Les médecins pourront décider de prolonger ou non la vie

Angleterre: Réouverture du débat sur l’euthanasie

Inquiétude contre un pouvoir démesuré

Rome, 28 juin 1999 (APIC) «L’Osservatore Romano» dénonce dans son édition du 27 juin 1999 les directives de la «British Medical Association», entrées en vigueur il y a quelques jours en Angleterre. Celles-ci permettent dorénavant au médecin de décider s’il faut prolonger la vie d’un patient en conditions désespérées, ou bien le laisser mourir.

Les médecins britanniques ont désormais un plus grand pouvoir de décision. Les nouvelles directives de l’Association médicale britannique, qui permettent aux médecins, chirurgiens et spécialistes de mettre un terme à la vie des malades en phase terminale, viennent en effet d’entrer en vigueur.

Les nouvelles normes ont provoqué une importante polémique et rouvert le débat sur l’euthanasie, même si le président de l’Association, Michael Wilks a précisé que «l’intention n’est pas d’interrompre volontairement la vie des patients, mais de vérifier le fonctionnement d’une thérapie».

Les médecins pourront décider d’interrompre les soins, y compris de cesser de donner à boire et à manger à des patients qui, selon eux, n’ont aucune chance de survivre. Ils pourront interrompre la chimiothérapie à des personnes atteintes du cancer si aucun progrès ne se manifeste, ou cesser de pratiquer des opérations compliquées qu’ils jugent inutiles, y compris sur des enfants.

En d’autres termes, les médecins auront en somme une responsabilité totale: ils pourront même refuser de s’occuper d’un patient, pour des raisons financières, s’ils estiment que les soins n’apporteront aucune amélioration. Le pouvoir de décision de la famille passe en revanche à un second plan. Elle pourra exprimer son opinion et son souhait, mais la responsabilité finale sera celle des médecins, à moins qu’un tribunal ne décide du contraire.

Le droit de vie et de mort par la seule alimentation

Les normes britanniques, constate aujourd’hui le quotidien du Vatican, indiquent que le médecin a le droit d’interdire que le malade soit maintenu en vie par une alimentation et une respiration artificielles, s’il constate qu’il n’y a pas de soins pouvant améliorer sa condition. Dans le cas contraire, c’est également au médecin qu’il revient de décider, selon le temps qu’il faudra pour obtenir l’amélioration, et selon les effets de la thérapie, si le coût des soins est justifié ou pas. Les normes, précise «L’Osservatore», prévoient toutefois la possibilité, pour les membres de la famille du malade, de recourir au tribunal pour s’opposer à la décision du médecin.

Pour le Père Gino Concetti, théologien moral de «L’Osservatore Romano», le fait le plus «déconcertant» des nouvelles normes est que la famille du patient n’est plus «au premier plan» dans la prise de la décision. Le théologien craint les «conséquences» de cette «substitution des rôles», notamment à cause des risques d’»abus» de la part «de médecins manquant de compétence, de prudence et de solidarité».

Pour la «morale chrétienne», explique le Père Gino Concetti, l’assistance aux malades en phase terminale est un devoir, même si cela ne les guérit pas, dans la mesure où cela les aide à supporter «sereinement» le cours de la maladie. Le théologien évoque en outre les cas de malades restés dans le coma pendant des mois, et qui ont ensuite retrouvé des conditions de vie normales, pour souligner le danger d’un arrêt trop rapide des techniques d’urgence, «parce qu’estimées inutiles ou trop coûteuses». «Les Etats modernes se trouvent face à d’énormes coûts de la sécurité sociale et de la santé», fait-il remarquer. «La tentation de mesurer la santé des citoyens en termes de coûts et de profits pourrait ne pas être suffisamment tenue sous contrôle».

Trop de pouvoir

Un porte-parole de l’Association médicale britannique a déclaré que les médecins sont prêts à assumer les risques de plaintes déposées par les familles : «Mais nous nous sentons beaucoup plus protégés derrière ces nouvelles directives», a-t-il déclaré. Jusqu’à maintenant, ces normes ne pouvaient s’appliquer qu’à des patients dans un coma profond.

Andrew Ferguson, médecin et président de «Healthcare Opposed to Euthanasia», a pour sa part exprimé son désaccord: «Nous sommes extrêmement préoccupés par cette nouvelle situation. Les médecins sont en train d’obtenir trop de pouvoir. Il est très probable que certains en abusent et que le chiffre des morts non naturelles, augmente. Nous estimons que le dernier mot ne doit pas être celui des médecins mais celui des familles que les nouvelles directives ignorent complètement».

Peggy Norris, du groupe «Alert» qui lutte contre l’euthanasie, a également indiqué que «l’Association médicale britannique confond l’interruption d’un traitement non efficace avec le fait d’ôter la vie aux patients. On ne peut pas refuser de l’eau et de la nourriture à des malades: ils sont fondamentaux pour vivre. C’est comme vouloir les tuer». (apic/imed/zenit/pr)

28 juin 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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