Afrique du sud: le Père Roland Trauffer observateur des élections
apic/Afrique du Sud/ Trauffer
Impressionné par le calme et la patience des électeurs
Kokstad/Fribourg, 2mai(APIC) «L’Afrique du Sud, après le passage quasi
miraculeux de l’apartheid à la démocratie, vit la deuxième phase d’un changement révolutionnaire.» C’est ce que le Père Roland-B. Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques suisses (CES) a expliqué vendredi à l’agence APIC. Le Père Trauffer, qui rentrera d’Afrique du Sud mardi, a participé
comme observateur aux élections en tant que représentant de la CES auprès
de l’Eglise locale. 15 des 22,7 millions d’électeurs sud-africains participaient pour la première fois à un scrutin après 342 ans de domination blanche sur le pays.
APIC: Les médias ont présenté des images de longues files d’attente devant
les bureaux de vote.
P. Trauffer: Les files de personnes qui attendent durant des heures et des
jours de pouvoir voter pour la première fois ne doivent pas nous étonner.
Ce sont des files pour la liberté et la justice. Les gens attendent avec
calme et patience. On parle ici de respect tranquille (quiet reverence)
pour cet événement unique. C’est le triomphe de la volonté et du courage
d’un peuple. L’histoire longue et triste de son oppression trouvera sa fin
avec l’élection d’un nouveau président.
APIC: Des extrêmistes de droite blancs ont tenté de troubler les élections
par des attentants à la bombe. Voyez-vous là un danger pour l’avenir du
pays?
P. Trauffer: Non, ces groupes extrêmistes ont été largement surévalués. La
grande majorité de la population, et en particulier la majorité du parti
national de Frederik de Klerk, composé essentiellement de blancs, a reconnu
clairement que la seule chance se situe dans une Afrique du Sud nouvelle.
APIC: Comment vous-mêmes avez-vous vécu ces élections?
P. Trauffer: Le grand calme régnant pendant les élections m’a impressionné
en comparaison des violences vécues durant le temps de l’apartheid et avant
le vote. Là où il y a encore de la violence, elle me semble être autre.
C’est une violence dirigée contre la nouvelle ’psychologie’ de l’Afrique du
Sud. C’est une expérience incroyable de voir des gens voter pour la première fois. Je pense par exemple à cette femme de 106 ans se réjouissant de
pouvoir enfin avoir le droit de vote.
APIC: Comment s’est déroulée votre tâche d’observateur?
P. Trauffer: Mardi, le premier jour de l’élection, j’ai accompagné un bureau de vote mobile dans un hôpital. L’urne passant de lit en lit, chaque
patient pouvait y déposer son bulletin de vote. Le deuxième jour, je me
suis rendu dans un poste missionnaire dans le district de Malute dans le
Transkei/Eastern Province où j’ai séjourné deux jours. De là j’ai visité
les villes et villages environnants.
Dans les villages, les responsables des élections étaient présents partout, mais rien n’avait été préparé. Il n’y avait pas de matériel, pas de
documents, pas de bulletins de vote, pas d’urnes, la centrale ne les avait
pas acheminés. Il faudra certainement analyser pourquoi.(…) Nous ne pouvions certes pas apporter de matériel de vote aux personnes présentes, mais
nous pouvions leur montrer qu’elles n’étaient pas oubliées.
APIC: Quelle collaboration les Eglises peuvent-elles apporter au changement?
P. Trauffer: Le travail des Eglises qui se fait depuis longtemps déjà connaît un nouvel engagement. La Conférence des évêques sud-africains a collaboré dès le départ avec la commission indépendante des élections (IEC);
elle a, de son côté, mis sur pied une organisation d’observateurs nationaux
et internationaux pour établir un réseau de communications qui a permis de
faire l’analyse du vote. En tant que représentant de la Conférence des évêques suisses, je faisais partie de ce groupe et je suis heureux que l’Eglise catholique de Suisse ait pu collaborer ici activement. Je citerai également le bon travail de l’organisation oecuménique EMPSA (Ecumenical Monitoring Programme in South Africa). (apic/gbr/mp)




