Allemagne: Les chrétiens commémorent l’anniversaire du théologien Dietrich Bonhoeffer
Un «saint» protestant qui s’est opposé à Hitler
Bielefeld, 31 janvier 2006 (Apic) Des chrétiens du monde entier se préparent à commémorer le 100e anniversaire de la naissance de Dietrich Bonhoeffer, le théologien luthérien allemand exécuté par les nazis pour son opposition au régime d’Adolf Hitler.
«C’est un saint – au sens protestant du terme», a déclaré l’évêque protestant allemand Wolfgang Huber, l’un des éditeurs des oeuvres complètes de Dietrich Bonhoeffer. Le martyr luthérien est né le 4 février 1906 à Breslau, dans ce qui était alors l’Allemagne, mais qui est aujourd’hui la ville polonaise de Wroclaw. Il s’oppose dès avril 1933 à l’antisémitisme du régime nazi et fait partie de l’»aile radicale» de l’Eglise confessante, qui refuse tout compromis avec le régime nazi. Il dirige, à partir de 1935, le séminaire pastoral de Finkenwalde, qui sera ensuite fermé par les nazis.
Proche des auteurs de l’attentat manqué du 20 juillet 1944 contre Hitler, il s’efforce d’établir des contacts avec les Alliés. Quoique pacifiste de conviction, Bonhoeffer était prêt à s’engager pour mettre mort le tyran, tant la disparition de Hitler lui paraissait la seule solution, pour l’Allemagne et pour le monde. Accusé de complicité dans cette tentative d’assassinat, Dietrich Bonhoeffer, 39 ans, a été exécuté par pendaison le 9 avril 1945, vers la fin de la deuxième guerre mondiale, par l’un des commandos des forces spéciales, les SS, dans le camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière.
Bonhoeffer est aujourd’hui connu comme les l’un des théologiens protestants les plus cités dans le monde, et des églises et des centres paroissiaux portent son nom, et de nombreux livres et films racontent le récit de sa vie. Une commémoration marquant cet événement organisé par le Conseil oecuménique polonais devrait avoir lieu le 4 février à Wroclaw, en présence de l’évêque Huber, de l’archevêque de Cantorbéry Rowan Williams d’Angleterre, et de l’évêque luthérien polonais Ryszard Bogusz.
Cependant, Renate Wind, une théologienne de Munich et biographe de Dietrich Bonhoeffer, met en garde contre la vénération de Dietrich Bonhoeffer. «Il ne faut pas le commémorer, mais lui répondre», a-t-elle confié à l’agence de presse oecuménique ENI, basée à Genève. Elle relève que Dietrich Bonhoeffer avait écrit que «l’Eglise n’est l’Eglise que lorsqu’elle existe pour les autres». S’inspirant du théologien, elle précise que sa vision est celle d’une Eglise qui ne se cache pas derrière les murs de l’église ou s’accroche à des privilèges, mais prend position en faveur de groupes et de personnes marginalisées, persécutées et isolées.
«Dietrich Bonhoeffer croyait que la connaissance (de Dieu) fait partie de la vie quotidienne», poursuit Renate Wind, en soulignant que ses engagements politiques et sociaux étaient enracinés dans sa foi.
Résistant politique ou martyr chrétien: l’Eglise de l’époque divisée
Les années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale, l’Eglise protestante allemande a eu des difficultés à débattre de la question de son rôle dans la résistance et de sa participation à un complot. En 1953, l’évêque luthérien de Bavière avait refusé de participer à un service de commémoration en l’honneur du théologien en expliquant qu’il avait été un membre de la résistance politique et non un martyr de l’Eglise au nom de la foi chrétienne.
«La violence est et sera toujours un péché – il savait cela», précise Renate Wird, en évoquant son rôle dans la résistance. Toutefois, ajoute-t-elle, il était convaincu que si les autorités politiques agissaient de manière inhumaine, c’était la mission de l’Eglise «non seulement de panser les victimes de la roue», mais d’empêcher la roue de tourner. JB
Encadré
Rôle actif dans le mouvement oecuménique
Dietrich Bonhoeffer était né dans une famille de la grande bourgeoisie intellectuelle, qui aurait été surprise d’apprendre sa décision d’étudier la théologie. Titulaire d’un doctorat en théologie, il a enseigné à l’université et a joué un rôle actif dans le mouvement oecuménique.
Il a étudié à New York et a été pasteur à Londres. Après l’arrivée au pouvoir des nazis, il a rejoint l’Eglise confessante qui s’opposait à l’ingérence de Hitler dans la vie de l’Eglise. Dès 1935, il a choisi de diriger un séminaire non officiel de l’Eglise confessante, déclaré ultérieurement illégal.
Peu avant l’éclatement de la deuxième guerre mondiale, il a pu rejoindre les Etats-Unis où des amis lui ont trouvé une place d’enseignant. Mais quelques semaines plus tard, il a décidé de revenir en Allemagne estimant que sa place était aux côtés de son peuple. Il a été recruté par la résistance pour laquelle il travaillait tout en se servant de la couverture d’agent du service de contre-espionnage allemand. Emprisonné en avril 1943, il a été pendu deux ans plus tard pour haute trahison. (apic/eni/be)



