Allemagne: «Oui» aux centres de consultation catholique pour les femmes enceintes

«Non» de Jean Paul II au certificat permettant l’avortement

Rome, 28 janvier 1998 (APIC) Renforcer la présence de l’Eglise dans les centres de consultation pour les femmes enceintes en difficulté tout en renonçant à délivrer des «certificats» pouvant être utilisé pour un avortement constitue pour le pape Jean Paul II une exigence fondamentale pour les catholiques allemands. Dans sa lettre aux évêques allemands, rendue publique mardi, le pape explicite sa position dans des termes à la fois nuancés et pragmatiques.

Deux voix se sont fait entendre dans l’Eglise allemande à propos de la défense de la vie de l’enfant à naître, rappelle le pape. Une voix met en garde contre un retrait des catholiques des consultations, parce qu’il aurait pour conséquence de laisser sans l’appui d’une communauté croyante des femmes en difficulté. L’autre voix est davantage soucieuse de lever l’ambiguïté morale de la situation: le certificat de consultation pouvant être en fait utilisé comme certificat préalable à l’avortement. Le pape souligne la nécessité de prendre en compte ces deux voix dans la recherche de la solution au dilemme éthique posé par la législation allemande.

Dans sa lettre, le pape exprime trois invitations pressantes aux évêques. Il les «invite instamment» à ce que le «certificat de consultation», prévu par la loi allemande du 21 août 1995 comme préalable à toute demande d’avortement, ne soit plus délivré par des consulteurs ecclésiaux ou employés par l’Eglise. Dans le même temps, le pape «exhorte» l’épiscopat allemand à «faire en sorte que […] l’Eglise reste présente de manière efficace dans la consultation pour les femmes à la recherche d’une aide».

Enfin, le pape «supplie» les évêques de s’engager pour le changement des dispositions de la loi qui légitime l’avortement jusqu’à la naissance en cas «d’indication médicale ou criminologique».

Sur la question posée par la délivrance du «certificat de consultation» par des organismes catholiques, des rencontres préalables avaient déjà eu lieu au Vatican entre une délégation de la Conférence épiscopale allemande et des membres de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, les 5 décembre 1995, 4 avril 1997, puis le 27 mai 1997. Rencontres que Jean-Paul II rappelle comme autant de jalons d’une réflexion et d’un dialogue qui a duré deux ans.

Le pape était en outre déjà intervenu sur la question dans une lettre personnelle aux évêques allemands le 21 septembre 1995 et lors de son voyage dans ce pays le 22 juin 1996: «il est clair, disait-il alors, que, selon notre foi, les institutions catholiques ne peuvent rien faire qui puisse d’une façon ou d’une autre servir à la justification de l’avortement».

La loi laisse aux catholiques des «espaces d’action», ajoute Jean-Paul II. Il invite donc les évêques à «repenser» l’activité catholique de conseil, et à la «renforcer». Il demande aux évêques de continuer ces centres de consultation catholiques, avec «énergie». «La loi pour l’aide à la grossesse et à la famille, insiste le pape, offre de nombreuses possibilités pour rester présents dans la consultation; la présence de l’Eglise ne doit pas dépendre ultimement de la délivrance de ce certificat. Ce n’est pas la seule obligation d’une disposition de la loi qui doit conduire les femmes auprès des conseillers d’Eglise, mais surtout la compétence professionnelle, l’attention humaine, la disponibilité à aider concrètement ceux qui y ont recours».

D’autre part, le pape souligne que l’Eglise doit demeurer «libre» et maintenir un témoignage clair pour la défense de la vie de l’enfant à naître. Il ne faut pas permettre, demande Jean-Paul II, que des organisations ecclésiales soient entraînées à être «co-responsables du meurtre d’enfants innocents». A cet égard, le pape parle «d’ambiguïté», «d’obscurcissement de la clarté» et du sens «univoque» du témoignage de l’Eglise et de ses centres de consultation.

Il explique que le dilemme éthique vient en effet de la signification «contradictoire» du certificat de consultation. Car, si d’une part, un tel certificat atteste la consultation dans le sens de la défense de la vie, explique Jean-Paul II, il reste cependant toujours la «condition nécessaire pour l’exécution dépénalisée de l’avortement, même si, de façon certaine, il n’est pas la cause décisive qui le provoque».

Il invite donc les évêques à «rendre compréhensible» la position de l’Eglise, même si elle rencontre la contradiction. Il affirme que cette contradiction même contribuera à un «affinement de la conscience publique» et servira finalement au bien de la société et l’Etat. (apic/imed/mp)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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