Le texte contient 137 lignes (max. 75 signes), 1310 mots et 8571 signes.
apic/Action de Carême/Interview/A.-M. Holenstein/Campagne 96/Succès
APIC – Interview
Entretien avec Anne-Marie Holenstein, directrice de l’Action de Carême
«Enchanté-e de te connaître», la campagne de carême 96 très bien accueillie
Benno Bühlmann, agence APIC
Lucerne, 1eravril(APIC) «Enchanté-e de te connaître», la Campagne oecuménique de Carême placée cette année sous le signe de l’interculturalité, de
la rencontre et de la convivialité, a été accueillie très positivement par
la population, se réjouit Anne-Marie Holenstein, depuis octobre dernier directrice de l’Action de Carême (AdC).
La nouvelle directrice de l’AdC se montre confiante que les traditionnelles pochettes de carême, récoltées habituellement dans les paroisses le
dimanche des rameaux et durant la Semaine sainte, seront bien remplies,
malgré la récession. La campagne de cette année devait en effet toucher un
plus large public. Le but espéré par l’AdC est d’augmenter le résultat de
la collecte de 1% et de mieux se faire connaître auprès des jeunes, des
paroisses et communautés chrétiennes.
APIC:Mme Holenstein, vous êtes depuis l’automne dernier directrice de
l’Action de Carême. Quelles sont vos premières expériences dans cette nouvelle tâche?
A.-M.Holenstein:Je peux déjà tirer une bilan globalement très positif de
ces six premiers mois. La mise au courant du travail par mon prédécesseur,
Ferdinand Luthiger, s’est faite de manière très approfondie, de façon ouverte et complète, de sorte que lorsque le 1er octobre dernier je me suis
retrouvée seule au gouvernail, je pouvais me sentir déjà bien sûre. Je ressens également la collaboration interne dans la maison aussi bien au niveau
de la direction qu’avec les collaborateurs et collaboratrices comme très
positive et encourageante.
Parmi les gros projets auxquels nous nous sommes attelés et qui étaient
déjà décidés, il y a la réalisation d’un nouveau concept ou la planification annuelle intégrée à partir de laquelle la direction formule des objectifs. Ces derniers sont élaborés avec les collaborateurs et les collaboratrices dans un processus de participation. Par ce moyen, nous avons entre
les mains un instrument de direction avec lequel nous pouvons planifier le
travail en fonction des buts formulés, que nous pouvons également contrôler.
APIC:Vous êtes, comme on le sait, la première femme à occuper le poste de
directrice de l’AdC. Est-ce que cette nomination a provoqué des réactions
particulières?
A.-M.Holenstein:Juste après mon élection, l’étonnement fut assez grand.
Certains furent étonnés que l’AdC puisse nommer une femme comme directrice.
Mais passé la surprise du début, je ressens cette nouvelle situation comme
allant de soi. La collaboration dans les diverses structures de l’AdC se
passe bien.
APIC:La campagne oecuménique de l’Action de Carême et de Pain pour le Prochain est placée cette année sous le signe de la rencontre et de la convivialité avec des personnes d’autres cultures. Vous avez ainsi choisi un
thème, la rencontre avec l’étranger, qu’une partie de la population suisse
ressent d’une manière particulièrement sensible…
A.-M.Holenstein:Au vu du thème de la campagne, je m’attendais à des réactions émotionnelles négatives. Mais nous pouvons maintenant constater avec
une grande satisfaction que le thème a été accueilli tout à fait positivement. Je me serais plutôt attendue à ce qu’un thème qui nous interpelle
personnellement se heurte à davantage de refus. Mais c’est le contraire qui
s’est passé.
Nous avons essayé de rejoindre les gens dans leur vie quotidienne et de
leur faire comprendre qu’il y a aussi des possibilités d’expériences positives dans les rapports avec des étrangers. Je pense que c’était juste de
ne pas aborder le thème en premier lieu sur le plan politique.
APIC:»La rencontre» est l’un des mots-clefs de l’idée du «patchwork de la
solidarité» par le biais duquel vous avez voulu lancer des projets concrets
de rencontres interculturelles dans les paroisses de toute la Suisse. Ces
rencontres devaient non seulement englober les étrangers au sens strict,
mais aussi les personnes ou catégories de personnes isolées, exclues ou vivant différemment. Qu’a donné ce projet?
