Amérique: Levée de boucliers de l’Eglise contre la loi sur l’immigration adoptée par Clinton
«Inhumaine et méprisante»… Les évêques unis pour la combattre
Mexico, 9 juin 1997 (APIC) La loi américaine anti-immigration approuvée par le gouvernement de Clinton soulève une levée de boucliers des Conférences épiscopales de plusieurs pays sud-américains, en particulier d’Amérique centrale. «Inhumaine, injuste, méprisante» pour les droits de l’homme sont les qualificatifs qui reviennent le plus souvent dans les réactions. Cette loi affectera plus de 5 millions d’étrangers – pour la plupart latinos – établis sans papier sur sol nord-américain. Sans parler des nombreux membres des familles, restés au pays, qui ne recevront plus la manne extérieure pour remplir la marmite.
La nouvelle loi sur l’immigration dicte une série de mesures discriminatoires contre les immigrants illégalement établis aux Etats-Unis, dont la déportation définitive dans la grande majorité des cas. Le vent de néo-libéralisme qui souffle en Amérique latine pousse des millions de familles à la misère la plus absolue. Obligeant des millions d’hommes, de jeunes ou de femmes, souvent uniques soutiens de famille, à tenter l’aventure aux Etats-Unis pour simplement nourrir et soigner leurs familles et leurs enfants. Les envoyer à l’école.
En plus du drame humain que représente cette loi pour des millions d’immigrés latinos, les Eglises se préoccupent du déséquilibre du système socio-économique qu’elle entraînera pour des régions ou des pays d’Amérique centrale en particulier, y compris dans le nord du Mexique. Pour le Salvador, par exemple, un pays de 6 millions d’habitants, cela signifie accueillir plus de 100’000 déportés.
Raciste et anti-latino
Les déportés de force iront gonfler le nombre des sans emploi. Quant aux populations du Nicaragua, du Salvador, du Guatémala et de certaines régions du Mexique, elles se verront durement sanctionnées par le tarissement de ressources qui leur arrivaient sous forme de dollars que versaient les immigrés à leurs familles.
Le Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), par la voix de son président, Mgr Oscar Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa, a vivement condamné cette loi. «L’argument selon lequel les immigrés laissent sans travail des citoyens nords-américains est absurde et simpliste. L’immigration n’est pas un mal ni un danger… Il s’agit là d’une réaction raciste et anti-latine». L’archevêque de Tegucigalpa a annoncé qu’un centre a d’ores et déjà été ouvert près de la frontière avec le Guatémala pour accueillir les déportés des Etats-Unis. Il estime à plus de 400’000 le nombre des ses concitoyens qui vivent aujourd’hui illégalement aux Etats-Unis.
Revoir les accords avec Washington
Les évêques mexicains ont de leur côté rendu public un document sur la question. Non seulement ils condamnent cette loi mais encore proposent de revoir les Accords commerciaux qui lient les Etats-Unis au Mexique, «pour qu’enfin soit pris en compte les droits des travailleurs mexicains sans document aux Etats-Unis».
Réaction aussi du président de la Conférence des évêques de Saint-Domingue, le cardinal Nicolas de Jesus Lopez Rodriguez, qui demande au gouvernement de Clinton de se souvenir que les «latinos qui vivent aux Etats-Unis ont contribué grandement au développement économique et culturel». La mesure sera préjudiciable pour des centaines de milliers d’habitants de son pays, et pour des millions d’autres, déplore-t-il. (apic/aci/pr)



