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apic/ACI/Belgique/MIAMSI
Bruxelles: L’Europe, terre de migrants
L’ACI invite à dépasser des positions simplistes
Bruxelles, 7août(APIC/CIP) «L’Europe, terre de migrants»: c’est le thème
développé durant l’année 1995 par les branches européennes du Mouvement international d’apostolat des milieux indépendants (MIAMSI), dont fait partie
l’ACI (Agir en Chrétien Aujourd’hui) belge. Un travail d’information et
d’interpellation mené sur la base de travaux et d’échanges développés, au
plan local ou au niveau international, avec des chrétiens du monde indépendant qui ne sont pas nécessairement confrontés aux problèmes des migrants,
mais en reconnaissent le poids croissant sur la vie en société et le besoin
d’y apporter de véritables réponses.
C’est dans la foulée de la VIIIe assemblée du MIAMSI, tenue à Heer-surMeuse (province de Namur) en 1992 que le «relais européen» de ce mouvement
avait choisi ce thème. Le message publié à l’issue de cette assemblée avait
donné le ton: «L’Europe devenant, par sa richesse et son idéal démocratique
très largement mis en pratique, un pôle d’attraction pour les réfugiés politiques et pour les populations les plus démunies, nous avons un devoir
d’accueil dans le respect des différences, mais aussi un devoir de clarification de nos pratiques politiques.»
Depuis, les branches européennes du MIAMSI se sont mises au travail, en
dénonçant les slogans racistes et xénophobes souvent répandus en Europe. En
avril dernier, à Fatima (Portugal), plus de 100 délégués venus de France,
Belgique, Portugal, Espagne, Suisse, Malte, mais aussi de Syrie, ont poursuivi la réflexion en partant de divers documents et à travers des travaux
en ateliers sur les thèmes suivants: réfugiés et demandeurs d’asile, urbanisation et logement, travail, famille, femmes, intégration et pluriculturalité…
Belgique: pratiquement aucune politique d’accueil
En Belgique, une équipe ACI a traité le sujet «Réfugiés et demandeurs
d’asile». A l’occasion de ce travail qui a duré plusieurs mois et pour lequel elle a consulté de nombreux membres du mouvement engagés dans ces situations, elle a noté qu’il y a 20 millions de réfugiés dans le monde, dont
un peu plus de 1,5 million en Europe; et que si dans le monde, en 1993, 100
millions d’être humains vivaient en dehors de leurs frontières, l’Europe
n’en comptait que 15 millions.
En Belgique toujours, le nombre de demandeurs d’asile, qui était de
4’500 en 1988, est passé à 26’883 en 1993. Toutefois, le taux de reconnaissance, qui était de 18,4% en 1989, est tombé à 6,1% en 1993, en raison
d’une lecture de plus en plus restrictive de la Convention de Genève. Et,
en sept ans, un peu plus de 5’000 personnes seulement ont obtenu le statut
de réfugié. Au 1er janvier 1994, la Belgique comptait 24’902 réfugiés reconnus, soit 0,25% de la population, ou 1 réfugié pour 400 habitants.
1% du revenu mondial pour 20% des plus pauvres
Le problème doit être resitué au plan mondial. Alfredo Bruno da Costa,
ancien ministre portugais, expliquait aux délégués du MIAMSI réunis à Fatima: «85% du revenu mondial sont dans les mains des 20% plus riches. 1% du
revenu mondial est dans les mains des 20% les plus pauvres, en particulier
africains. Une telle situation d’injustice conduit à une troisième guerre
mondiale et à la fin de notre civilisation.» Cette situation inacceptable
poussant les gens à fuir les territoires les plus pauvres est, ajoutait-il,
«une offense à la conception que l’homme est à l’image de Dieu, contraire
au caractère universel des biens de la terre, une atteinte grave du droit
de propriété privée que se réservent quelques-uns ainsi qu’une offense grave à la valeur du travail humain».
Dans très peu de mains sont concentrés le savoir, l’expérience, la maîtrise du marché et le pouvoir, expliquait encore A. B. da Costa. De plus,
la culture dominante a pour principe que le progrès social des pauvres ne
peut se réaliser que dans la mesure où il n’affecte pas la situation des
riches. Cette situation ne peut être changée par des mesures progressives,
soulignait-il encore: «Il faut des changements radicaux qui organisent une
distribution primaire des richesses dans le monde et qui ne se limitent pas
à une insuffisante distribution.»
L’assemblée européenne du MIAMSI a de plus constaté que l’ordre économique actuel ne peut résoudre le problème de l’immigration. A l’extérieur de
l’Europe, une solution qui permettra aux personnes de rester dans leur pays
consistera certainement à augmenter le niveau de vie par une très large
contribution au développement, dont le minimum (0,7% du PNB) n’est jamais
atteint, a relevé l’assemblée. Cette contribution doit s’orienter vers le
partage des techniques et des richesses, ainsi que dans l’aide à la formation et à l’éducation.
L’Europe, ancienne terre d’émigration
L’assemblée de Fatima a aussi souligné que l’Europe, ancienne terre
d’émigration, devrait être aujourd’hui une terre d’accueil largement hospitalière, mais qu’»elle met en fait de plus en plus de freins aux immigrations sur son territoire et de plus en plus de limitations à l’application
de la Convention de Genève. Et ceci, en raison d’une faible croissance et
de la présence de très nombreux exclus en situation d’extrême pauvreté».
En outre, il y a eu depuis 1974 un arrêt des politiques d’immigration
dans tous les pays européens. Toutefois, ceux-ci connaissent actuellement
un afflux continu de migrants de la pauvreté, réfugiés et demandeurs d’asile venant du Tiers-Monde et des pays de l’Est, ainsi qu’une migration irrégulière ou illégale venant d’Asie du Sud-Est, du Moyen-Orient et des pays
du Maghreb, tous de cultures différentes de celles de l’Europe.
Deux droits essentiels
Le sort de ces migrants, a-t-on noté au MIAMSI, relève de la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme, qui stipule dans son article 13: «Toute
personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à
l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y
compris le sien, et de revenir dans son pays.» En ce qui concerne les réfugiés, on a rappelé que, selon la Convention de Genève, est «réfugié» «toute
personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race,
de sa religion, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions
politiques, se trouve hors de son pays, dont elle a la nationalité, et qui
ne peut pas – ou qui du fait de cette crainte ne veut pas – se réclamer de
la protection de ce pays». A noter encore que la Convention de Genève ne
prend pas en compte les victimes des guerres civiles, pour lesquelles une
législation reste encore à trouver. (apic/cip/pr)



