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Belgique:Décès du cardinal Léon-Joseph Suenens à l’âge de 91 ans(060596)

Dernier survivant des modérateurs du Concile Vatican II

Bruxelles, 6mai(APIC) Le cardinal belge Léon-Joseph Suenens, archevêque

de Malines-Bruxelles de 1961 à 1979, est décédé lundi à l’âge de 91 ans. Il

était le dernier survivant des quatre modérateurs du Concile Vatican II,

dont il fut l’une des grandes figures.

Le cardinal Suenens s’employa, dans les années suivantes, en Belgique

comme à l’étranger, à faire saisir les lignes de forces du Concile et les

réformes nécessaires pour un retour à l’essentiel. Son nom restera attaché

à la notion nouvelle de coresponsabilité, dont il fut le vulgarisateur. Il

plaida également pour une réforme de la curie romaine et une plus grande

«collégialité» épiscopale et fut un oecuméniste convaincu. Il fut enfin le

promoteur du Renouveau charismatique catholique, chargé par Paul VI de

veiller à son insertion ecclésiale.

Le cardinal Suenens est mort subitement lundi matin à 8h45 à la Clinique

Saint-Jean à Bruxelles des suites d’une thrombose. Le cardinal, qui aurait

eu 92 ans en juillet prochain, avait ressenti dimanche un malaise et avait

été conduit à la Clinique.

Au Concile

Créé cardinal le 19 mars 1962, le cardinal Suenens participe aux travaux

de la Commission préparatoire du Concile Vatican II, dont il sera un des

grands protagonistes. Lorsque s’ouvre le Concile le 11 octobre 1962, on le

trouve en compagnie du cardinal Montini (le futur pape Paul VI) parmi les

membres du Secrétariat des Affaires Extraordinaires, qui a pour mission de

conseiller le pape sur les matières délicates.

Comme Père du Concile, le cardinal Suenens prend régulièrement la parole

dans les assemblées plénières. Entre autres le 14 novembre 1962, où

commence la discussion des premiers schémas théologiques traitant des

«Sources de la Révélation». Une autre intervention de novembre 1962, sera à

la base du «Schéma XIII», ébauche de la future Constitution pastorale sur

«L’Eglise dans le monde de ce temps» (»Gaudium et Spes»), qui suscitera des

débats fort animés lors de la 3e session du Concile.

Le nom du cardinal Suenens est également lié au plan de réorganisation

des sujets traités à la première session du Concile, ramenant de 70 à 20 le

nombre des «Schémas» de travail proposés et centrant le tout sur l’Eglise.

Pour préparer la seconde session du concile, Jean XXIII fait appel au cardinal Suenens, qu’il nomme membre du Comité de coordination, chargé de refondre le programme du Concile. C’est lui encore qu’il choisit pour porter

au siège de l’ONU, à New-York, son encyclique sur la paix dans le monde,

«Pacem in Terris».

Quelques mois plus tard, après l’élection du nouveau pape Paul VI (en

juin 1963), les travaux conciliaires reprennent. Le cardinal Suenens est

nommé au sein du nouvel organisme de direction du Concile, le Collège des

modérateurs, avec les cardinaux Agagianian, Döpfner, Lercaro. Ses

interventions les plus remarquées porteront sur le diaconat, le ministère

épiscopal et la conception de l’Eglise.

Pour la coresponsabilité et une plus grande «collégialité» épiscopale

Le Concile s’achève en décembre 1965. Le cardinal Suenens s’emploie, en

Belgique comme à l’étranger, à en faire saisir les lignes de forces et les

réformes nécessaires pour un retour à l’essentiel. Son livre sur la

«Coresponsabilité dans l’Eglise» est reçu comme un encouragement par de

nombreux prêtres et laïcs et vulgarise un notion nouvelle auquel le nom du

cardinal Suenens restera longtemps attaché. Par fidélité au Concile, tandis

que l’Eglise affronte la crise inévitable de son «aggiornamento» – sa «mise

à jour», le cardinal Suenens plaide également pour une réforme de la curie

romaine et une plus grande «collégialité» épiscopale, non seulement pour la

«consultation», précise-t-il, mais pour la «coresponsabilité» et la

«collégialité en acte».

