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«Amoris laetitia» favorablement accueillie dans les médias

L’exhortation pastorale du pape François «Amoris laetitia» (La joie de l’amour) publiée le 8 avril 2016 a suscité un vif intérêt, non seulement dans la presse catholique, mais aussi dans les médias profanes. Elle reçoit un accueil très positif, hormis de quelques associations homosexuelles. La plupart des commentateurs insistent sur le changement de ton de ce document magistériel. Cath.ch a retenu quelques opinions significatives glanées ici et là.

S’il fallait une preuve, une preuve de plus, qu’en François l’Eglise catholique s’est vraiment choisi un pape jésuite, ce sera sans doute l’exhortation apostolique que le pontife vient de publier sous le beau nom d’«Amoris laetitia», commente Michel Danthe dans le quotidien suisse romand Le Temps.

Un pape jésuite

«L’habileté du pape en l’espèce, comme tout bon story-teller, c’est de rephraser le débat. Ce qui donne dans cette exhortation, une discussion entre ceux qui ont «un désir effréné de tout changer sans une réflexion suffisante» – entendez les progressistes. Et ceux qui ont «la prétention de tout résoudre en appliquant des normes générales» – entendez les conservateurs. On l’a dit, François est un jésuite. A qui donne-t-il raison? Ni aux uns, ni aux autres, mais au contexte», poursuit le chroniqueur.

«Dans une Eglise dominée par la centralité de la doctrine, le Pape François choisit, avec «Amoris laetitia», d’insuffler à l’Eglise, par ce primat du cas par cas, ce taux d’oxygène et de liberté dont voulaient la priver les conservateurs. Mais il n’abandonne pas la boussole et reste ancré dans les principes. Il joue le contexte contre la révolution et contre l’immobilisme

Un pavé qui se dévore en deux heures

Henri Tincq, ancien rédacteur religieux du journal Le Monde, ne cache pas son enthousiasme sur le site Slate.fr: «Mais qui est donc ce pape qui, dans un document solennel équivalent à une encyclique, cite Jose-Luis Borges, Octavio Paz, Martin Luther King ou un film d’amour comme Le Festin de Babette? L’Église change, et vous ne le saviez pas? Alors, pour vous en convaincre, lisez l’«exhortation apostolique» Amoris laetitia (La joie de l’amour), un gros pavé de 260 pages mais qui se dévore en deux heures.

«Sur ce sujet de l’amour, de la sexualité, de la famille, l’Église catholique revient de loin, poursuit l’éditorialiste. Elle a soulevé, depuis longtemps, bien des ricanements, des polémiques, des départs brutaux ou sur la pointe des pieds, y compris dans ses propres rangs! C’est le sujet repoussoir, celui qui marque, presque à lui seul, le divorce de l’Église catholique avec la société moderne. Une Église qui passe pour coincée sur la question du sexe, dont les interdits répétés sur le divorce, la pilule, l’IVG, la cohabitation hors-mariage, la fécondation in-vitro l’ont coupée de milieux scientifiques, féministes, de forces vives, de jeunes, de couples et de militants progressistes.»

Et tout de suite, le ton du discours a changé. Ce n’est plus celui des anathèmes, des interdits, des condamnations. Le pape argentin appelle son Église à «une salutaire réaction d’autocritique».[…] Il veut un renouveau complet du langage de l’’Église qui, dit-il, doit cesser de «cataloguer», de «condamner», d’«exclure». Elle doit pratiquer un «discernement» pour offrir aux personnes en situation «irrégulière» des moyens de participer à sa vie. C’est à la fois peu et … beaucoup», conclut Henri Tincq

La nouveauté réside dans la forme

Un point de vue que partage Jean-Baptiste Noé, historien, spécialiste de l’histoire du christianisme pour le site Atlantico. «La nouveauté ne réside pas dans le fond, mais dans la forme. L’exhortation apostolique porte un regard éminemment positif et joyeux sur la famille, bien explicité par son titre. Elle parle de la joie qu’il y a à fonder un foyer, à éduquer des enfants, à œuvrer pour des familles stables et fécondes. La question des divorcés remariés n’est pas l’élément principal du texte.» 

