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APIC – Oecuménisme
Constantinople:La primauté du pape: principal obstacle à l’unité(180297)
Pour le patriarche Bartholomée, pas de pleine unité d’ici l’an 2000
Istanbul, 18février(APIC/Jacques Berset) «La primauté du pape reste le
principal obstacle sur le chemin de la pleine unité entre orthodoxes et
catholiques», a déclaré à l’agence APIC le patriarche Bartholomée de Constantinople. Il n’est par conséquent pas réaliste de croire au rétablissement de la pleine communion entre Rome et Constantinople, la «nouvelle Rome», d’ici l’an 2000.
Evoquant la longue tradition de l’engagement oecuménique du patriarcat
de Constantinople, Bartholomée a souligné avec force que celui qui est contre le rétablissement de l’unité «est contre la volonté du Seigneur Jésus
lui-même».
Le patriarche oecuménique recevait dimanche au Phanar, siège du patriarcat oecuménique à Istanbul, un groupe de journalistes d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie et de Suisse dans le cadre des préparatifs du IIe Rassemblement oecuménique européen de Graz. Ce deuxième grand rassemblement des
Eglises de l’Atlantique à l’Oural – après celui de Bâle en 1989 – a pour
thème «La réconciliation: don de Dieu et source de vie nouvelle». Quelque
750 représentants des Eglises européennes – protestantes, catholique et orthodoxes – prendront part aux échanges.
Le patriarche Bartholomée, qui exerce la primauté d’honneur (mais pas
juridictionnelle) au sein de la communauté des Eglises orthodoxes, a laissé
entendre à l’APIC que le rétablissement de la pleine unité entre l’orthodoxie et l’Eglise catholique-romaine – le pape Jean Paul II la souhaiterait
ardemment pour le Jubilé de l’an 2000 – ne pourra pas être réalisé à une
date si rapprochée.
Non à la primauté juridictionnelle
La première pierre d’achoppement est pour l’Eglise orthodoxe le ministère du pape tel qu’il s’est développé dans l’Eglise occidentale, notamment
la primauté juridictionnelle du pape. Les orthodoxes seraient toutefois
prêts à accepter le rôle premier de l’évêque de Rome défini de manière nouvelle, comme coordinateur et premier chef d’Eglise et patriarche, pour les
anciens centres apostoliques du monde (Rome, Constantinople, Alexandrie,
Antioche et Jérusalem, la «pentarchie» du premier millénaire). Le dogme de
l’infaillibilité pontificale défini lors du Concile Vatican I est également
inacceptable pour les orthodoxes.
Avec la chute du communisme en Europe de l’Est, le problème de l’»uniatisme» (la renaissance ou la persistance d’Eglises orientales unies à Rome)
a refait surface avec une grande acuité, mettant en danger les avancées oecuméniques des dernières décennies.
Ainsi que l’a précisé le patriarche Bartholomée aux journalistes invités
dans sa résidence du Phanar, ce problème ne se présente pas seulement en
Ukraine, en Roumanie ou dans l’ancienne Tchécoslovaquie, comme écrit dans
le projet de document du rassemblement de Graz. De telles communautés uniates existent dans presque tous les pays européens. Après la chute du communisme, certaines – en Albanie par exemple – ont même été fondées là où il
n’y en avait pas auparavant. «Rome ne devrait pas faire cela, sachant le
genre de problèmes que cela provoque dans les relations entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe».
Le document de Balamand – adopté à l’issue des dicussions de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe qui ont eu lieu en 1993 au monastère orthodoxe de Balamand, au Liban – n’a été accepté que par l’Eglise orthodoxe de
Roumanie, par une décision synodale. Le document précise que l’uniatisme,
qui cherche la conversion des personnes d’une Eglise à l’autre, ne peut
plus être accepté, ni comme modèle à suivre, ni en tant que modèle de l’unité recherchée par les Eglises concernées. Les Eglises catholiques orientales ne sont ainsi plus vues comme des «Eglises-ponts» lancées vers les
Eglises orthodoxes.
Le patriarche de Constantinople précise que les autres Eglises orthodoxes ont des problèmes avec ce texte. Elles estiment qu’il est en retrait
par rapport au document sur le même thème adopté en 1990 à Freising, en Allemagne. Malgré ces problèmes, rappelle le patriarche Bartholomée, le dialogue théologique officiel entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise
orthodoxe va se poursuivre cette année, notamment sur la place et le rôle
de l’évêque de Rome. «Quand nous aurons trouvé des solutions au problème du
ministère du pape, nous serons sur le chemin de la réalisation de l’unité
complète de nos Eglises et nous pourrons ensuite résoudre les divergences
secondaires».
Quant au Concile panorthodoxe, dont on parle depuis plusieurs décennies,
Bartholomée a exprimé l’espoir qu’il puisse avoir lieu avant l’an 2000.
«Mieux vaut tard que jamais», a-t-il déclaré, en rappelant que le programme
de ce Concile a été entretemps allégé. En effet, les préparatifs de ce Concile ont été perturbés par les problèmes auxquels ont été confrontées diverses Eglises orthodoxes lors de la chute du communisme et qui ont bouleversé leurs priorités. (apic/be)
Encadré
Les tensions avec Moscou appartiennent au passé
Les tensions entre Constantinople et Moscou – le patriarche russe Alexis II
avait rompu temporairement la communion avec le patriarcat oecuménique en
raison d’une querelle de juridiction sur l’Eglise d’Estonie – appartiennent
désormais au passé, affirme Bartholomée. Ce dernier qualifie le patriarche
Alexis II de «personnalité modérée», qui aurait été dans cette affaire influencé négativement par certains de ses collaborateurs.
«A l’heure actuelle, il y a encore deux paroisses en Estonie qui n’ont
pas encore décidé si elles veulent relever de la juridiction du patriarcat
de Moscou ou de celui de Constantinople». Quant aux problèmes non résolus à
propos de propriétés ecclésiastiques, il relève d’abord du gouvernement de
Tallinn. (apic/be)
Encadré
Un souhait ardent:que l’Eglise catholique devienne membre du COE
Le patriarche de Constantinople exprime son ardent souhait que l’Eglise
catholique, «Eglise-soeur», devienne membre à part entière du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Bartholomée en voit la nécessité notamment par
l’importante contribution que l’Eglise catholique-romaine apporte dans la
Commission «Foi et Constitution» du COE, à laquelle elle participe pleinement. Le patriarche orthodoxe ne cache cependant pas un brin d’amertume face à certains «bureaucrates et fonctionnaires de l’oecuménisme» que l’on
rencontre parfois au sein du COE.
Il exprime une certaine déception par le fait que cette organisation
s’occupe, à ses yeux, trop de problèmes politiques et sociaux. Des problèmes déjà pris en charge par de nombreuses autres organisations spécialisées
dans ces domaines. Le COE aurait ainsi partiellement perdu de vue les objectifs premiers et les motivations réelles de ses fondateurs, à savoir le
rétablissement de l’unité de l’Eglise. La célébration, l’an prochain, des
50 ans du COE sera l’occasion de faire une autocritique et de repenser les
objectifs de cette institution essentielle pour l’oecuménisme. (apic/be)



