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apic/63e voyage de Jean Paul II
APIC – Dossier
63e voyage du pape à l’étranger en Asie et en Océanie (100195)
Quatre étapes, quatre pays très différents
Maurice Page / agence APIC
En se rendant une nouvelle fois en Asie, le pape Jean Paul II sait qu’il
visite le continent du 21e siècle. Par ce 63e voyage à l’étranger, qui le
conduira également en Océanie, Jean Paul II entend «lancer un pont vers les
générations nouvelles de l’Asie».
Après une année difficile marquée par plusieurs épreuves de santé, Jean
Paul II qui est apparu très fatiqué à Noël, mais plutôt en forme à l’Epiphanie, n’hésite pas à entreprendre ce voyage qui, avec ses 33’415 kilomètres, est le second en longueur de son pontificat.
Ce voyage sera marqué par quatre dimensions principales. La rencontre
avec les jeunes constitue «le coeur de mon voyage», a rappelé Jean Paul II
dimanche dernier. La deuxième dimension est le dialogue interreligieux particulièrement manifesté par l’étape du Sri Lanka. La solidarité entre les
pays d’Asie qui connaissent un développement et au taux de croissance très
variés, sera le troisième axe du message de Jean Paul II qui considère que
les déséquilibres risquent de menacer la paix. La dernière dimension concerne les chrétiens persécutés en particulier ceux de Chine et du Vietnam à
qui le pape devrait s’adresser directement.
La plupart des communautés chrétiennes d’Asie manifestent une vitalité
étonnante: pratique religieuse élevée, vocations sacerdotales et religieuses abondantes, engagement de nombreux laïcs dans les mouvements d’Eglise,
souci de la formation chrétienne, dynamisme missionnaire. Pour mener à bien
leurs tâches, ces Eglises doivent faire face aux deux défis majeurs de
l’inculturation et du dialogue interreligieux. Les peuples d’Asie riches
d’une culture millénaire envisagent parfois d’une façon très différente les
notions de Dieu, de l’homme, de la personne.
Les Philippines
La première étape du voyage de Jean Paul II le conduira comme il se doit
dans le seul pays catholique d’Asie, les Philippines. 87% des quelque 70
millions d’habitants de l’île appartiennent à l’Eglise catholique qui conserve une influence sociale et politique très importante. La présence des
évêques au premier plan de la scène politique s’est encore renforcée depuis
leur participation active dans la lutte qui a mis fin à la dictature du
président Marcos en février 1986. Le cardinal Jaime Sin et l’épiscopat philippin interviennent régulièrement dans la vie publique du pays pour dénoncer la pauvreté et les injustices, mais aussi pour contester les campagnes
étatiques de contrôle des naissances, ou la prévention contre le sida au
moyen du préservatif. Ce qui n’a pas empêché par ailleurs l’Eglise et
l’Etat de faire front commun contre la Conférence du Caire sur la population et le développement.
Jean Paul II, pour sa deuxième visite dans le pays, après celle de 1981,
limitera sa présence à la capitale Manille, où il prendra part à la Journée
mondiale de la Jeunesse, le premier pôle de son périple. La présence d’une
délégation officielle de la République populaire de Chine est considérée
comme un signal en vue d’une normalisation des rapports entre la Chine et
le Vatican. Le pape ne devrait par ailleurs pas manquer de s’adresser aux
quelques 3 millions de catholiques chinois lorsqu’il prendra la parole sur
les ondes de Radio Veritas, à l’occasion du 25e anniversaire de cet émetteur catholique. Le 16 janvier Jean Paul II rencontrera par ailleurs la Fédération des Conférences épiscopales d’Asie.
Papouasie Nouvelle-Guinée
La présence du christianisme en Papouasie Nouvelle Guinée est récente.
Les premiers missionnaires, des pères du Sacré Coeur, y ont débarqué en
1885. L’archipel constitue ce que l’on appelait naguère un pays de mission.
Le pays ne compte que 4,25 millions d’habitants, dont 80% de chrétiens. La
moitié sont catholiques. Le gouvernement, selon la constitution du pays, se
déclare chrétien et reconnaît le rôle de conscience morale des Eglises.
Avec ses 19 diocèses, l’Eglise catholique de cet immense archipel possède
aujourd’hui ses structures propres, même si les 4/5 du clergé sont encore
des missionnaires. La relève indigène monte, mais elle est encore peu à
l’ouvrage. Divisé en un très grand nombre d’ethnies et de langues (800) le
pays, qui a acquis son indépendance en 1976, doit faire face aujoud’hui au
choc de la modernité. Ce qui, sur le plan religieux, se traduit par une
violente offensive de sectes souvent axées sur le merveilleux.
