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apic/Algérie/Amnesty dénonce les assassinats/L’Etat en cause

Algérie: L’assassinat d’Etat remplace la prison (030895)

Des centaines de personnes ont été torturées et assassinées par

les forces de sécurité algériennes, dénonce Amnesty International

Londres/Berne, 3août(APIC) L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International (AI) a soumis vendredi au président algérien Liamine Zeroual les cas de centaines de personnes torturées et assassinées par

les forces de sécurité, ou que l’on a fait disparaître. AI a demandé au

chef de l’Etat algérien d’ordonner une enquête sur ces cas. Selon l’organisation, les exécutions extrajudiciaires semblent être utilisées en Algérie

comme alternative à la prison.

Malgré les assurances données en ce sens, le gouvernement algérien n’a,

à ce jour, entrepris aucune investigation adéquate concernant les cas de

torture, de «disparitions» et d’exécution extrajudiciaires commises par les

forces de sécurité.

Les autorités algériennes ont fait savoir que certains fonctionnaires

avaient été punis disciplinairement pour des abus. Elles n’ont cependant

fourni aucune information sur les investigations ou les mesures prises contre les responsables. AI avait demandé au gouvernement de conduire des investigations selon les normes internationales et de traduire les responsables de ces abus devant des tribunaux.

Le massacre de 96 prisonniers de la prison de Serkadji en février dernier est un exemple évident de cette absence de volonté du gouvernement de

conduire des investigations adéquates. Plus de cinq mois après ces graves

événements, au cours desquels cinq gardiens de prison ont également perdu

la vie, la commission d’enquête officielle ne pouvait apporter des éclaircissements ni sur les causes ni sur les circonstances de ce massacre. Les

corps des victimes ont été enterrés dans des tombes anonymes avant que quiconque puisse les voir. Alors que les autorités ont affirmé que les corps

avaient été photographiés à des fins d’identification, ni les avocats ni

les parents des victimes n’ont pu les voir. Une délégation d’Amnesty, qui

s’est rendue à deux reprises en Algérie au cours des quatre derniers mois

n’a pu ni visiter les prisons, ni voir ces photos.

Le prétexte de l’autodéfense face aux attaques des islamistes

Alors que la spirale de la violence continue à s’accroître en Algérie,

les rapports faisant état d’exécutions extrajudiciaires par les forces de

sécurité se font de plus en plus nombreux. Les autorités déclarent que ces

morts résultent d’opérations d’autodéfense lors d’attaques par des groupes

islamistes armés. Pourtant nombre de témoignages indiquent que certaines

victimes ont été tuées alors qu’elles étaient désarmées, à l’intérieur ou

devant leur maison, en présence de leur famille. «L’assassinat d’Etat semble être utilisé comme alternative à la prison», affirme AI.

La torture, qui avait pratiquement disparu entre 1989 et 1991, semble

être à nouveau utilisée systématiquement. La méthode la plus employée est

celle dite «du chiffon», qui consiste à enfoncer dans la gorge de la victime un chiffon imbibé d’eau et de produits chimiques, provoquant une quasiasphyxie. Les autres méthodes utilisées sont les électrochocs, les brûlures

au moyen de chalumeaux, l’introduction de bouteilles dans l’anus et le placement du pénis du détenu dans un tiroir qui est fermé violemment. Les juges et les magistrats ont refusé de faire investiguer les allégations de

tortures ou le non-respect systématique des procédures de détention ou

d’investigation.

Portes ouvertes à tous les abus

Le décret antiterroriste de 1992, une loi d’exception, a été de fait, au

début de cette année, intégré de façon permanente dans le Code pénal et le

Code de procédure pénale, en contradiction directe avec les déclarations

gouvernementales selon lesquelles le décret antiterroriste devrait être levé. Le nombre de délits passibles de la peine de mort sont en conséquence

élargis, et la notion de crime «terroriste» est décrite en terme si vagues

et si larges, que les portes sont ouvertes à tous les abus.

AI condamne sans réserve les massacres et autres crimes commis contre

des civils par les groupes d’opposition armés. Mais ces actes de violence

ne pourront jamais justifier les exécutions extrajudiciaires, les tortures

et les «disparitions» dont se rendent coupables les forces de sécurité algériennes, a insisté l’organisation de défense des droits de l’homme.

Amnesty International appelle urgemment les autorités algériennes à mettre un terme aux violations des droits de l’homme et à se conformer aux

obligations internationales qui résultent de la signature des conventions

internationales ratifiées par l’Algérie. (apic/com/sp/be)

3 août 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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