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L’abbé Pierre réaffirme son amitié pour Garaudy (170696)

Il dit sa tristesse, mais aussi sa foi renforcée: ni gâteux ni manipulé

Zermatt, 17juin(APIC) Non, «je ne suis pas manipulé». De sa retraite

suisse de Zermatt, en Valais, où il se repose, l’abbé Pierre réaffirme son

amitié à Roger Garaudy. Dans une interview accordée lundi au quotidien «Le

Matin», le fondateur d’Emmaüs, qui lance une pointe à la LICRA, explique sa

position, ses sentiments, sa tristesse, mais aussi sa foi renforcée.

A propos de l’inculpation du diffuseur suisse du livre de Garaudy, l’abbé Pierre se dit triste. «Je ne peux que réaffirmer que, ayant lu ce livre

avec soin, je n’y vois rien de révisionniste. Bien sûr, je conserve mon

amitié à Roger Garaudy qui est un homme d’une rare qualité. Je souhaite

qu’une telle étude sérieuse conduise à un non-lieu à propos de ce livre».

L’abbé Pierre souhaite-t-il toujours la tenue d’un grand débat historique? Le grand rabbin de France l’a d’abord souhaité, en même temps que moi.

Et puis, tout le monde, et lui également, a souhaité qu’il se fasse à un

moment plus opportun, mais qu’il était impossible dans le climat actuel.

Mais ce n’est pas un «Non!» absolu, comme celui de la LICRA, pour qui tout

est sacré, pour qui aucune opinion ne peut être exprimée, alors qu’aucune

science ne peut admettre qu’on lui dise que tout est dit. Et l’histoire est

une science».

L’abbé Pierre n’admet pas avoir été manipulé. «Victime, oui. Manipulé,

quant à mes choix et à mes comportements, absolument pas. Mais que d’autres

aient été manipulés, j’en ai la conviction. Pour qu’il y ait eu dans les

médias une telle simultanéité et identité de vues, il doit bien y avoir eu

une influence. Ou alors c’est Méphisto».

Pas une «ânerie»

L’infatiguable lutteur qu’est encore l’abbé Pierre malgré ses 83 ans réfute avoir fait une «ânerie en se mêlant de «cela». «Non, je ne pouvais pas

ne pas le faire. Un homme, Roger Garaudy, selon sa conscience et après

avoir travaillé dix ans sur ce sujet, sort un livre politique. On l’insulte, on le traite de vendu, et moi je n’admets pas ça, Et dans une lettre,

je lui signale que toute ma vie j’ai été intrigué par le peuple d’Israêl,

et que, en relisant la Bible, j’ai constaté que quand Joshué passe le Jourdain pour entrer en Terre Sainte, il tue tout le monde, jusqu’au dernier

petit poulet. C’est la shoa avant la shoa. Mais je dis aussi oui, le peuple

d’Israël a été victime de la shoa, de la folie d’Hitler (et de bien d’autres).

Et le fondateur d’Emmaüs de poursuivre: «Quand on vient me dire que je

suis négateur de la shoa, j’ai envie de me battre, c’est inadmissible. Vous

savez, j’ai écrit à Shimon Peres. Je lui ai dit que j’avais mal parce qu’on

m’accusait d’être l’ennemi d’Israël. Six heures plus tard, j’avais la réponse. Shimon Peres m’écrit: ’Nous vous aimerons toujours. Avec l’espoir

que ce différent s’efface’».

Jacques Gaillot et Kouchner? «Que Dieu les juge, c’est tout»

L’abbé Pierre, qui se «fout complètement» de ce qu’on dira plus tard de

lui, cite un brin amusé le résultat du dernier sondage daté du 11 juin: «Je

me fous des sondages, mais c’est rigolo, on vient de me l’envoyer: 64% des

Français ont de moi la même opinion qu’avant». Et de relever, à propos des

petites «phrases perfides» de l’ex-évêque d’Evreux, Jacques Gaillot, et de

l’ancien ministre Kouchner, prononcées à son encontre: «Je ne les juge pas,

que Dieu les juge, c’est tout». Gâteux, l’abbé Pierre? «Le grand rabbin de

France a dit que je n’avais qu’une excuse, la sénélité». Et de demander à

son interlocuteur: «Vous trouvez que je suis gâteux?» (apic/lm/pr)

17 juin 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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