Quant aux progressistes qui risquent d’être déçus par un textemanquant d’ambition, l’historien les renvoie dans les cordes. «Les ecclésiastiques qui ont soutenu des positions plus laxistes quant au dogme viennent surtout d’Allemagne et d’Europe du Nord. Ils n’ont quasiment aucune influence dans les autres parties du monde. Ce sont aussi, très souvent, des personnes assez âgées, qui appartiennent à l’ancienne génération de l’Église. C’est là un de leurs paradoxes: ils se veulent modernistes, mais ils se rattachent à des courants intellectuels datés et passés, ceux des années 1970-1980. Ils sont l’ancienne génération de l’Église, leur influence est déclinante.»

Patience et longanimité

Caroline Fux, sexologue du journal de Boulevard zurichois Blick après avoir relevé que si elle devait s’en tenir à l’enseignement catholique, beaucoup de gens seraient frustrés se félicite de l’appel du pape à la patience. (Le texte allemand utilise le terme Langmut traduisible par longanimité ndlr). «Le chef de l’Eglise encourage les hommes et les femmes à la patience (Langmut) Une demande emballée dans un mot vieilli, mais qui est ‘top-actuelle’. Selon le dictionnaire la patience est un comportement  qui consiste à endurer ou à attendre avec calme, maîtrise et indulgence. [..] Ce sont des choses dont beaucoup de couples sont malheureusement aujourd’hui avares.»  

Tiziana Fabi de l’ AFP  relève que «l’évêque de Rome encourage l’éducation sexuelle des enfants. En revanche, il met en garde contre une contraception qui verrait dans l’enfant un ennemi dont il faut se protéger. Amoris laetitia est avant tout un encouragement des couples catholiques et le pape y invite dès le début à se méfier des lectures hâtives de ce très long texte.»

L’Afrique citée en exemple

Pour le site Voa Afrique, Albert Mianzoukouta, journaliste à Radio Vatican se félicité, de voir l’Afrique citée en exemple.  »Il parle notamment – et cela est un peu surprenant et à la fois rafraîchissant – de l’expérience du mariage en Afrique, qui inclut trois étapes particulières: le mariage traditionnel, celui devant l’Etat et celui devant les autorités de l’Eglise, quelles qu’elles soient, catholiques, protestantes ou autres».

Citant le souverain pontife, il note que «dans certains pays, spécialement en différentes parties de l’Afrique, la sécularisation n’a pas réussi à affaiblir certaines valeurs traditionnelles, et dans chaque mariage, se réalise une forte union entre deux familles élargies, où l’on garde encore un système bien défini de gestion des conflits et des difficultés».

Le pape parle de sexe

Alex Lauriot Prévost, en charge de la pastorale conjugale et familiale durant sept ans pour le diocèse d’Avignon, souligne sur le site aleteia: «Le pape François aborde de manière incroyable la question de la sexualité ; c’est du jamais-vu. Il indique clairement un chemin de conversion en soulignant le bénéfice de la sexualité pour les époux et à quel point il est important de retrouver un juste équilibre (n° 74, 75, 151 et 152 entre autres). Il insiste sur le fait que la foi chrétienne nous permet de nous recentrer sur le vrai érotisme ; cela consiste à éviter deux écueils : celui de ne jamais se donner mais seulement prendre, notamment en consommant de la pornographie, et celui au contraire de négliger la relation sexuelle dans le couple. Cela montre le chemin parcouru depuis saint Jean Paul II : encore une fois, François a repris à son compte ses analyses pour les rendre encore plus proches des hommes et des femmes.» (cath.ch-apic/mp)

Le Festival des familles du canton de Fribourg
10 avril 2016 | 11:59
par Maurice Page
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