Angola: L’Eglise lance un vaste «mouvement pour la paix»

Réconcilier gouvernement et rebelles de l’UNITA

Luanda, 25 juillet 1999 (APIC) L’église angolaise a lancé cette semaine un «mouvement pour la paix» destiné à réconcilier le gouvernement et le mouvement rebelle de l’Union Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola (UNITA), dont le chef, Jonas Savimbi, a vu sa tête mise à prix vendredi par les autorités de Luanda. La semaine qui vient, une délégation gouvernementale angolaise va se rendre au siège des Nations Unies à New York pour envisager la création d’une Cour internationale de justice.

Si cette proposition obtient l’aval de l’ONU, Luanda lancera un mandat d’arrêt international contre le chef rebelle Savimbi, également considéré par le Conseil de Sécurité de l’ONU comme le responsable de l’échec du processus de paix suite aux Accords de Lusaka, signés en 1994. Jonas Savimbi, âgé de 64 ans, a relancé la plus longue guerre civile en Afrique. Il est accusé d’avoir commis une longue listes de crimes et d’atrocités. Les charges qui lui sont reprochées vont notamment de la rébellion au sabotage et à l’usage d’explosifs. Il y a sept mois, le Procureur général de l’Angola l’a qualifié de «criminel de guerre».

Pour sa part, la Conférence des évêques d’Angola et de Sao-Tomé et Principe a offert, la semaine dernière, sa médiation entre les deux parties en guerre depuis l’indépendance du pays en novembre 1975. L’initiative de l’Eglise vise d’abord à mobiliser tous les Angolais autour des valeurs de la paix.

«Sans la paix, pas de progrès ni de développement»

«Sans la paix, il n’y a pas de progrès ni de développement», a déclaré l’archevêque de Uije, dans le nord du pays, Mgr José Francisco Moreira dos Santos. Une présidence et un secrétariat national de mouvement seront mis en place, ainsi qu’un secrétariat diocésain. Un conseil sera également créé au sein de la société civile, des diocèses, dans les églises, conseils œcuméniques et écoles du pays. Toutes ces structures réfléchiront et recueilleront des propositions sur la paix. «Ce que nous voulons, c’est la paix d’abord (…)», a déclaré, pour sa part, Mgr Emilio De Carvalho, évêque de l’Eglise méthodiste du pays.

Selon Mgr Moreira, «pendant plus de vingt ans, l’Angola a vécu dans une culture de la violence et il faut maintenant réfléchir sur la nécessité d’instaurer la paix». L’évêque de Uije a estimé qu’il faut un dialogue entre les deux parties, la solution à la crise n’étant pas la guerre, mais le «cœur». «Le problème de cette paix est celui de toute la nation et de tous les hommes», a-t-il ajouté, tout en rejetant l’idée selon laquelle la longue guerre civile du pays a fini par diviser l’Eglise locale, avec des partisans et adversaires de l’une ou l’autre partie.

«L’Eglise est bien unie, mais chaque évêque a son critère et sa façon de penser. Cependant, dans les domaines de la doctrine et de l’enseignement pastoral, nous sommes biens unis». Dans son appel pour la paix, l’Eglise réclame la fin immédiate des affrontements militaires, l’établissement de canaux de communication et de dialogue entre le gouvernement et l’UNITA, l’ouverture d’un couloir humanitaire afin de pouvoir acheminer de l’assistance alimentaire et non alimentaire aux populations civiles.

Ouverture de canaux de dialogue et de couloirs humanitaires

Les noyaux du «mouvement pour la paix» seront formés dans les paroisses. Cette formation portera sur la manière dont l’Eglise peut rechercher «les gestes et chemins nécessaires pour la paix». Selon ses initiateurs, des personnalités laïques peuvent également adhérer au mouvement qui sera dirigé par le Conseil des Eglises d’Angola et de Sao-Tomé et Principe.

Mardi, à la veille de la publication de l’appel pour la paix des Eglises, un convoi d’aide humanitaire, affrété notamment par la Caritas, a été attaqué par des bandes armées de l’UNITA dans la province de Cuanza Nord, sur la route qui relie Lukala à Samba-Caju, près de Kiangonbe (environ 330 km à l’est de la capitale Luanda). 60 personnes ont été tuées dans l’attaque: 54 civils et 6 policiers, tandis qu’une quarantaine de camions étaient incendiés, rapporte l’agence d’information missionnaire MISNA à Rome.

L’un des camions, propriété de l’évêque d’Uije, Mgr José Francisco Moreira dos Santos, transportait de l’aide humanitaire destinée à son diocèse, tandis qu’un camion contenant des vivres pour les missions des frères capucins au nord du pays a subi le même sort. Le document de paix de l’Eglise a été précédé par la publication, le 16 juillet, d’un «manifeste pour la paix». Celui-ci, pas paraphé par l’Eglise en tant que telle, a cependant été signé par au moins 300 personnalités politiques, syndicalistes, religieuses, universitaires, avocats, du pays. (apic/misna/bbc/ibc/be)

25 juillet 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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