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apic/Algérie/Assassinat des moines trappistes/Confirmation
Algérie:Assassinat des sept moines trappistes enlevés (240596)
Le communiqué du GIA a été authentifié
Pour Mgr Teissier, les moines ont été exécutés
Alger/Oran/Paris, 24mai(APIC) La petite communauté chrétienne qui reste
en Algérie – estimée à quelques centaines de fidèles – est aujourd’hui sous
le choc. Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, a la conviction que les
sept moines trappistes ont bel et bien été exécutés, car le communiqué du
Groupe Islamique Armé (GIA) a été authentifié. Il a déclaré vendredi à
l’APIC «malheureusement ne pas pouvoir croire» que le communiqué du GIA ne
soit qu’un moyen de chantage et de pression sur les autorités françaises.
«Ils peuvent dire qu’ils les ont tués sans les avoir tués, mais cela paraît peu vraisemblable.Nous pensons que ce communiqué malheureusement nous
annonce la mort des Pères…C’est dans la logique de leur idéologie», a-til déclaré au lendemain de l’annonce par le GIA de l’exécution des sept
trappistes français enlevés le 27 mars au monastère de Tibehirine, à une
centaine de km au sud d’Alger.
Dans un communiqué rendu public jeudi – et qui a été authentifié -, le
Groupe Islamique Armé (GIA) affirme avoir exécuté les moines parce que les
autorités françaises auraient refusé de négocier. Daté du 21 mai et portant
le No 44 et le cachet habituel du GIA, le texte affirme que le GIA a tranché la gorge des sept moines. Le GIA précise avoir eu des contacts avec
l’ambassade de France et avoir donné une bande magnétique prouvant qu’il
détenait les moines. Il rejette la responsabilité de ces morts sur l’Etat
français qui aurait refusé les modalités de négociations fixées par le GIA
«s’ils voulaient vraiment récupérer leurs prisonniers vivants».
«Dans le communiqué du GIA, on trouve des précisions qui n’étaient pas
connues du public, et ils prouvent par le fait même que ce sont eux qui
avaient envoyé le premier communiqué du 20 avril», relève Mgr Teissier. Les
auteurs de ce communiqué (le No 43) étaient bien les ravisseurs, parce
qu’ils avaient enregistré une cassette où l’on reconnaissait bien la voix
des moines trappistes.
Mgr Claverie garde encore «un mince espoir»
«Tant que l’on n’a pas vraiment la confirmation matérielle de la mort
des moines, il reste un mince espoir, et on s’y accroche, mais il faut
reconnaître que plus le temps passe, plus les chances sont minimes», a déclaré pour sa part vendredi matin à l’APIC Mgr Pierre Lucien Claverie, évêque d’Oran.
Appel de la Conférence des évêques de France
Dans un communiqué signé par son président Mgr Duval, la Conférence des
évêques de France a qualifié cet assassinat de «drame» et d’»horreur».
«C’est un drame pour les catholiques qui sont encore en Algérie. Ils restent pour témoigner d’une entente possible entre musulmans et chrétiens,
pour témoigner de leur proximité avec le peuple algérien qui souffre de
tant de mépris. Cette attitude ne mérite-t-elle pas le respect?»
«Un pays a-t-il à gagner à chasser de son territoire ceux qui sont un
témoignage d’ouverture et de fraternité?», poursuit le communiqué.
«J’adresse mes condoléances aux Pères trappistes de France, aux familles
des Pères assassinés. Nous avons partagé leur inquiétude, nous partageons
leur douleur. Que ce sacrifice retombe en grâce sur cette terre algérienne.
Qu’il invite à bannir la haine là-bas et ici», écrit Mgr Duval.
Le président de la Conférence des évêques de France lance encore un appel «à nos frères musulmans qui se tiennent éloignés de ces attitudes barbares» pour qu’ils ne cessent pas d’oeuvrer pour la paix. (apic/be)
Encadré
Le monastère de Notre-Dame de l’Atlas, à Tibehirine, appartient à l’Ordre
Cistercien de la stricte observance (Trappistes); il est implanté dans cette région depuis 1934 et comprenait huit moines et une communauté annexe de
quatre moines à Fès, au Maroc. L’un des moines de Fès se trouvait d’ailleurs à Tibehirine au moment de l’enlèvement. Deux moines d’Alger ont
échappé à l’enlèvement parce qu’ils se trouvaient dans un autre bâtiment.
Les autorités responsables du maintien de l’ordre dans la région avaient
invité les moines, à plusieurs reprises, à quitter leur monastère. Ceux-ci
n’avaient pas pensé pouvoir le faire en raison de leurs liens profonds avec
leurs voisins, eux-mêmes menacés, et à qui ils voulaient donner ce témoignage de fidélité dans l’épreuve commune. Ils estimaient aussi devoir
rester en raison de leur vocation monastique à livrer leur vie à Dieu, sans
retour, dans le monastère de leur appel.
Les moines étaient en effet très liés à la population musulmane du voisinage; outre les temps de prière, ils travaillaient notamment dans le jardin du monastère, qu’ils cultivaient en commun avec plusieurs familles voisines. En période normale, ils assuraient également un accueil spirituel
pour les retraitants qui venaient d’Alger ou d’autres régions du pays.
(apic/be)
Encadré
Avec la mort annoncée des sept trappistes français, ce sont 18 religieux
qui ont été assassinés en Algérie depuis deux ans. Le 8 mai 1994, deux religieux français, le Père Henri Vergès, mariste de 64 ans, et Soeur PaulHélène Saint-Raymond, qui animaient une bibliothèque à la Casbah d’Alger,
tombaient sous les balles du GIA.
Le 23 octobre de la même année, deux religieuses missionnaires augustiniennes espagnoles, Soeur Ester Paniagua (45 ans) et Soeur Maria Alvarez
Martin, 61 ans, étaient tuées à l’entrée d’une chapelle à Bab el-Oued, à
Alger.
Deux mois plus tard, le 27 décembre 1994, quatre Pères blancs étaient
assassinés à Tizi-Ouzou, en Kabylie. Il y avait parmi eux trois Français:
Jean Chevillard (69 ans), Christian Cheissel (36 ans), Alain Dieulangard
(75 ans) et un Belge de 70 ans, Charles Deckers.
Le 3 septembre 1995, Soeur Denise Leclerc, une religieuse française de
65 ans, et Soeur Jeanne Littlejohn, âgée de 62 ans, des Missionnaires de
Notre-Dame des apôtres, étaient abattues par balles à Belcourt, quartier
populaire d’Alger.
Le 10 novembre dernier, deux religieuses des petites soeurs du SacréCoeur de Charles de Foucauld, Odette Prévost (63 ans) était tuée, et Soeur
Chantal Galicher, 53 ans, blessée, dans le quartier de Kouba, à Alger.
Les sept moines dont le GIA revendique l’exécution sont:
Dom Christian de Chergé, prieur, 59 ans; Frère Paul Favre Miville, 57 ans;
Frère Michel Fleury, 52 ans; Frère Luc Dochier, 82 ans; Père Célestin Ringeard, 62 ans; Père Christophe Lebreton, 45 ans; Père Bruno Lemarchand, 66
ans.
Le monastère de Notre-Dame de l’Atlas a été fondé en 1934 par des moines
slovènes et pris en charge en 1937 par l’Abbaye d’Aiguebelle, dans la Drôme. Les 7 moines trappistes étaient présents en Algérie depuis de nombreuses années – 50 ans pour Luc Dochier, qui était médecin. (apic/be)



