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apic/Abbé Pierre/ Garaudy
Bruxelles: L’abbé Pierre redit son horreur (280496)
de la Shoah et son amitié pour Garaudy
Invité de la Foire du Livre de Bruxelles
Bruxelles, 28avril(APIC) Les auditeurs venus entendre l’abbé Pierre à la
Foire du Livre de Bruxelles, le 26 avril, attendaient des explications sur
soutien controversé donné à Roger Garaudy, dont un livre met en cause
l’étendue de l’extermination des juifs durant la guerre. L’abbé Pierre n’a
pas renié son amitié pour un homme que la Justice parisienne inculpait le
jour même. Mais le défenseur des sans logis a d’abord redit son abomination
devant la Shoah, «l’extermination de tant et tant de juifs».
L’approbation que l’abbé Pierre semblait avoir donné aux idées de son
ami Garaudy, exprimées dans livre publié en décembre sous le titre : «Les
mythes fondateurs de la politique israélienne» a sucité une tempête médiatique aussi bien en France qu’à l’étranger. Dans cet ouvrage, l’ancien
communiste aujourd’hui converti à l’islam, conteste le chiffre de six millions de victimes juives de l’extermination nazie et attribue cette «exagération» à une «mystification sioniste». A ces yeux, l’histoire fait ici
l’objet d’une «exploitation politique, par une nation qui n’existait pas
lorsque furent commis les crimes».
Sur plainte déposée par deux associations d’anciens déportés français,
puis par le MRAP, Mouvement contre le Racisme et pour l’Interdépendance entre les Peuples, le juge Hervé Stéphan à Paris, a reconnu Roger Garaudy
coupable d’avoir contesté des «crimes contre l’humanité».
L’abbé Pierre est l’aîné de trois ans de Roger Garaudy, dont il a suivi
avec intérêt le parcours: passé catholique, combat communiste, conversion
musulmane. Il en retient «une grande recherche d’Absolu». Mais le prêtre
reconnaît qu’il n’a pas lu entièrement le livre mis en cause. C’est d’abord
l’ami qui parle: «J’ai une grande estime pour l’homme. Je le sais loyal. Si
on lui montre qu’il s’est trompé, il le reconnaîtra.»
«L’histoire est une science» et comme telle, elle ne peut vivre d’idées
reçues, laisse entendre l’abbé Pierre. «N’interrompons pas la recherche de
la vérité historique!», recommande-t-il. «Connaître les causes et les conséquences de l’histoire est un travail toujours à faire et à refaire.» Mais
il renonce à discuter de chiffres sur la Shoah: «A partir d’un degré d’abomination, que signifient encore les chiffres?» Personnellement, il ne peut
que redire son indignation devant «tant et tant de victimes».
Mgr Gaillot et Jean Paul II: des frères
Dans un de ses livres, l’abbé Pierre a glissé cette formule choc: «Il ne
suffit pas de prier: le monde est en guerre!» Comment s’en explique-t-il
aujourd’hui? «Nous sommes informés de tout à l’échelle planétaire, donc
plus conscients des réalités qui nous entourent», répond-il. «Nous sommes
donc coresponsables. La prière doit conduire à l’action: elle ne nous détourne pas de la vigilance.» «Depuis que j’ai la certitude que Dieu est
amour, dit-il, ma foi ne peut être qu’un amour en réponse à un acte
d’amour.»
Pour qui le coeur de l’abbé Pierre penche-t-il: pour Mgr Gaillot ou pour
Jean-Paul II? L’abbé Pierre, qui a rencontré Jean Paul II à quatre ou cinq
reprises, s’avoue «un peu impatient de connaître le prochain pape». Il attendrait, du moins, que le balancier de l’histoire reparte désormais dans
l’autre sens. «J’ai toujours été frappé par l’intensité de sa capacité
d’écoute», souligne-il à propos de Jean-Paul II. Mais il reprend à son
compte cette confidence d’un cardinal de la curie romaine : «Il écoute…
mais ne demande pas conseil!»
Quant à Mgr Gaillot, l’abbé Pierre ne l’avait rencontré que deux fois
avant que l’ancien évêque d’Evreux ne soit révoqué en janvier 1995 par le
Vatican. Depuis, les contacts entre les deux hommes se sont multipliés. Mgr
Gaillot s’est plusieurs fois étonné que l’abbé Pierre n’ait pas connu les
mêmes ennuis pour des prises de position analogues aux siennes. Son interlocuteur lui renouvelle à distance sa réponse: «Moi, je ne suis pas évêque!». L’abbé Pierre tient toutefois à lever toute méprise sur ses propos :
«Pour moi, Jean-Paul II et Mgr Gaillot, ce sont d’abord deux frères!»
«Deux milliards de saints»
L’abbé Pierre pense-t-il qu’on pourrait un jour faire de lui un saint?
«Pour moi, dit-il, sur six milliards d’habitants sur la terre, deux milliards sont des saints. Ce sont ces papas et ces mamans admirables qui, même
s’ils ne connaissent pas la révélation de Dieu, accomplissent en conscience
ce qu’ils doivent faire.» (apic/cip/mp)




