catholique va continuer à fonctionner comme auparavant, tant qu’il ne disposera pas des résultats du groupe de travail. Mgr Hubert Luthe a rappelé de son côté qu’il est faux de dire que le pape demande aux évêques allemands de sortir du système de consultation légale. L’évêque d’Essen souhaite par contre expressément, comme le demande le pape, que les services de l’Eglise utilisent aussi largement que possible la marge de manœuvre laissée par la loi.

Le système actuel de consultation de l’Etat pour les cas de grossesse non désirée divise profondément l’épiscopat allemand depuis plusieurs années. 27 évêques allemands ont ainsi été reçus au Vatican en mai dernier par le pape, le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano et plusieurs chefs de dicastères de la curie pour une mise au point sur les questions de l’avortement. Le Vatican avait souligné que cette réunion avait été «demandée» par les évêques allemands, alors que la presse parlait de «convocation» à Rome. Une réunion avait déjà eu lieu préalablement entre Mgr Lehmann, accompagné d’une délégation, et le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Aucune solution n’avait cependant été trouvée à cette occasion.

Sauver des vies en écoutant les femmes en détresse

Une majorité des évêques allemands considère que le fait pour l’Eglise de rester dans ce système étatique de consultation est le meilleur moyen de protéger la vie des enfants non encore nés. L’entretien accordé à une femme en détresse peut changer sa décision d’avorter. Les discussions entre l’épiscopat allemand et les instances romaines à propos de ce système de consultation ont été plutôt fermes. En Allemagne, 260 des quelque 1600 services de consultation sont sous la responsabilité de l’Eglise catholique.

Pour le pape, le certificat est ambigu

Dans sa lettre aux évêques allemands, le pape les remercie d’abord pour leur engagement courageux dans la lutte en faveur de la vie non encore née. Il leur dit sa reconnaissance pour n’avoir jamais accepté ni la précédente ni l’actuelle loi sur l’avortement en vigueur en Allemagne depuis le 21 août 1995 et d’avoir toujours pris position contre elle. Jean Paul II souligne expressément l’activité des conseillers catholiques et les remercie pour leur engagement.

Le pape dans ce contexte considère néanmoins que le certificat en cause est ambigu: il a certes pour but d’obtenir et d’attester la consultation obligatoire dans le sens de la défense de la vie, ce qui est positif et au service de la vie. Mais il représente également la condition nécessaire pour pratiquer un avortement, non poursuivi pénalement, dans les structures publiques. Qui plus est réalisé en partie avec des moyens publics.

Jean Paul II estime que les services de consultation de l’Eglise ne doivent pas délivrer ce type de certificat. Une telle pratique assombrit la clarté et le sens univoque du témoignage de l’Eglise et de ses centres de consultation. «Il s’agit finalement d’annoncer l’Evangile de la vie dans le monde pluraliste d’aujourd’hui d’une manière efficace et crédible», peut-on lire dans une note d’explication distribuée mardi par la salle de presse du Saint-Siège. Pour le pape, souligne la note, «dans la présente problématique, il s’agit d’une question pastorale avec des implications doctrinales évidentes, qui a une importance pour l’Allemagne et aussi bien au-delà». (apic/kna/bol/be)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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