Des prélats de la Curie romaine s’inquiètent. Pourquoi étaler au grand

jour des divergences de sensibilité dans l’Eglise. Le cardinal Suenens répond, en juin 1969 : «A mon sens, l’acceptation au sein de l’Eglise, d’un

dialogue franc, ouvert, constructif, inspiré par l’amour de l’Eglise et de

son chef, est signe de vitalité et de force. Il est normal et sain, me semble-t-il, qu’il y ait discussion ouverte sur des problèmes vitaux qui concernent l’Eglise tout entière lorsque ces mêmes problèmes sont perçus, dans

leur acuité et leur urgence, à travers le monde entier, et qu’ils sont discutés, qu’on le veuille ou non, devant l’opinion publique. Une intolérance

à l’expression de ces divergences, sous le prétexte de l’unité à sauvegarder, me paraît nuisible dans le monde actuel.»

Plaidoyer en faveur d’une restauration du diaconat permanent

La «coresponsabilité», le cardinal Suenens la met en oeuvre dans son

propre diocèse. En concertation avec les parties concernées, il prévoit une

régionalisation à travers des Vicariats généraux distincts. Dans le sillage

du Concile, il plaide aussi en faveur d’une restauration du diaconat permanent. Un «motu proprio» du Vatican du 18 juin 1967 la rend désormais possible. La Belgique est un des premiers pays à en tirer les conséquences : son

premier diacre permanent est ordonné en décembre 1967.

Oecuméniste convaincu, le cardinal Suenens multiplie, dans la tradition

des «Conversations de Malines» (1919-1926) lancées par le cardinal Mercier,

les contacts avec les anglicans, mais aussi avec les épiscopaliens aux

Etats-Unis, où il est régulièrement invité, ainsi qu’avec les réformés, les

méthodistes, les presbytériens, les luthériens.

Le Renouveau charismatique

Au long de son ministère, le cardinal Suenens s’est souvent référé à sa

devise épiscopale : «In Spiritu Sancto» (»Dans l’Esprit Saint»). Il aimait

à rappeler combien le Concile Vatican II avait été, de la part de l’Eglise,

une oeuvre d’ouverture à l’Esprit Saint. Il y a une vingtaine d’années, le

cardinal avait découvert le Renouveau charismatique. Il s’était efforcé de

promouvoir dans l’Eglise, avec sa conviction et son discernement de

pasteur, ce «Renouveau dans l’Esprit». Paul VI puis Jean-Paul II lui

avaient d’ailleurs confié la mission de veiller à l’insertion ecclésiale du

Renouveau charismatique catholique.

Ces dernières années, le cardinal Suenens avait encore publié différents

ouvrages, à commencer par deux volumes de mémoires, traduits en plusieurs

langues: «Souvenirs et Espérances» (1991) et «Les Imprévus de Dieu» (1993).

Plus récemment, il avait publié: «Le Roi Baudouin. Une vie qui nous parle».

Le 15 décembre dernier, le cardinal avait fêté ses 50 ans de ministère

épiscopal. (apic/cip/be)

Encadré

Bruxellois d’origine (il est né à Ixelles le 16 juillet 1904), ancien élève

des Frères Maristes à Helmet, puis du Collège Ste-Marie à Schaerbeek, LéonJoseph Suenens a pour directeur spirituel le célèbre cardinal Mercier, qui

l’envoie comme séminariste, au Collège Belge de Rome. Il rentre de Rome

avec un doctorat en philosophie, un doctorat en théologie et un baccalauréat en droit canon, obtenus à l’Université Grégorienne.

Ordonné prêtre le 4 septembre 1927, il enseigne d’abord au Collège SteMarie à Schaerbeek, puis devient professeur de philosophie morale et de pédagogie au Petit Séminaire de Malines, avant d’enseigner la philosophie au

Séminaire St-Joseph de Malines.

Le 24 août 1940, il est nommé vice-recteur de l’Université Catholique de

Louvain. Il en devient régent pour 18 mois lorsque le recteur est arrêté

par l’occupant. Il sera lui-même libéré au moment où les nazis envisagent

de le mettre à mort.

Il est nommé en 1945 par le pape Pie XII évêque auxiliaire et vicaire

général du cardinal Van Roey pour l’archidiocèse de Malines. Il reçoit

l’ordination épiscopale à Malines le 16 décembre 1945. Président de la Légion de Marie, dont il est depuis l’origine le principal conseiller théologique, mais aussi de nombreuses associations catholiques, il encourage

l’évangélisation et l’apostolat des laïcs. Le 7 août 1961, le pape Jean

XXIII nomme Mgr Suenens administrateur apostolique de l’archidiocèse de Malines, et le 24 novembre, il le nomme archevêque du diocèse désormais rebaptisé en «Malines-Bruxelles». (apic/cip/be)

6 mai 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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