A.-M.Holenstein:Nous n’en avons pas encore une vue d’ensemble. Mais nous
avons déjà eu des retours de plus d’une centaine de paroisses catholiques
qui nous ont envoyé une courte description de leurs actions de rencontre.
Dans certains cas, il s’agissait tout simplement d’une soupe à midi, où
l’on a expressément invité des étrangers; dans d’autres cas, les projets
étaient plus ambitieux. Par exemple une paroisse de Lucerne a décidé de
mettre sur pied une exposition de photos de mariage pour en faire le point
de départ de discussions et de rencontres, avant tout avec des femmes
venant d’autres cultures.
APIC:Près de 3’000 paroisses étaient invitées à prendre part à ce projet
de rencontre. N’aviez-vous pas placé la barre un peu trop haut?
A.-M.Holenstein:Nous avons peut-être été ici un peu trop optimistes. Mais
comme je l’ai déjà dit, nous n’avons pas encore une vue définitive de ce
qui a été entrepris. Certes, il n’y a pas eu des milliers de projets, mais
il s’est passé quelque chose.
APIC:Les traditionnelles pochettes de carême sont en train de rentrer dans
toutes les paroisses de Suisse. Malgré la récession et les difficultés
croissantes sur le marché de plus en plus disputé des collectes, vous avez
confiance que les dons vont progresser…
A.-M.Holenstein:Nous pouvons en effet avoir confiance si l’on en croit
les réactions enregistrées:ainsi, on a commandé cette année 35’000 agendas
de plus que l’année précédente. Nous avons également essayé de faciliter le
travail des paroisses en leur fournissant des dossiers de projets. Nous
avons par ce biais essayé de mettre davantage en avant notre travail sur
les projets. Nous avons en outre soutenu de façon supplémentaire le travail
dans les paroisses par des mailings adressés aux donateurs et donatrices.
APIC:L’on sait que la collecte de 1994 a connu un recul non négligeable;
est-ce que la dernière campagne a permis un redressement?
A.-M.Holenstein:Par rapport à 1994, la collecte de la dernière campagne a
progressé de 404’000 francs, ce qui signifie 1,9% d’augmentation. C’est
pour moi un signe d’espoir qu’il ait été possible, malgré la récession et
le spectre du chômage, que l’Action de Carême connaisse une amélioration
par rapport à l’année précédente.
Il faut noter, dans le domaine des collectes, le rôle décisif que jouent
les circonstances: ces derniers temps, il n’y a pas eu de grands appels à
la générosité du public dans le domaine de l’aide en cas de catastrophe. De
ce point de vue là, nous pouvons considérer la situation comme favorable.
Il est en outre difficile d’évaluer l’impact, sur le montant des dons, de
la baisse des revenus qui affecte aujourd’hui nombre de personnes.
Une étude a montré de façon étonnante que, malgré la récession, la disposition à faire des dons et à offrir des cadeaux a plutôt augmenté ces
dernières années. Il se peut qu’une situation économique difficile puisse
pousser les gens à partager davantage que dans les périodes de vaches grasses.
APIC:A qui bénéficie l’argent récolté par l’Action de Carême?
A.-M.Holenstein:Déduction faite des parts diocésaines, près de 25% des
dons vont à des projets pastoraux en Suisse, tandis que les 75% restants
sont destinés à financer des projets réalisés en collaboration avec des
partenaires des pays du Sud. La moitié de ces projets concerne la pastorale
et l’autre moitié le développement. En tout, ce sont quelque 500 projets
que l’AdC soutient chaque année. Nous nous concentrons sur certains pays et
sur certains secteurs. Nous cherchons à soutenir les gens dans leurs propres efforts, en les aidant à s’organiser, à faire valoir leurs droits et à
réaliser des projets concrets. Nos points forts concernent les projets à la
base dans le secteur de la santé, de la formation et de l’agriculture. Dans
ce domaine, notre priorité est moins la formation purement technique que le
développement du «know-how» local, avec pour objectif de rendre le paysan
le plus possible non dépendant des crédits nécessités par des investissements onéreux. (apic/bbü/be)
Traduction réalisée par Jacques Berset



