Paris: le nouvel appel de l’abbé Pierre, 40 ans après l’hiver 54 (010294)
apic/Abbé Pierre
Même thème, même combat… les gouvernements passent, les promesses aussi
Paris, 1erfévrier(APIC) Eternel abbé Pierre: quarante ans après jour pour
jour, il a renouvelé mardi son appel historique du 1er février 1954 en faveur des déshérités. Le battant, le défenseur des cabossés, le saint em…
comme certains le nomment affectueusement adresse aujourd’hui, aux maires
de Frances notamment, un appel pour la croyance en l’avenir des jeunes. Sera-t-il entendu avec le même impact d’alors, lorsqu’il en avait appelé à
l’»insurrection de la honte»?
Celui que les Français – et pas qu’eux – portent plus que jamais dans
leur coeur, que les sondages mettent en tête de liste, bien avant n’importe
quel star et n’importe quel homme politique continue en 94 son combat. A 81
ans, ses indignations et ses colères contre les injustices sont les mêmes.
Parce que rien ne change vraiment. Et surtout pas les promesses des politiques. La charité? la solidarité? L’abbé Pierre veut des actes. Ses coups de
gueule remuent les consciences… comme ils avaient remué un certain hiver
54.
Une mobilisation déferlante, toutes classes sociales confondues, jamais
renouvelée avec cette ampleur depuis. La presse écrite l’avait très largement relayée. Et le gouvernement avait fini par céder… adoptant un plan
d’urgence pour la construction de 12’000 logements de première nécessité.
Aujourd’hui ce «saint Jean-Bâtisse», comme l’appelle le «Canard Enchaîné», est resté la personnalité préférée des Français. Mais la crise économique, sociale et morale constitue une nouvelle donne. La France compte aujourd’hui entre 200’000 et 500’000 sans abri. On évalue à 4,3 millions le
nombre de personnes mal logées et à 4,7 millions celles qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2’250 ff par mois (600 francs suisses environ). Beaucoup d’entre elles ont moins de 25 ans et sont à la recherche d’un emploi. Une recherche devenue problématique, même pour les
jeunes diplômés, en raison du taux de chômage élevé, 12% contre 1,9% en
1954. Un problème réél y compris pour les cadres frappés de plein fouet. Un
citoyen sur deux a aujourd’hui la hantise de devenir un «sans domicile foxe» (SDF) un jour ou l’autre.
Pallier aux carences de l’Etat
L’inlassable travail de l’abbé Pierre, commencé avec ses compagnons
d’Emmaüs, a porté des fruits et laissé apparaître des changements dans les
mentalités. Les appels à la solidarité se sont multipliés. L’action caritative s’est organisée, avec parfois des actions spectaculaires comme les
«Restos du coeur» de Coluche. Partant, la générosité requise presque chaque
jour, ne serait-ce que pour les SDF toujours plus nombreux à faire «la manche», est plus diluée, plus continue. Ainsi, le montant des dons a été
multiplié par dix en dix ans. Comme pour répondre aux carences de l’Etat,
décidément toujours moins «Etat-Providence».
En 1994, pour bénéficier d’un RMI (Revenu minimum d’insertion) ou d’un
HLM (habitation à loyer modéré), il faut passer par des collectivités locales et de multiples partenaires. Cette prise en compte institutionnelle de
la précarité, pourtant insuffisante, en dit long sur le délabrement du tissu social et la montée en puissance de la société «duale».
Quanrante ans après son premier appel, rien n’a vraiment changé. Et
c’est pour le rappeler que l’abbé Pierre est remonté mardi au front. Qu’il
n’a jamais quitté du reste. Pour déclarer la guerre à la misère et à l’exclusion. (apic/jcn/pr)




