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apic/Action de Carême/Hengartner
Suisse: 10e anniversaire de la mort de Meinrad Hengartner (250994)
L’Action de Carême a fêté la mémoire de son fondateur
Lucerne, 25septembre(APIC) Il y a 10 ans mourait le fondateur de l’Action
de Carême des catholiques suisses (AdC), Meinrad Hengartner, véritable
«théologien du partage». Samedi 24 septembre à Lucerne, faisant mémoire de
ce laïc «pionnier de la coresponsabilité dans l’Eglise», des membres de sa
famille et des collaborateurs de la première heure ont participé à une messe concélébrée notamment par Mgr Otto Wüst, ancien évêque de Bâle, Mgr Henri Salina, évêque-Abbé de Saint-Maurice, président du Conseil de fondation
de l’AdC, et Mgr Hansjörg Vogel, évêque de Bâle.
Compagnon de route de Meinrad Hengartner dans l’aventure de l’AdC, l’ancien évêque de Bâle, Mgr Otto Wüst, a qualifié le fondateur de l’oeuvre
d’entraide des catholiques suisses de «pionnier de la charité». Il a souligné que le mot partager les uns avec les autres ne signifie pas parrainage, mais bien partenariat, non pas partager les miettes de la table des riches, mais s’asseoir ensemble à la même table.
Aider le catholicisme suisse à sortir de sa mentalité de ghetto
Dressant un bilan historique de ce qu’a apporté l’Action de Carême durant ces trois dernières décennies, le professeur Alois Steiner, de Lucerne, a souligné que l’oeuvre d’entraide fondée par Meinrad Hengartner a aidé
le catholicisme suisse à sortir de sa mentalité de ghetto et a rapproché
les deux grandes confessions – catholique et réformée – en Suisse. Preuve
en est l’étroite collaboration entre l’Action de Carême et son homologue
réformé Pain pour le Prochain. L’AdC a donné une impulsion décisive dans
l’Eglise suisse en faveur de l’idée missionnaire et de la solidarité mondiale et permis, en Suisse également, d’améliorer et de développer des
structures permettant le financement de projets d’envergure nationale.
Quelques mois avant sa mort, Meinrad Hengartner fit lire au couvent
d’Einsiedeln en présence du pape Jean Paul II alors en visite en Suisse, un
message évoquant son souci de la transmission de la foi aux jeunes générations dans une société absorbée par la croissance de son bien-être et de
son économie et oublieuse de fonder la vie sur le sens final de l’être.
Preuve pour le professeur Steiner de la hauteur de pensée de cet homme exceptionnel.
Ferdinand Luthiger, son successeur à la tête de l’AdC, présentant la situation actuelle de l’oeuvre d’entraide des catholiques suisses, a rappelé
que l’Action de Carême est une action pastorale dont l’objectif central est
et reste le renouveau et l’approfondissement de la foi. Mais l’AdC est également une action sociale, car pour le chrétien, la dimension verticale la relation de l’Homme avec Dieu – ne peut absolument pas se passer de la
dimension horizontale; c’est dans ce sens que l’AdC se veut «l’avocat des
pauvres», «la voix des sans voix», selon les mots de Dom Helder Camara. Une
tâche qui assume évidemment une dimension politique, dans le but de
transformer les péchés structurels que sont la pauvreté, la faim,
l’exploitation et l’injustice sous toutes ses formes.
Pour mener à bien son action en matière de politique du développement,
l’AdC participe depuis 1969 avec d’autres grandes oeuvres d’entraide à un
groupe de travail qui a notamment pour tâche, outre l’information spécialisée en matière de développement et la formation, d’examiner du point de vue
des pauvres la politique suisse dans le domaine de l’aide au développement
et des échanges économiques extérieurs. L’action la plus spectaculaire de
ces dernières années a été la pétition sur le désendettement du tiers monde, qui a récolté 250’000 signatures et qui a permis de lancer un programme
de désendettement créatif. Grâce à cette action des oeuvres d’entraide,
Ferdinand Luthiger estime qu’entre 1 et 1,8 milliard de dollars de dettes
des pays en voie de développement envers la Suisse ont ainsi pu être effacées. En matière de collectes de fonds, depuis sa fondation en 1962, l’AdC
a récolté près de 600 millions de francs et soutenu plus de 14’000 projets.
(apic/oe/be)
Encadré
Meinrad Hengartner dirigea l’Action de Carême dès sa fondation en 1962,
jusqu’à sa mort en 1984, à l’âge de 59 ans. Docteur honoris causa de l’Université de Fribourg, il fut une figure marquante du catholicisme suisse
contemporain et l’exemple même du laïc engagé. Meinrad Hengartner, alors
responsable national du mouvement de jeunesse «Jungwacht» et dirigeant
d’autres mouvements catholiques de jeunesse alémaniques, lança «l’Année
missionnaire» (1960/1961) qui suscita un vif intérêt dans toute la Suisse
pour la réalité des missions et du tiers monde. Elle fut suivie en 1962 de
la fondation de l’Action de Carême.
Un «théologien du partage»
Dès le départ, le fondateur de l’AdC voulut lier récolte de fonds et action de conscientisation, mission et développement. La solidarité inconditionnelle avec les pauvres, définie lors des conférences latino-américaines
de Medellin et de Puebla – une option préférentielle qui ne fut pas toujours prise au sérieux par l’Eglise en Europe – , lui tenait particulièrement à coeur. Miséricorde et amour du prochain rimèrent dès lors avec justice sociale et solidarité. Ainsi, il n’hésita pas à interpeller les Suisses sur des thèmes comme la richesse, l’individualisme ou la société de
consommation. Et ce malgré les réserves émises par certaines hauts dignitaires de l’Eglise.
En tant que laïc, Meinrad Hengartner fut aussi l’un des pionniers de la
coresponsabilité dans l’Eglise. Le «tandem» qu’il formait avec l’abbé Otto
Wüst, véritable cofondateur de l’AdC qui deviendra évêque de Bâle, a réussi
à faire partager, à la hiérarchie également, sa vision novatrice des structures de l’Action de Carême avec notamment un Conseil de fondation où laïcs
et évêques sont représentés de façon paritaire. (apic/mp/be)



