Epreuve de force en vue en Rome et l’Allemagne ?

Allemagne: Profonds remous après la lettre du pape sur les centres de consultation familiale

Bonn/Stuttgart/Rome, 18 juin 1999 (APIC) Après le secrétariat de la Conférence des évêques d’Allemagne à Bonn jeudi, le Saint-Siège a confirmé vendredi que le pape Jean Paul II a écrit aux évêques allemands au sujet de la présence catholique dans le système étatique de consultation pour les cas de grossesse non désirée. Le contenu de la missive papale devrait être communiqué mercredi à Bonn, mais d’ores et déjà la polémique fait rage en Allemagne. Dans les milieux catholiques, on craint une dangereuse épreuve de force.

Le Comité central des catholiques allemands (ZdK) a fait part de sa «profonde déception» à propos de la récente demande du pape de ne plus participer au système de consultation étatique. Le ZdK affirme que la lettre du Vatican ne touche pas l’argumentation des évêques allemands qui sont partisans du maintien dans le système prévu par la loi.

Parlant au nom du magistère suprême de l’Eglise, Jean Paul II s’adresse à tous les évêques allemands. Le contenu de la missive sera discuté lundi et mardi prochains lors de la séance prévue du Conseil permanent de la Conférence épiscopale allemande. Une conférence de presse sur le message du pape sera organisée mercredi.

Depuis longtemps, la présence catholique dans le système étatique des centres consultation est ouvertement discutée en Allemagne. Le Vatican s’en est inquiété, voyant dans l’existence de ces certificats de consultation une situation floue par rapport à un refus sans équivoque de l’avortement. Ces centres émettent en effet des certificats – exigés pour les cas d’interruption volontaire de grossesse dépénalisés – attestant que les entretiens avec la femme désireuse d’avorter ont eu lieu. Le maintien dans le système de consultation est cependant souhaité par une majorité des évêques allemands. Mgr Reinhard Lettmann, évêque de Münster, a d’emblée déclaré que les consultations continueront «sous une forme ou sous une autre».

Anticipant sur le contenu de la lettre de Jean Paul II, pas encore connu du public, les milieux catholiques allemands ont tour à tour fait connaître leur position. Du côté de ceux qui réclament la sortie de l’Eglise du système de consultation étatique, les «Démocrates-chrétiens pour la vie» (CDL) ont d’ores et déjà salué la «décision du pape» de ne plus permettre l’émission de certificat de consultation. «C’est une clarification importante de Rome», a souligné jeudi à Meschede la comtesse Johanna de Westphalie, présidente fédérale des CDL.

Pour elle, le certificat en question est la condition essentielle pour autoriser un avortement, selon la législation en vigueur en Allemagne. «Nous attendons maintenant une mise en œuvre rapide de cette décision par les évêques allemands», a-t-elle lancé, estimant que le renoncement aux certificats litigieux ne signifie pas en soi la fin des centres catholiques de consultation pour les femmes enceintes. Il existe au moins un diocèse en Allemagne, celui de Fulda, où les centres de consultation ne délivrent plus de certificats attestant que la consultation exigée par la loi a eu lieu.

Sortir du système, «un sévère recul pour la protection de la vie à naître»

La porte-parole pour les questions familiales de la fraction parlementaire CDU/CSU à Bonn, Maria Eichhorn, parle d’une «déception amère» pour les femmes enceintes en détresse au cas où l’Eglise catholique ne resterait pas dans le système étatique. «Ce serait un sévère recul pour la protection de la vie à naître», estime-t-elle, en relevant le travail exemplaire des centres catholiques de consultation. Et d’affirmer qu’ils jouent un rôle irremplaçable pour encourager les femmes à mener leur grossesse à terme.

Soutien du ZdK aux évêques allemands

Le Comité central des catholiques allemands (ZdK) a fait part vendredi de son soutien aux évêques allemands. Annette Schavan, vice-présidente du ZdK et ministre des affaires culturelles du Bade-Wurtemberg, a rappelé qu’il y a un consensus entre l’immense majorité des évêques et des laïcs allemands, et les instances législatives et le tribunal constitutionnel à propos de l’efficacité du système de consultation en cas de grossesse. Connaissant visiblement les détails de la lettre de Jean Paul II, A. Schavan relève que «si Rome dit que la décision n’est pas encore définitive, c’est là une bonne chose».

Porte-parole pour les questions de politique ecclésiastique au sein de l’alliance verte des «Bündnisgrünen», Christa Nickels estime que le déélai d’un an laissé aux évêques pour sortir du système de consultation devrait être mis à profit pour mettre sur pied une structure juridique indépendante portée par les associations de laïcs. L’initiative du ZdK, avec la Caritas et le Service social des femmes catholiques (SkF) pour élaborer une nouvelle structure juridique est «la seule réponse juste aux exigences romaines». Qualifiant les «prétentions de Rome» d’éloignées de la réalité, Christa Nickels affirme que celui qui laisse tomber les femmes en difficultés ne peut pas protéger la vie.

Le président du ZdK, Hans Joachim Meyer, craint les conséquences dommageables de la position vaticane pour les relations Eglise-Etat en Allemagne. De l’avis de l’organisation catholique, Rome n’a compris ni la situation légale allemande ni la façon d’appliquer la législation en la matière en Allemagne.

Trouver des structures juridiques alternatives

Dans l’éventualité de la sortie des évêques du système de consultation, le ZdK s’engagera à trouver de ouvelles solutions. Le présidium du Comité central des catholiques allemands reproche «un refus de dialogue insupportable» de la part de Rome dans cette question. Dans une déclaration publiée jeudi soir à Stuttgart, le ZdK annonce chercher, avec les femmes catholiques et la Caritas, une solution en accord avec les lignes directrices actuelles de l’Eglise allemande. Le Comité central souhaite que les évêques allemands examinent de façon approfondie «et sans la pression du temps» la demande du pape et qu’ils conservent la position unanime et claire qu’ils ont eue jusqu’à présent.

En Allemagne, il y a 1’700 centres de consultation pour femmes enceintes, dont 270 sont pris en charge par la Caritas et le Service social des femmes catholiques (SkF). Selon les données fournies par la Caritas, les centres de consultation catholiques ont accueilli en 1997 plus de 116’000 femmes. (apic/kna/be)

18 juin 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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