Dans ce pays où les distances sont grandes et les prêtres peu nombreux,
le rôle des catéchistes est primordial. La béatification de Peter To Rot,
catéchiste laïc, tué par l’occupant japonais lors de la deuxième guerre
mondiale, sera donc le point central de cette étape. Peter To Rot est le
premier Papou Guinéen à accéder à l’honneur des autels. Fils d’un chef de
village, lui-même déjà chrétien, Peter To Rot, marié et père de trois enfants, voit sa vie totalement changer lorsque les Japonais débarquent sur
son île en janvier 1942. Les missionnaires ayant été chassés, Peter To Rot
reste le seul responsable de la mission. En 1943, les forces d’occupation
interdisent tout culte chrétien, Peter To Rot continue néamnoins son activité de catéchiste. Arrêté et emprisonné à plusieurs reprises, il est finalement exécuté en juillet 1945 par les Japonais après de terribles tortures.
Australie
En Australie, Jean Paul II rencontrera un monde bien différent de celui
des Papous. Le pape limitera sa visite à Sydney. Le pays connaît actuellement les signes d’une reprise et compte bien assumer un rôle moteur dans la
région Asie-Pacifique, sur le plan économique certes, mais aussi sur le
plan politique. Dans le domaine intérieur, la réconciliation avec les Aborigènes reste une des grandes questions. Avec une population de 18,1 millions d’habitants, concentrés à 85% dans les villes réparties sur les
franges d’un territoire 14 fois plus grand que la France, l’Australie reste
un pays ouvert, même si elle connaît un chômage de près de 10%.
A l’instar des chrétientés occidentales, l’Eglise catholique est confrontée aux mêmes problèmes. 31% des Australiens sont catholiques, environ
50% se rattachent aux Eglises issues de la Réforme, essentiellement anglicans et luthériens. L’orthodoxie est également bien présente (3%) (surtout
des orthodoxes grecs). 22% des Australiens se disent cependant sans religion. Et moins de 20% des fidèles participent activement à la vie de leur
communauté. En 1970, l’Australie avait été un des premiers pays visités par
le pape Paul VI, qui s’était fait l’avocat des aborigènes. C’est en 1976
que le premier prêtre aborigène a été ordonné. Ces dernières années l’Eglise catholique s’est notamment signalée par ses appels à un accueil plus
large et plus humain des immigrés, en particulier les réfugiés vietnamiens
et cambodgiens.
Sri Lanka
Dernière étape du voyage de Jean Paul II le Sri Lanka, ancienne Ceylan,
doit aujourd’hui sa réputation plus à la guerre civile qui oppose indépendantistes tamouls au gouvenement cinghalais qu’à la beauté de ses paysages
et la douceur de son climat qui lui ont valu le surnom de ’perle de
l’Orient’. L’île, une fois et demi plus grande que la Suisse, est peuplée
de 14 millions de Cinghalais, de 2,8 millions de Tamouls (dont 800’000 descendants des Tamouls immigrés d’Inde depuis le XIXe siècle) et 1,2 million
d’immigrés des pays arabes. Avec 8%, les chrétiens forment une minorité significative de la population face au 70% de bouddhistes, au 15% d’indous et
aux 7% de musulmans. Dans certaines régions, la proportion de catholiques
atteint même le quart de la population.
Au moment de l’arrivée de Jean Paul II, les perspectives de négociations
entre le gouvernement de Colombo et les Tigres de l’Eelam tamoul semblent
se préciser et l’espoir d’un accord après 15 ans de conflit armé renaît. En
dépit des difficultés politiques, le pays a connu une croissance économique
de 4% et le secteur industriel est en expansion. L’apport du tourisme a repris de l’importance, même si de nombreux milieux, en particulier de
l’Eglise catholique, ont dénoncé le développement du tourisme sexuel.
L’Eglise catholique présente des visages bien différents selon les régions. Fortement implantée à Colombo, elle à peine visible au sud du pays.
Parfaitement structurée, elle s’organise en 10 diocèses et 345 paroisses.
Le clergé diocésain compte 430 prêtres, les religieux sont au nombre de
274. Quant à la relève, elle semble bien assuré puisque le Sri Lanka compte
aujourd’hui 170 séminaristes.
Tout en condamnant fermement la violence et le terrorisme, l’Eglise a
soutenu les revendications des Tamouls pour le respect de leur identité et
leur automonie. Ce qui lui a valu des difficultés dans ses relations avec
les bouddhistes qui sont tous Cinghalais. La Conférence épiscopale porte un
attention toute particulière au dialogue interreligieux. Tout récemment encore, face à la réaction de colère causée par le jugement de Jean Paul II
sur le bouddhisme, contenu dans son dernier livre, les évêques ont présenté
des excuses aux responsables bouddhistes.
La béatification du Père Joseph Vaz, à laquelle procédera le pape le 21
janvier, s’inscrit dans ce même contexte. Le Père Vaz, missionnaire oratorien du XVIIIe siècle est en effet considéré comme un pionnier de l’inculturation et de l’adaptation aux conditions du milieu. (apic/jmg/mp)



