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Colombo: Protestations en Inde et au Sri-Lanka (050297)
contre l’excommunication du père Tissa Balasuriya
Un avertissement aux théologiens du sous-continent indien?
Colombo, 5février(APIC) La Congrégation pour la doctrine de la foi doit
lever la sanction d’excommunication qui frappe le Père Tissa Balasuriya,
auteur controversé de l’ouvrage «Marie et la libération humaine». C’est ce
que réclament le supérieur provincial des Oblats du Sri-Lanka, le P. John
Camilius Fernando, et le président du Bureau théologique de la congrégation
dans ce pays, le Père Anselm Silva. Certains professeurs de l’ancien Athénée pontifical de Puna, en Inde occidentale, s’élèvent également contre la
sanction frappant le Père Balasuriya.
L’excommunication du Père Balasuriya semble constituer un avertissement
aux théologiens du sous-continent indien tentés par ce que le cardinal Ratzinger appelle le «relativisme religieux». Les oblats du Sri-Lanka, de leur
côté, demandent qu’on offre d’autres moyens à la communauté théologique internationale et à l’Eglise pour se situer face à d’éventuelles erreurs du
livre «Marie et la libération humaine», publié par le Père Balasuriya. La
sanction qui frappe leur confrère désole les oblats.
«Le Père Tissa est un membre éminent de notre province, rappelle la déclaration. Il a été recteur du Collège Aquinas et est le fondateur et le
directeur du Centre Société et Religion, qui a tant contribué au développement, au dialogue interreligieux, à l’oecuménisme, à la justice et à la
paix dans notre pays». Un service «en accord avec la vision du Concile Vatican II et avec les priorités missionnaires» des oblats dans le monde entier, précisent les signataires, raison pour laquelle «ses supérieurs ont
toujours approuvé et soutenu son travail».
Signature controversée
Le cardinal Ratzinger a récemment expliqué que le théologien, invité à
signer le Credo de Paul VI, avait fait précéder sa signature d’une note
«qui, de fait, remettait en cause les contenus de la foi». S’il a refusé de
signer le texte qu’on lui proposait, c’est parce qu’il comportait, au sujet
des autres religions et de l’ordination de femmes, des clauses qu’en
conscience il ne pouvait accepter comme des «vérités de foi fondamentales»,
affirme la déclaration des oblats du Sri Lanka.
En revanche, note-t-elle, il a bien signé la profession de foi de Paul
VI, «bien plus riche, écrite au lendemain du concile Vatican II», en
précisant en note que «lui, Tissa Balasuriya, signait cette profession de
foi dans le contexte du développement de la réflexion théologique et de la
pratique de l’Eglise depuis Vatican II, ainsi que dans le contexte de la
liberté et de la responsabilité des chrétiens selon le droit canon».
Absence de dialogue
Les oblats sri-lankais regrettent que le procès fait au P. Balasuriya
«se caractérise depuis le début par l’absence de tout dialogue». «A aucun
niveau, ni au Sri Lanka ni à Rome, écrivent-ils, on ne lui a donné
l’opportunité de présenter son livre et de fournir des éclaircissements sur
les erreurs qui lui sont imputées. Aucune enquête ne lui a non plus donné
l’occasion de réfuter les accusations portées contre lui. Tout s’est fait
uniquement par la poste. Il n’y a pas eu non plus de dialogue entre
Balasuriya et un groupe de théologiens compétents. Toutes les tentatives de
mettre sur pied un lieu de conciliation au Sri Lanka ont été vaines».
Le P. Balasuriya, relève la déclaration, «est à présent accusé de mettre
en doute la divinité du Christ, les dogmes mariaux et l’autorité des papes
et des évêques», autant de points pourtant mentionnés dans la profession de
foi qu’il a signée, «à l’exception de l’ordination des femmes, dont la note
de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (du 2 janvier) ne fait pas
non plus expressément mention».
Pour les oblats sri-lankais, il ne peut donc encourir l’excommunication
latae sententiae (automatique), sur laquelle ils émettent dès lors «des
doutes sérieux». Les signataires ajoutent qu’»en tout état de cause», la
sanction «n’est pas conforme à l’esprit de l’Evangile qui devrait nous
inspirer», et qu’elle est «d’autant plus dure à l’égard d’un prêtre âgé,
d’un religieux qui a tant donné à l’Eglise et à la société durant ces 51
dernières années et qui aspire profondément à rester dans l’Eglise».
Réactions indiennes
Le Père Issac Padinjarekuttu, historien de l’Eglise de l’Université de
Puna, en Inde, décrit l’excommunication comme une «sanction extrêmement
sévère». A l’instar du Père Kurien Kunnumpuram, jésuite et professeur de
théologie systématique, il estime que la mesure à l’encontre du Père
Balasuriya est un signal adressé aux théologiens des pays en voie de
développement de rester dans la ligne du Vatican. Le Père Kunnumpuram
considère cette affaire comme un combat entre «la recherche chrétienne de
vérité et l’autorité ecclésiale qui cherche à la réprimer». «Les gens en
communauté» recherchent la vérité et personne, «pas même le pape» ne
détient le monopole de la vérité.
«Un grand choc»
Le Père Padinjarekuttu décrit l’affaire Balasuriya comme «un grand choc
pour nous tous». Le droit canon souligne la plus grande discrétion pour
l’application d’une excommunication. La sanction sonne comme un recul alors
que le Concile Vatican II a appelé au dialogue et à la liberté.
Conformément à la Tradition, la croissance de l’Eglise se vit de pair avec
la reconnaissance de la réalité que la vérité a quelque chose à faire avec
la culture. Les définitions dogmatiques sont de «nature défensive»,
«culturellement typées et unilatérales», note le Père Kunnumpuram.
Le Père Jacob Parapally, autre professeur de théologie systématique fait
remarquer que le Père Balasuriya n’a pas donné d’explications dogmatiques,
mais a présenté des points de vue théologiques. Le devoir de l’Eglise est
de les discuter soigneusement au lieu de condamner leur auteur. Ce dernier
est un «théologien expatrié» issu d’une culture multireligieuse où les
chrétiens représentent une petite minorité de la population. La question
sous-jacente est de savoir si le Vatican «comprend notre société
multi-religieuse, multi-culturelle où de telles considérations théologiques
sont utiles et nécessaires». (apic/kna/cip/bl)




