C’est l’avis d’O. Ben-Hur, ancien ambassadeur près le Saint-Siège
Allemagne: L’évêque intégriste R. Williamson n’hypothèque pas les relations avec les juifs
Francfort/Jérusalem, 4 mai 2009 (Apic) La levée de l’excommunication de l’évêque intégriste britannique Richard Williamson n’hypothèque pas les relations entre juifs et catholiques, estime Oded Ben-Hur. L’ancien ambassadeur d’Israël auprès du Saint-Siège l’a souligné dans une interview au quotidien allemand «Frankfurter Allgemeine Zeitung» publiée le lundi 4 mai.
«Aucun Williamson – et je crains qu’il y ait de nombreux Williamson dans le monde et aussi dans les étages inférieurs de l’Eglise – ne va faire chanceler le fondement de la relation entre juifs et catholiques», souligne l’ambassadeur Oded Ben-Hur dans l’interview au quotidien allemand. Mais à ses yeux, tant dans le cas du négationniste Williamson qu’en ce qui concerne, dans le missel préconciliaire, la nouvelle prière du Vendredi saint pour la conversion des juifs, Rome a manqué de «la sensibilité nécessaire». Selon Oded Ben-Hur, la relation entre juifs et chrétiens repose sur deux fondements: la déclaration conciliaire «Nostra aetate» sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes et l’enseignement des deux papes Jean Paul II et Benoît XVI.
Oded Ben-Hur a également plaidé pour que l’on ne béatifie pas encore le pape Pie XII (1939-1958). Les archives qui pourraient renseigner sur l’agir du pape pendant la Seconde Guerre mondiale ne seront en effet accessibles aux chercheurs et au public que dans quelques années. Jusque là, estime-t-il, tout jugement sur le pape Pie XII pourrait être contredit par des faits nouveaux.
Le rabbin David Rosen optimiste
Le rabbin David Rosen, une des personnalités juives en pointe dans le dialogue avec le Vatican, s’est exprimé dans le même sens lundi. Au cours d’une conférence de presse, il a estimé que l’affaire Williamson, au lieu de peser sur les relations entre le Vatican et le monde juif avait eu plutôt l’effet contraire, favorisant le dialogue, élevant la sensibilité de l’Eglise et attirant l’attention sur le combat contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme.
Au lendemain de «l’affaire Williamson», qui a fait la une des journaux fin janvier-début février, le rabbin David Rosen était moins optimiste: il parlait d’un véritable «fiasco administratif» du Vatican. Chargé du dialogue interreligieux au grand rabbinat d’Israël, le rabbin Rosen regrettait que la mise au point du Vatican exigeant de l’évêque qu’il retire ses propos et réaffirmant «son refus inconditionnel de toute forme d’antisémitisme» soit venue tardivement, soit onze jours après la levée de l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X, dont Mgr Williamson.
Il relevait ainsi, «dans le sillage de cet épisode», l’importance pour les relations judéo-catholiques de la visite du pape en Israël et en Terre sainte. Il constate qu’il y a aujourd’hui une plus grande sensibilité au Vatican «pour que de tels incidents ne se répètent plus à l’avenir».
Notons encore à propos des relations entre juifs et catholiques que le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a souligné le refus de l’Eglise catholique de la mission en direction des juifs. «Il ne peut y avoir de mission envers les juifs comme il en existe une envers les païens», a-t-il déclaré dans une interview à l’agence de presse catholique Apic. Le cardinal, à la veille de la visite du pape en Terre sainte, s’est encore prononcé pour une solution à deux Etats – l’un israélien, l’autre palestinien – au Moyen Orient. Pour le cardinal Kasper, les Palestiniens ont eux aussi droit à un Etat viable. Le prélat allemand accompagne le pape pour sa visite en Terre Sainte qui débute le vendredi 8 mai. (apic/kna/be)



