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apic/Belgique/Dialogue interreligieux/Les voies de l’Orient

Belgique:Assises pastorales européennes sur les voies de l’Orient(121196)

Des chrétiens partagent leur dialogue avec d’autres religions

Bruxelles, 12novembre (APIC) Une soixantaine de chrétiens engagés dans le

dialogue avec les traditions spirituelles de l’Inde et de l’Extrême-Orient

ont participé du 8 au 11 novembre à Bruxelles aux Assises Pastorales Européennes. Dix ans après la rencontre des religions pour la paix à Assise, en

Italie, ces Assises de Bruxelles ont permis de confronter des expériences

diverses de la rencontre des autres religions.

«Etudier une religion orientale, entrer en dialogue direct avec d’autres

types de croyants, faire soi-même l’expérience d’une voie spirituelle puisée dans le bouddhisme, ou assumer son christianisme à partir d’une culture

qui est marquée depuis l’enfance par la tradition hindoue, ce sont des expériences très différentes», confie à l’agence catholique belge CIP Dennis

Gira, américain, directeur adjoint de l’Institut des Sciences et Théologie

des Religions (I.S.T.R.) au sein de l’Institut Catholique de Paris.

Un «hindou chrétien»

Le Père Michaël Amalados, ancien assistant général des Jésuites et professeur de théologie à Delhi en Inde, se définit lui-même comme «hindou

chrétien». Comment est-ce possible ? «Si l’on entend par religion un système tout fait, clôturé par des dogmes et des rites bien définis, il est

clair que l’on ne peut être à la fois hindou et chrétien. Mais si, comme

c’est mon cas, votre culture est profondément imprégnée de l’hindouisme,

être chrétien vous impose un travail d’intégration spirituelle, d’inculturation. Il ne s’agit pas, pour moi, d’un dialogue entre deux personnes,

mais d’un dialogue intérieur. Tout le monde n’est certes pas appelé à faire

ce type d’expérience : je ne l’ai pas choisie de l’extérieur, j’y ai été

amené par mon histoire personnelle.»

«La tradition zen, ce n’est pas encore le bouddhisme»

Il faut bien savoir où l’on se situe, insiste Dennis Gira. «Le chrétien

mis en contact avec une autre voie spirituelle peut y trouver une fécondité

nouvelle. Mais ce contact peut aussi entraîner des dégâts, s’il n’est pas

accompagné par des guides qualifiés. D’ailleurs, un chrétien qui n’aurait

pas approfondi sa propre foi ne doit pas s’imaginer qu’en approfondissant

en revanche un aspect du bouddhisme durant plusieurs semaines, il pourra

devenir bouddhiste : il ne rencontrera même pas l’ombre du bouddhisme ! Un

chrétien peut, certes, nourrir valablement sa propre spiritualité en puisant dans la tradition zen. Mais ce n’est pas encore le bouddhisme.»

«Toute rencontre transforme»

Sans être tous des spécialistes d’autres religions, laïcs et prêtres,

religieux et théologiens réunis à Bruxelles étaient d’abord motivés par le

désir de prendre ces religions au sérieux. Formateur de futurs professeurs

de religion au St-Mary University College de Twickenham (Londres), Tony

McCaffry encourage ses étudiants à entrer dans le dialogue interreligieux

avec sérieux et respect. «Car toute rencontre vous transforme: il faut en

être conscient.»

Jean-Marc Aveline, prêtre à Marseille, y dirige l’Institut des Sciences

et Théologie des Religions créé en 1992. Son expérience de formateur le

pousse à clarifier le mot «dialogue». «Nos étudiants fréquentent l’Institut

pour des motifs divers, et donc peuvent envisager le dialogue très différemment. Beaucoup, bien enracinés dans leur foi chrétienne, ont été mis par

la vie ou leur activité pastorale en contact avec des croyants d’autres religions. Leur souci premier est d’être aussi présents à leurs côtés, de

vivre avec eux une solidarité, qui peut aller jusqu’à un dialogue de foi».

D’autres, poursuit l’abbé Aveline, sont en quête d’un nouveau souffle

pour leur propre foi chrétienne; ils se tournent vers une autre voie spirituelle: «boire à un autre puits peut les amener à revisiter les puits de

leur tradition d’origine». Enfin, à Marseille, les communautés chrétiennes

ne peuvent vivre comme s’il n’y avait pas une présence forte de l’islam, ce

qui motive certains chrétiens à venir étudier à l’Institut.

La violence des croyants n’invalide pas les religions

Les participants des Assises de Bruxelles ne se sont pas contentés de

parler ensemble. Ils ont aussi prié, médité, célébré. Avec la conviction

que leur rencontre avec Dieu peut aussi être «transformante» et faire d’eux

davantage encore des hommes et des femmes de paix. Mais tout en gardant les

yeux ouverts sur la réalité, y compris la réalité de la violence.

«Les religions prennent à coeur le problème de la violence, observe Dennis Gira, parce qu’elles savent que la violence affecte l’homme au plus

profond de son être. Elles peuvent faire valoir des réussites, mais elles

ont aussi conduit à de lamentables échecs. Je ne crois pas qu’une religion

soit plus épargnée qu’une autre : même le bouddhisme, que l’on prétend si

pacifique, a été impliqué dans de tragiques violences au Sri Lanka. Je ne

crois pas non plus que la violence des croyants invalide les religions. La

violence des combats menés pour la liberté, l’égalité, la fraternité empêche-t-elle d’y reconnaître des valeurs fondamentales ? Je crois surtout que

les croyants sont d’abord des humains, et que le dialogue entre les religions passe forcément par un dialogue entre les personnes.»

Michaël Amalados ajoute : «Les religions ne suffisent pas à expliquer

les conflits, pas même les guerres dites de religion. Il y a tant d’autres

raisons : économiques, sociales, politiques, culturelles… En revanche, si

la paix doit venir, elle viendra des hautes valeurs spirituelles, telles

que les religions s’efforcent de les cultiver à la source.»

Du respect à la rencontre

«Le vrai dialogue, précise encore D. Gira, permet à chacun de relativiser son point de vue et de comprendre les limites de sa perspective. Il

permet ainsi de s’accorder sur une éthique commune, non pas une éthique

universelle toute faite, mais sur une éthique partagée.»

Le premier combat du croyant reste un combat contre l’idolâtrie, note

Jean-Marc Aveline : «Plus on avance dans la rencontre entre croyants, plus

on remarque le caractère limité de sa propre expérience religieuse. Le dialogue apprend alors à ne plus tenir pour absolue la forme historique de sa

propre religion. Il aide aussi à distinguer ce qui est authentiquement religieux d’une forme éventuellement perverse ou aliénante de la religion.»

Cette rencontre était organisée par l’équipe des «Voies de l’Orient», un

espace d’inspiration chrétienne fondé en 1980 à Bruxelles et ouvert à tous

ceux qui s’intéressent aux traditions spirituelles asiatiques, de l’Inde au

Japon. (apic/cip/be)

12 novembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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