Inquiétude de l’OMS qui signale 250’000 malades
Angola: Le choléra a fait plus de 1’000 morts déjà depuis la mi-février
Luanda, 5 mai 2006 (Apic) Le bilan de l’épidémie de choléra qui a commencé à se manifester mi-février en Angola a dépassé les mille victimes. Et plus de 250’000 malades ont été enregistrés jusqu’ici dans dix provinces du pays, indique le bureau de l’Organisation mondiale de la Santé (Oms) à Luanda, cité par l’Agence Misna.
Malgré l’aggravation de la situation, pour le moment le gouvernement angolais n’a pas officiellement demandé des aides à la communauté internationale tandis que l’Oms a déjà mis à disposition des ambulances, du personnel médical et des médicaments. «Il y a beaucoup de personnes malades qui échappent aux statistiques officielles car elles ne se rendent pas à l’hôpital et meurent souvent à leur domicile», témoigne pour Misna le Père Luigino Frattin, missionnaire à Luanda, membre de la Société des missions africaines (Sma).
Le religieux vit dans le quartier pauvre de Kicolo, à la périphérie nord-est de la capitale. Un vaste agglomérat de petites habitations et baraques qui ont poussé comme des champignons ces dix dernières années, avant l’arrivée des réfugiés poussés par la guerre et récemment les flux d’évacués chassés d’autres quartiers à cause du lancement de grands travaux urbanistiques dans la capitale qui compte 6 millions d’habitants.
Les récents investissements étrangers dans le secteur pétrolier angolais a en effet engendré un boom économique, mais qui ne bénéficie pas à tous. Loin de là. «Entre 400’000 et 500’000 personnes vivent à Kicolo, assure le Père Frattin, mais les égouts sont à ciel ouvert et l’eau potable arrive chaque jour à paiement dans ces citernes: souvent de l’eau de fleuve ou de puits pollués. Il ne faut pas s’étonner que dans de telles conditions le choléra se diffuse».
Rites funèbres en cause
Pour enrayer l’épidémie les autorités angolaises ont fait installer des centres d’urgence – avec de grandes tentes dans des écoles, des paroisses et autres structures – destinés seulement aux malades de choléra, mais pas tous y vont par «manque de confiance» explique le missionnaire. «L’hôpital serait gratuit – raconte-t-il – mais avec leur expérience, les Angolais savent que quiconque se présente doit verser de l’argent pour bénéficier de l’attention des infirmiers, de la nourriture ou des médicaments. Alors les plus pauvres ne s’approchent même pas des hôpitaux, si ce n’est lorsqu’il est trop tard pour eux».
Dans le quartier de Kicolo, rapporte l’interlocuteur, il y a seulement un centre médical public avec 10-15 lits, quelques petites structures privées et deux dispensaires de la Caritas et des Soeurs trappistes. «Au-delà des mauvaises conditions d’hygiène, les comportements culturels aussi contribuent à la contamination», dit Père Frattin, en faisant référence aux rites funèbres. «Le corps est conservé à la maison et lavé par les membres de la famille, favorisant le passage de l’infection: un problème que nous avons déjà vu avec l’épidémie de la fièvre de Marburg l’an dernier. Mais il est impossible de demander à ces personnes de ne pas toucher leurs morts».
Le missionnaire ne se souvient pas de situations similaires depuis son arrivée il y a près de 15 ans en Angola. Le drame, dit-il, est que pendant plusieurs jours depuis les premiers cas ni le personnel médical ni les personnes malades imaginaient qu’il s’agissait du choléra. Raison pour laquelle les gens ont commencé à se soigner avec la médecine traditionnelle ou d’autres médicaments non spécifiques, bien entendu sans aucun résultat. (apic/misna/pr)




