Emoi et tollé général auprès des fidèles
Angleterre: Un évêque prêt à vendre une église à un gros fabriquant d’armes
Londres, 14 décembre 1998 (APIC) Emoi en Angleterre: un évêque catholique négocie la vente d’une de ses églises au plus grand fabricant d’armes britannique, malgré l’opposition de l’Eglise catholique au commerce des armes. Les fidèles s’y opposent. Et tentent de faire obstacle à ce marché contre nature.
La société aéronautique British Aerospace voudrait raser l’église de la Sainte-Famille à Warton, dans le Lancashire, au nord de l’Angleterre, pour faciliter l’accès à une usine où elle construit des chasseurs à réaction Hawk. Dans le cadre d’un marché qu’on estime à 1,7 million de dollars, British Aerospace construirait une nouvelle église, une nouvelle salle paroissiale et un nouveau presbytère. John Brewer, évêque du diocèse de Lancaster, compte par ailleurs affecter à la «promotion de causes morales» tout excédent découlant de la vente.
Des chasseurs Hawk sont vendus au gouvernement indonésien qui, selon ceux qui font campagne contre le commerce des armes, a tué 200’000 personnes au Timor oriental depuis l’invasion de 1975. Seize Hawk devraient être expédiés à l’Indonésie au début de l’année prochaine.
Le cardinal Basil Hume, primat d’Angleterre et du Pays de Galles, s’est prononcé contre le commerce des armes et, il y a deux ans, le diocèse de Lancaster a adopté une politique d’investissements responsables.
Le chanoine Peter Verity, porte-parole de l’évêque Brewer, interprète à sa manière la «partition» de son évêque. Dans une déclaration à l’Agence œcuménique ENI, il relève: «Au fond des choses, nous nous opposons au commerce des armes. Nous n’irions pas investir dans des fabriques d’armes. Mais l’Evangile ne nous invite pas à nous mettre sur la touche. Elle nous invite à prendre part au débat et à faire un appel à la conversion».
Et l’argent sale?
Selon l’évêque Brewer, ses contacts avec la division des avions militaires de British Aerospace sont un bienfait du ciel. «Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de parler à des fabricants d’armes», a-t-il dit à «Universe», journal catholique de Grande-Bretagne. «Il faut en profiter au maximum. Je suis prêt à discuter avec n’importe qui de la morale de leur vie. C’est mon métier».
Questionné sur l’argent sale apporté par la vente de l’Eglise, l’évêque Brewer a rétorqué: «Voulez-vous dire que l’Eglise ne devrait pas accepter les offrandes de ceux qui travaillent à la firme? La moitié des catholiques du diocèse travaillent pour des entreprises qui participent au commerce des armes sous une forme ou une autre. L’industrie de l’armement fait vivre un grand nombre de catholiques».
La négociation de la vente de l’église a déconcerté de nombreux catholiques, qui veulent voir l’évêque prendre une position morale et rejeter le marché. Pour l’un des paroissiens, Harry O’Brien, un horticulteur à la retraite, la vente rendrait l’Eglise «complice de l’oppression et de meurtres au Timor oriental. L’Eglise ne peut se dérober. Il lui faut prendre le parti des opprimés».
Plus tranché, un autre paroissien a reproché à l’évêque Brewer d’être «extrêmement naïf et d’accorder plus d’importance à l’argent qu’à la vie humaine».
Marche arrière?
Face au tollé général provoqué par cette affaire, le chanoine Verity a amorcé une première marche arrière et confié à ENI que le marché pourrait encore être annulé. «Si BAE (British Aerospace) n’a rien à nous offrir sur le plan moral, les négociations commerciales n’iront pas plus loin. Nous serions alors disposés à rompre les négociations…»
Il y a deux ans, quatre femmes qui avaient pénétré par effraction dans l’usine de British Aerospace pour y détruire un chasseur Hawk furent acquittées des charges de complot et de dégâts criminels après avoir fait valoir qu’elles voulaient arrêter de nouvelles atrocités indonésiennes au Timor oriental. (apic/eni/pr)



