Travail de sape contre les valeurs du Concile Vatican II
Angleterre: Les Eglises anglophones mal à l’aise face au document romain sur la liturgie
Manchester, 14 mai 2001 (APIC) Les Eglises anglophones sont mal à l’aise face au nouveau document romain sur la liturgie, publié la semaine dernière par la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements. Le document du Vatican menace de saper les valeurs du Concile Vatican II, déplore Mgr Maurice Taylor, évêque catholique de Galloway, en Ecosse.
«Liturgiam Authenticam», la 5ème Instruction vaticane «pour la bonne application de la Constitution sur la Liturgie du Concile Vatican II», sur l’usage des langues vernaculaires dans la publication des livres de la liturgie romaine, semble «centraliser l’autorité et l’ôter aux évêques locaux».
Pour Mgr Taylor, président de la Commission internationale sur l’anglais dans la liturgie (ICEL), la nouvelle Instruction semble aller contre l’une des principales valeurs promues par le Concile Vatican II, notamment le principe de subsidiarité qui veut que les décisions ne se prennent si possible pas au sommet, mais au plus bas niveau possible.
Jusqu’aux années 60, à l’époque du Concile Vatican II, toutes les liturgies de l’Eglise catholique étaient en latin partout dans le monde. Le choix des langues vernaculaires revient à chaque Conférence épiscopale, mais Rome, qui distingue entre langues et dialectes, n’aimerait pas que l’on augmente «excessivement» le nombre des diverses langues utilisées dans la liturgie. «Pour assurer une certaine unité linguistique à l’intérieur d’une même nation».
L’Instruction dispose que «seules les langues les plus communément parlées doivent être utilisées pour la liturgie, évitant l’introduction d’une infinité d’idiomes dans l’usage liturgique, dont le danger est de constituer un facteur de division fragmentant le peuple en petits groupes et en créant des conflits». Au moment du choix de la langue liturgique, Rome rappelle qu’il faut prendre en compte les aspects comme le nombre de prêtres, de diacres et de collaborateurs laïcs qui peuvent utiliser cette langue.
L’édition latine officielle est l’unique référence de toute traduction
La nouvelle Instruction du Vatican veut résoudre les problèmes des traductions. L’Instruction indique que le texte de l’édition typique, l’actuelle édition latine officielle, est l’unique référence de toute traduction. «Liturgiam Authenticam» entend offrir à l’Eglise latine une nouvelle présentation des principes qui doivent guider les traductions liturgiques, «en mettant à profit l’expérience de plus de trente années d’usage des langues vernaculaires dans les célébrations».
Rome insiste pour que les traductions soient «libres de toute dépendance exagérée» à l’égard de formes d’expression moderne, et plus généralement d’un langage «psychologisant»… «En liturgie, il n’existe pas de textes tendant à promouvoir des attitudes discriminatoires ou hostiles envers les chrétiens non-catholiques, les juifs ou les disciples d’autres religions, ou bien qui nient en quelque sorte l’égalité universelle de la dignité humaine».
La question des genres, un enjeu de taille dans le monde anglo-saxon et germanique
Sous la pression des milieux féministes se pose la question du genre des mots utilisés, qui représente un enjeu de taille en particulier dans le monde anglo-saxon et germanique. Pour le Vatican, pas question d’être «politiquement correct» dans ce domaine: «De nombreuses langues ont des noms et pronoms pouvant être masculins comme féminins. Leur abandon, sous une tendance idéologique touchant à la philologie ou à la sémantique, n’est pas toujours accepté ou adapté, ou bien il ne constitue pas une partie essentielle du développement linguistique».
Premières réactions dans le monde anglo-saxon
Face au document romain, les réactions ne se sont pas faites attendre, surtout dans les milieux anglophones. Il faut dire que la langue anglaise a des règles plus souples que d’autres langues et qu’elle évolue de manière très rapide. La parité des genres est déjà un fait depuis quelques années pour cette langue moderne. Ainsi, l’Instruction romaine n’a pas laissé insensible non plus la Conférence nationale des évêques catholiques des Etats-Unis, confrontée depuis des années à l’utilisation du langage inclusif (qui évite d’utiliser des mots ou des tournures pouvant exclure les femmes).
Les milieux catholiques conservateurs ont salué les directives romaines. Directrice de l’organisation catholique «Femmes pour la foi et la famille», Helen Hull Hitchcock considère que les mots importent vraiment: «Etant donné que la vérité de l’Eglise est transmise par la parole, alors les mots sont très importants».
Les enjeux du langage inclusif
Du côté des catholiques libéraux, on estime en revanche que les directives vaticanes sont blessantes pour les évêques. Ces milieux se battent depuis longtemps contre les expressions qui à leurs yeux discriminent les femmes. Ils veulent par exemple remplacer le terme «l’Homme» (du latin «homo») par «l’homme et la femme».
De plus, la nouvelle Instruction va remettre en question la compréhension des textes par les gens. Le fait d’utiliser des mots que les gens ne comprennent pas, explique Linda Pczynski, porte-parole de «Call to Action», un mouvement basé à Chicago, constitue un obstacle pour la compréhension du message. Pour elle, tout cela révèle de la part du Vatican une ignorance des enjeux dans le domaine du langage. (apic/bbc/cns/be)




