Algérie: meurtre de deux religieux français à Alger (090594)

apic/Alger

Les islamistes frappent de plein fouet deux missionnaires engagés

Alger, 9mai(APIC) Deux religieux français, le Père Henri Vergès, 64 ans,

et Soeur Paule-Hélène Saint-Raymond, 67 ans, ont été assassinés dimanche

vers 15 heures à Alger. Ces deux assassinats portent à 36 le nombre des

étrangers tués en Algérie depuis septembre dernier.

Les deux religieux travaillaient ensemble dans une bibliothèque de la

Casbah, mise à la disposition des étudiants algériens par l’archevêché

d’Alger. Ils faisaient «oeuvre de bienfaisance» en aidant de plus les jeunes à se rattraper scolairement et en donnant des cours d’informatique,

notamment, à plus de 200 élèves des environs, dont une majorité de filles,

mais aussi en distribuant des médicaments ou des vêtements aux plus pauvres, ce qui les faisait apprécier de tout le quartier.

Dimance, vers 15 heures, alors qu’ils quittaient la rue Bencheneb, où se

situe la bibliothèque, plusieurs tueurs les ont abattus avant de s’évanounir dans les ruelles de la Casbah. A l’heure de ce crime, qualifié d’odieux

par le Quai d’Orsay, une manifestation pour la réconciliation réunissait

quelque 20’000 personnes dans les rues de la capitale algérienne.

Ces meurtres ne devraient pas remettre en question le travail des religieux et religieux des différents Ordres oeuvrant en Algérie, assure-t-on

du Côté de la Conférence des supérieurs majeurs de France. Contacté par téléphone par l’APIC, l’archevêché d’Alger se refuse à donner des informations sur les circonstances de ce drame.

Le Frère mariste Henri Vergès, enseignant, était arrivé en Algérie en

1969. Il accueillait les lycéens et lycéennes des milieux populaires de Bab

el Oued et de la Casbah dans la bibliothèque dont il avait la responsabilité avec un autre frère mariste. Frère Henri participait également à un cercle de réflexion sur les échanges islamo-chrétiens.

Soeur Paule-Hélène Saint-Raymond, assomptioniste, s’était pour sa part

engagée en 1963 comme infirmière à Alger. Elle avait en outre travaillé durant une dizaine d’années au Maroc et en Tunisie.

L’Eglise catholique de France n’a pour l’instant pas officiellement commenté la nouvelle, sinon par le porte-parole de la Conférence des évêques,

le Père Jean-Michel di Falco pour qui «il n’est pas admissible de commettre

des crimes au nom de Dieu».

Jeudi déjà, un communiqué de la Société biblique suisse annonçait la

fermeture du magasin chrétien d’Alger et que les collaborateurs allaient

quitter le pays en raison des nombreuses pressions exercées par les islamistes fondamentalistes. Cette décision faisait suite à l’enlèvement de l’un

des collaborateurs le dimanche des Rameaux. Le message des islamistes était

on ne peut plus clair: «Lui et ses amis doivent disparaître».

A la suite de l’assassinat des deux religieux, le pape Jean Paul II a

exprimé son émotion devant le meurtre brutal de ces deux missionnaires

français. Dans un télégramme de condoléances adressé au nonce apostolique à

Alger, il exprime le voeu que leur sacrifice contribue à la création d’un

climat de réconciliation et de dialogue en Algérie. (apic/pr)

9 mai 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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