Allemagne: Le Supérieur du district d’Allemagne veut un «dialogue objectif» avec les évêques
L’abbé intégriste Franz Schmidberger pour un dialogue théologique
Stuttgart, 18 février 2009 (Apic) L’abbé traditionaliste Franz Schmidberger veut un «dialogue objectif» avec les évêques catholiques allemands. Supérieur du district d’Allemagne de la Fraternité sacerdotale St-Pie X (FSSPX), il a écrit une lettre personnelle et privée dans ce sens à Mgr Robert Zollitsch, archevêque de Fribourg-en-Brisgau et président de la Conférence épiscopale allemande.
La Conférence épiscopale allemande, par la voix de son porte-parole Matthias Kopp, ne voit pas pour le moment la nécessité d’entreprendre ce dialogue. Pour elle, les discussions avec la Fraternité sacerdotale St-Pie X sont d’abord l’affaire du Vatican. Il souligne également que par principe, il n’est pas répondu à des lettres ouvertes.
Le supérieur du district d’Allemagne de la Fraternité à Stuttgart – une organisation toujours considérée comme schismatique – affirme vouloir discuter non seulement des «questions litigieuses» concernant le Concile Vatican II, mais avant tout de la critique des développements postérieurs au Concile. L’ancien supérieur général de la FSSPX se dit prêt à discuter avec tout le monde.
«Nous pourrions nous imaginer que les évêques allemands nomment un ou deux théologiens pour discuter avec nous des points que nous estimons problématiques», à savoir pour l’abbé Schmidberger tout d’abord la compréhension qu’a l’Eglise catholique d’elle-même. «Est-ce que l’Eglise se considère-t-elle encore comme la seule Eglise fondée par le Christ, qui possède la plénitude de la révélation ?», questionne-t-il. Et de se demander si l’Eglise, à l’époque moderne, «a encore le courage d’annoncer des vérités impopulaires», en soulignant que même des journalistes éloignés de l’Eglise reprochent de plus en plus souvent à l’Eglise catholique en Allemagne de manquer de profil.
L’abbé Schmidberger reproche à l’Eglise allemande d’avoir transmis depuis 30 ans des valeurs édulcorées et «l’on en voit les fruits». Il regrette que la connaissance de la foi chez les catholiques a atteint un point si bas que l’on n’avait encore jamais connu. Selon lui, de nombreux fidèles ne savent même plus ce que l’Eglise fête à Pâques ou à la Pentecôte. «Et cela malgré des cours de religion réguliers dans les écoles, assurés par le concordat».
Pour l’abbé intégriste, «la pastorale sacramentelle est en bout de course, la fréquentation des offices religieux décline partout de façon dramatique de même que les mariages à l’Eglise et les baptêmes». L’abbé Schmidberger déplore que dans de nombreuses paroisses, il n’y a même plus de confessions sacramentelles et craint que finalement l’Eglise catholique en Allemagne ne soit bientôt réduite à l’insignifiance. Pour lui, il n’y a pas d’autre solution que de retourner à la «tradition de l’Eglise» et là, la Fraternité sacerdotale St-Pie X peut et veut apporter sa contribution.
Des théologiens allemands contestent la décision du pape
Peter Hünermann, professeur émérite de théologie dogmatique à l’Université de Tübingen, en Allemagne, a pour sa part reproché au pape Benoît XVI «un grave abus de pouvoir» dans le cas de la levée des excommunications frappant les quatre évêques intégristes disciples de Mgr Lefebvre. Pour le célèbre théologien, la levée d’une excommunication ne peut survenir qu’à la suite d’une demande de repentir substantielle, qui est absente dans ce cas, écrit-il dans la revue mensuelle «Herder Korrespondenz» paraissant à Fribourg-en-Brisgau.
Pour le théologien allemand, cette mesure controversée a fait perdre parmi les fidèles beaucoup de confiance dans la façon dont le pape actuel exerce son ministère. «Le pape ne peut pas faire dépendre de négociations avec un groupe schismatique et hérétique l’interprétation authentique du Concile Vatican II», estime-t-il.
Les évêques allemands entrent en lice
La querelle à propos du pape et des évêques traditionalistes a fait naître un sérieux conflit entre plusieurs professeurs de théologie et des évêques allemands. Ainsi l’évêque de Ratisbonne (Regensburg), Mgr Gerhard Ludwig Müller, a pris dans sa ligne de mire trois professeurs de théologie de l’Université de Ratisbonne, signataires de la pétition «Pour la reconnaissance sans restriction des décisions du Concile Vatican II».
Cette pétition a été lancée le 29 janvier dernier. Elle a déjà été signée par un grand nombre de théologiennes et de théologiens, ainsi que de chrétiennes et de chrétiens d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse. Actuellement, plus de 15’000 personnes l’ont déjà signée.
Réclamant la reconnaissance sans réserve des décisions du Concile Vatican II (1962-65), les initiateurs de la pétition disent réagir ainsi à la levée «au plus haut point discutable de l’excommunication qui avait frappé des évêques de la Fraternité traditionaliste St-Pie X». (Cf. www.petition-vaticanum2.org). Cette pétition a été signée par de nombreux professeurs, prêtres, religieux et laïcs, dont en Suisse par exemple par Brigitte Durrer, de Laax, présidente de la Diète (Tagsatzung) du diocèse de Bâle, Jos Amrein-Murer, de la Mission Betlehem-Immensee Suisse, ou Frère Willi Anderau, supérieur régional des capucins de Suisse alémanique.
Se rétracter ou faire face à des sanctions
Mgr Gerhard Ludwig Müller reproche aux théologiens signataires, enseignant à l’Université de Ratisbonne (Cf. www.bistum-regensburg.de), de laisser sous-entendre que le pape ait, par sa décision de lever les excommunications, causé des dommages à l’Eglise parce qu’il permettrait ainsi un rejet des décisions du Concile Vatican II. «Une telle supposition est dénuée de tout fondement», souligne l’évêque de Ratisbonne, qui estime qu’ainsi ces signataires se sont eux-mêmes «disqualifiés en tant que théologiens catholiques».
En raison de sa responsabilité, comme évêque, de garantir que la formation théologique des étudiants en théologie soit donnée de façon scientifique, compétente et dans l’esprit de l’Eglise, il exige que les signataires prennent sans ambages et dans les quinze jours leur distance avec cette pétition. Les signataires doivent s’excuser par écrit auprès du pape. Ils doivent également venir personnellement, devant l’évêque, prononcer la profession de foi et le serment de fidélité (Cf. code de droit canonique CIC 833).
Au cas où ils ne seraient pas prêts à le faire dans le délai donné, Mgr Gerhard Ludwig Müller annonce qu’il sera forcé de prendre d’autres mesures «pour le bien de l’Eglise de Ratisbonne et de l’Eglise toute entière». Les personnes concernées sont la canoniste Sabine Demel, le théologien pastoral Heinz-Günther Schöttler et Burkhard Porzelt, professeur de pédagogie religieuse. (apic/kna/be)



