Nicaragua + Honduras = 2 millions de francs par jour d’intérêts
Amérique latine: Eglises et militants politiques plaident l’annulation de la dette extérieure
Tegucigalpa, le 29 janvier 1999 (APIC) La lutte pour annuler la dette extérieure des pays les plus pauvres d’Amérique latine a franchi une nouvelle étape. Venus du monde entier, une centaine de responsables d’Eglise et de militants politiques se sont rencontrés cette semaine au Honduras pour mettre en place une stratégie commune. 17 pays d’Amérique latine ont plaidé pour l’annulation d’une grande part de leur dette extérieure au début du nouveau millénaire. La rencontre a été organisée par le mouvement Jubilé 2000.
La Banque mondiale estime l’endettement extérieur des pays d’Amérique latine à atteindra près de 1’400 milliards de francs suisses cette année. La majorité des emprunts ont été à l’origine contractés par des régimes militaires dans les années 70. Les intérêts se sont accumuléés au fil des années, et en dépit de remboursements, absorbent une grande partie des ressources nationales.
La dette extérieure est comme une pierre tombale
«La dette n’est pas un problème de plus, c’est le problème», a constaté l’archevêque catholique de Tegucigalpa, Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, président du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM). Pour lui, «la dette extérieure est comme une pierre tombale sur le Honduras. Elle nous empêche de ressusciter pour une vie meilleure. Il est indispensable que cette pierre soit levée».
«La vision du Jubilé contraste violemment avec le système financier international, qui est régi non pas la loi mais par l’anarchie», a lancé Njongonkulu Ndungane, archevêque anglican du Cap, en Afrique du Sud.
Qualifiant la dette extérieure de «péché structurel», l’archevêque Ndungane a rappelé que la crise de l’endettement avait «laissé la plupart des gouvernements d’Afrique et d’Amérique latine endettés vis-à-vis de leurs anciens maîtres coloniau, les leaders des riches nations créditrices, représentés par les membres du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale». Et d’ajouter: «Les anciennes puissances coloniales n’envoient plus des canonnières et des troupes pour imposer leur volonté sur les peuples d’Afrique ou d’Amérique latine. Mais elles envoient le Fonds monétaire international.»
2 millions de francs suisses par jour d’intérêts
«Le cyclone Mitch en Amérique centrale a changé le débat en Europe sur l’endettement et l’aide», a fait remarquer Ann Pettifor, directrice de la Coalition britannique Jubilé 2000. «Ensemble, le Nicaragua et le Honduras paient plus de 2 millions de francs suisses par jour en intérêts». Et de poser la question: «Comment voulez-vous que ces gens construisent une solide infrastructure pour résister aux cyclones quand ils consacrent tant de précieuses ressources à des pays riches comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Etats-Unis?»
«Pourtant, annuler la dette ne va pas engendrer automatiquement une meilleure vie pour les pauvres. Dans l’Eglise, nous insistons pour que le remboursement de la dette soit transformé en un investissement pour les gens, pour l’emploi, pour des projets qui leur redonneront la dignité. Nous voulons éviter de passer par des bureaucrates gouvernementaux et des riches familles du Nicaragua, qui investiront l’argent dans des grands projets industriels pour leur seul bénéfice», a déclaré Gilberto Aguirre, directeur du Conseil des Eglises évangéliques du Nicaragua. (apic/eni/ab)



