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apic/Bâle/ évêque

Bâle a enfin son nouvel évêque, le théologien lucernois Kurt Koch(061295)

Un évêque à l’esprit ouvert à l’oecuménisme

et aux défis de la société contemporaine

Soleure, 6décembre(APIC) Après plus de quinze semaines d’attente qui ont

favorisé rumeurs et mauvaise humeur dans les dix cantons diocésains, Bâle a

enfin son nouvel évêque. Rome a confirmé l’élection du professeur Kurt

Koch, un théologien lucernois de 45 ans, à l’esprit ouvert à l’oecuménisme

et aux défis de la société contemporaine. Son nom était depuis quelques semaines sur toutes les lèvres.

Le pape Jean Paul II a confirmé l’élection, le 21 août dernier par le

chapitre cathédral de Bâle, de l’abbé Kurt Koch. Professeur ordinaire de

théologie dogmatique et de liturgie, Kurt Koch est depuis le 1er octobre

dernier recteur de l’Institut universitaire de Lucerne (Hochschule) et doyen de la Faculté de théologie catholique. Lors de l’élection de Mgr Vogel,

le 14 janvier 94, l’abbé Koch était déjà sur la liste des six candidats retenus par les chanoines du chapitre cathédral.

Qualifié par certains de «ni progressiste ni conservateur» l’abbé Kurt

Koch aurait pu devenir sans autres un curé de paroisse, estime l’un de ses

amis, mais ses capacités particulières l’ont conduit tout naturellement

vers la carrière académique. Né en 1950 à Emmenbrücke, dans le canton de

Lucerne, Kurt Koch sent dès l’âge de l’école primaire, l’appel au sacerdoce. Il a étudié la théologie à Lucerne et à Munich. De 1977 à 1982, il est

assistant scientifique à la Faculté de théologie de Lucerne, et après son

ordination sacerdotale, vicaire à Berne de 1982 à 1985.

Kurt Koch rentre à Lucerne en 1985 comme chargé de cours pour la dogmatique et la théologie morale à l’Institut catéchétique. En 1989, il est

nommé professeur de théologie dogmatique et de liturgie à la Faculté théologique de Lucerne. Avant même d’avoir rédigé sa thèse de doctorat en 1987,

Kurt Koch avait publié de nombreux écrits et livres.

Un théologien engagé

Dans ses publications le théologien lucernois s’est spécialement intéressé aux rapports entre l’Eglise et la société. Pour lui le chrétien ne

peut vivre hors du monde mais doit s’engager dans la vie politique et sociale selon la parole évangélique «Vous êtes le sel de la terre». Plusieurs

de ses ouvrages sont consacrés à ce domaine de l’éthique sociale.

Kurt Koch observe deux tentations opposées dans le christianisme contemporain: l’adaptation au monde ou l’isolement. Face à ces deux attitudes, il

plaide pour une approche qui ne soit ni l’érection d’un monde chrétien séparé ni une adaptation qui ferait perdre au christianisme son caractère

original.

Pour le professeur, les tendances «progressistes» et «conservatrices»

dans l’Eglise sont toutes deux des tentations mais recèlent chacune des

vérités qui ne devraient pas être négligées. La «tentation progressiste»

peut entraîner les chrétiens sur un chemin ne comportant plus aucune obligation; sa vérité réside dans la demande d’une l’Eglise ouverte au monde.

La «tentation conservatrice» peut conduire au repli sur soi-même et sur son

propre passé, mais sa vérité réside dans la volonté de préserver l’identité

du chrétien et du catholique.

L’Eglise doit être vécue dans ses deux dimensions, celle de l’institution et celle du «mystère du corps du Christ», affirme le nouvel évêque. Le

regard sociologique et le regard spirituel ne doivent pas se substituer

l’un à l’autre ni se confondre, mais se conjuguer. Les structures et les

institutions de l’Eglise doivent toujours être capables d’ouvrir à l’homme

le chemin du mystère. Le rêve de Kurt Koch? Que l’Eglise vive au quotidien

ce qu’elle est en réalité: la communauté de ceux qui croient en JésusChrist et qui vivent de cette convinction.

