Alors que plus de 5’000 adversaires de la mondialisation néolibérale défilaient dans les rues de Genève, près de 1’000 partisans d’une «autre mondialisation», celle de la Bonne Nouvelle, se rassemblaient un peu plus loin pour la traditionnelle «Journée de

Depuis l’autel, quatre bandes de tissu vert, jaune, rouge et bleu se déploient sur les marches du chœur, formant un chemin bariolé. Les cierges entourant la Bible, apportés par des jeunes des différentes communautés, sont également multicolores. Symbole évident de la diversité des hommes en route vers leur unité: le Christ. Car c’est toute l’humanité qui est promise à Dieu, ainsi que l’a rappelé l’évêque auxiliaire, Mgr Pierre Farine, lors de la célébration pour la Journée des Peuples, samedi soir, à Genève.

Comme l’an dernier, les Missions linguistiques de Genève s’étaient mobilisées en masse à l’occasion de cette Journée, particulièrement prisée dans le canton du bout du lac en raison de sa vocation internationale. Samedi soir 10 novembre, tandis que les manifestants anti-mondialisation évacuaient peu à peu les rues genevoises, quelque mille partisans d’une autre mondialisation – celle de la Bonne Nouvelle – ont donc afflué à la basilique Notre-Dame, pour fêter la diversité et prouver qu’elle est bel et bien une richesse, ainsi que le proclamait le slogan de la Journée.

Yodleurs alémaniques et gospel

Diversité des voix, tout d’abord, pour entonner le gospel d’entrée «Oh when the saints», adapté en cinq langues. Diversité des mots, lorsque les prêtres des communautés linguistiques ont accueilli la foule en français, allemand, anglais, espagnol, portugais, italien et croate. Puis, pour les lectures, lorsqu’on on a fait appel notamment à une Africaine en boubou, à trois religieuses malgaches et à un diacre espagnol. Diversité des traditions musicales, lorsqu’un chœur de yodleurs alémaniques a chanté le «Gloria», relayé par une super-chorale anglophone aux rythmes endiablés (si l’on peut dire!), et, en alternance avec l’orgue, par un groupe de jeunes Portugais très dynamiques.

Mais il y avait aussi la diversité des folklores, grâce aux coiffes, gilets brodés, châles chamarrés ou jupes froufroutantes des personnes en costumes, ainsi que la diversité des saveurs, puisqu’avec le Pain et le Vin, des victuailles de toutes origines ont été apportées lors de la procession de l’offertoire: olives, salami, petites mignardises indiennes, fougasse…

«Dans votre cœur un morceau de votre pays»

«Vous êtes venus de loin et vous portez dans votre cœur un morceau de votre pays», s’est réjoui Mgr Farine au moment de l’homélie. A propos de la diversité, il a observé qu’elle est non seulement une richesse, mais aussi un engagement: à faire de la place à l’autre, à échanger, à nous porter mutuellement… et à nous supporter! Il a invité chacun à se tourner vers l’unique pasteur, notre Berger à tous, dont l’image forte traverse toute la mentalité judéo-chrétienne.

Le Christ veut faire de toute l’humanité un unique troupeau, pour que nous vivions de sa vie, a-t-il poursuivi. Malgré les aléas du temps, n’en doutons pas: ce projet merveilleux va réussir; un jour, nous serons tous rassemblés en Dieu. Quant à ceux qui sont «d’un autre enclos», ceux qu’on prive de dignité, qu’on exploite, qu’on parque, tels les sans-papiers, les immigrés clandestins, les requérants, ils sont eux aussi appelés à rejoindre le Christ. Le dernier Synode des évêques, qui vient de s’achever à Rome, a été très clair à ce sujet, rappelant le droit inaliénable pour chaque être humain d’avoir une patrie, de demeurer librement dans son pays, de vivre en famille, et aussi d’émigrer.

«Dans tous les domaines, il existe des enclos», a remarqué encore Mgr Farine. Des enclos qui semblent encore se renforcer aujourd’hui à cause des récents événements mondiaux. «Mais n’oublions pas que le Christ veut l’unité de toute l’humanité, et qu’il y travaille, il n’est pas inactif, c’est notre espérance», a conclu l’évêque auxiliaire de Genève.

Autre moment fort: la prière du Notre Père, que chacun a récitée dans sa langue, donnant la main à son voisin. Et aussi le signe de paix, rendu véritablement universel par le caractère international de l’assemblée. Sans oublier, bien sûr, la communion, prolongée en action de grâce par le chant final «Béni soit le nom de Dieu», en cinq langues, plus une: celle du cœur. (apic/gt/be)

11 novembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!