Les conflits entre Eglise et pouvoirs se multiplient

Amérique latine: L’avortement secoue de plus en plus le continent

Paris/Santiago, 28 septembre 2006 (Apic) Les partisans de la dépénalisation de l’IVG en Amérique latine mettent en avant le nombre croissant de mères adolescentes. Le nombre de grossesses précoces et non voulues s’impose comme un enjeu de santé publique majeur en Amérique latine. L’avortement est de plus en plus un sujet de conflit entre l’Eglise qui le rejette et les pouvoirs en places. Mais l’Eglise ne tient plus comme par le passé l’influence nécessaire pour imposer ses vues. Le quotidien catholique français «La Croix» consacre un dossier sur le sujet.

Le 28 septembre a été décrété «Journée de la dépénalisation et de la légalisation de l’avortement en Amérique Latine et aux Caraïbes» par des organisations féministes du sous-continent latino-américain, rappelle d’emblée les auteurs du dossier, Emilie Hénique et Marie Jansana.

Provocante dans une région du monde où cette pratique est très strictement limitée par la plupart des législations nationales, cette initiative est née de l’acuité de la question des grossesses non désirées et du nombre des mères adolescentes, de l’Argentine à Haïti.

A chaque élection majeure, l’avortement est l’une des questions sur lesquelles les candidats sont amenés à se prononcer, relèvent les deux journalistes. Quant aux médias, ils s’emparent de plus en plus du sujet. Et la victoire de nombreux candidats de gauche ces dernières années traduisant une nouvelle donne au sein des élites.

Une importante mortalité maternelle et infantile

En mai dernier, la Cour constitutionnelle de Colombie a dépénalisé l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en cas de viol, de malformation du foetus ou de mise en danger de la santé de la mère. Début septembre, au Chili, le ministère de la santé a autorisé l’utilisation de la pilule du lendemain par les mineurs dès 14 ans, gratuitement et sans accord parental. Cette initiative, soutenue par la présidente socialiste Michelle Bachelet, élue en décembre dernier, a provoqué l’affrontement le plus rude entre l’Eglise catholique et le gouvernement depuis le retour de la démocratie. La Conférence épiscopale a comparé les autorités «aux régimes totalitaires qui prétendaient depuis l’Etat réguler la vie intime des personnes en fonction de critères autoritaires».

Le ministère de la santé explique qu’en six ans, de 1994 à 2000, le nombre d’adolescents ayant une relation sexuelle avant 15 ans est passé de 33 % à 42 %. Les grossesses adolescentes sont en diminution, mais pas dans les populations vivant sous le seuil de pauvreté. Le cas du Chili n’est pas isolé en Amérique latine.

Autres chiffres cités par «La Croix»: en 1998, 38 % des femmes âgées de 20 à 24 ans avaient eu un enfant avant leur vingtième année en Bolivie, 27 % au Pérou et 50 % au Guatemala. Au Brésil, une étude récente montre que 14 % des jeunes femmes ont eu leur premier enfant entre 10 et 12 ans, 45 % entre 16 et 18 ans et seulement 6 % entre 22 et 24 ans.

Conditions d’hygiène

Cette situation entraîne une importante mortalité maternelle et infantile, conséquence des conditions d’hygiène déplorables et d’un accès réduit aux soins. En Haïti, plus de 500 décès de mères sont ainsi enregistrés pour 100’000 naissances, en Bolivie 390 pour 100’ 000, contre 4 pour 100’000 au Canada.

Selon l’enquête du quotidien, l’avortement clandestin est l’autre cause importante de mortalité des mères. La plupart des Etats d’Amérique latine interdisent formellement l’IVG ou ne l’autorisent que dans des cas précis. Selon l’Organisation mondiale de la santé, qui relève de l’ONU, en 2000, 3,7 millions de femmes ont subi un avortement dangereux, le plus souvent pratiqué clandestinement, en Amérique latine et aux Caraïbes.

Dans des cas très réglementés, l’IVG est autorisé pour préserver la santé de la mère, de l’enfant ou pour des raisons socio-économiques. Au Brésil, au Mexique et en Bolivie, le recours à l’avortement est possible après un viol. Mais, selon Agnès Guillaume, chercheur à l’Institut de recherches pour le développement (IRD), «les femmes n’y ont accès qu’en théorie. Ce droit est parfois contesté».

Au Pérou, les adolescentes présentent un taux de grossesse élevé (13 %), qui résulte souvent de violence, les abus sexuels étant à l’origine de six grossesses non désirées sur dix. Aujourd’hui, 20% de l’ensemble des grossesses dans ce pays concernent des adolescentes. Ce phénomène s’explique en partie par les conditions de vie précaires. (apic/eh/mj/cx/pr)

28 septembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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