Ce double aspect de l’Eglise est aussi fondamental pour l’oecuménisme,

autre sujet de prédilection de Kurt Koch. Le service du pape se comprend

selon son origine comme le service de l’unité de l’Eglise. Il va donc de

soi pour un catholique que le pape soit l’avocat de l’unité des chrétiens.

La condition en est que les autres confessions chrétiennes reconnaissent

librement ce rôle du pape. Pour Kurt Koch, le dialogue oecuménique ne peut

fonctionner que si le dialogue ’du bas vers le haut’ est pris au sérieux au

sein même de l’Eglise catholique. Plus concrètement l’unité des chrétiens

pourra se faire que si les catholiques dans leur propre Eglise introduisent

des nouveautés pastorales qui assimilent les signes des temps dans la fidélité à l’Evangile et à la Tradition.

Aux yeux de Kurt Koch, des nouveautés sont nécessaires en particulier

dans deux domaines: la nomination des évêques et l’ordination d’hommes mariés dans lesquels les Eglises locales devraient obtenir un vrai droit de

codécision. Le théologien souligne à la fois que l’Eglise se réalise pleinement et complètement dans les Eglises locales, mais que celles-ci ne peuvent pas s’isoler les unes des autres ni de l’Eglise universelle.

A propos de la place des femmes dans l’Eglise, le professeur Koch déplorait déja en 1989 que le débat se soit concentré ou réduit à la question de

l’ordination sacerdotale des femmes. L’ordination diaconale reste une question ouverte.

Des prises de position remarquées

Selon des informations publiées par la presse, le nouvel évêque de Bâle

n’aurait pas eu au début l’agrément de la Congrégation romaine pour les

évêques en raison de différentes prises de position. Le 26 novembre dernier, la «Sonntagszeitung» évoquait l’hommage fait par le professeur Kurt

Koch au théologien critique lucernois Hans Küng lors de la remise du Prix

de la culture de la Suisse centrale à Lucerne, en avril 1992.

Kurt Koch l’avait alors qualifié de véritable «père nourricier» de la

théologie chrétienne dans la deuxième moitié de ce siècle. Il avait exprimé

l’espoir que Rome réhabilite le théologien de Tübingen «encore de son vivant». Le nouvel évêque de Bâle avait également signé en janvier dernier

une lettre de protestation de professeurs de théologie des Facultés de Lucerne et de Fribourg suite à la destitution de Mgr Jacques Gaillot, évêque

d’Evreux. (apic/be/mp)

Biographie

Kurt Koch est né en 1950 à Emmenbrücke dans le canton de Lucerne. Il est le

plus jeune d’une famille de trois fils. Dès l’école primaire, il sent l’appel au sacerdoce. Après des études de théologie à Lucerne et à Munich, il

est de 1977 à 1982 assistant scientifique à la Faculté de théologie de Lucerne. Ordonné prêtre en 1982, il est nommé vicaire à la paroisse Ste-Marie

de Berne où il restera jusqu’en 1985. Il poursuit parallèlement ses études

couronnées par un doctorat en 1987. En 1989, il est nommé professeur ordinaire de théologie dogmatique et de liturgie à la Faculté de théologie de

Lucerne. Il enseigne également à l’Institut catéchétique de Lucerne et au

Collège St-François Xavier.

Auteur de nombreux livres et articles scientifiques, il est en outre rédacteur régulier de l’hebdomadaire «Schweizerische Kirchenzeitung».

Membre du Conseil presbytéral du diocèse, Kurt Koch est également aumônier militaire en chef. Malgré ses activités professorales, Kurt Koch a

toujours tenu à maintenir le lien avec la pastorale et se rend chaque semaine en paroisse pour des messes ou la prédication. Il avait déjà été un

des candidats sérieux à la succession de Mgr Otto Wüst en 1994.

Sur le plan Suisse, Kurt Koch est actif au sein de plusieurs commissions

de la Conférence des évêques suisses, pour l’oecuménisme, pour le dialogue

avec l’Eglise évangélique et pour le dialogue avec l’Eglise catholiquechrétienne. (apic/com/mp)

6 décembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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