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Berlin: Le pape béatifie deux prêtres (230696)

allemands victimes du régime nazi

Annonce de la convocation d’un second Synode des évêques sur l’Europe

Berlin, 23juin(APIC/Jean-Marie Guenois) Jean-Paul II a exorcisé dimanche

à Berlin le passé de cette ville symbole. Tout d’abord, il a béatifié le

matin deux prêtres allemands, Bernhard Lichtenberg et Karl Leisner, morts

en camps de concentration sous le régime nazi, dans le stade même qui servit à l’époque aux grand-messes hitlériennes. A l’angélus, il a convoqué un

second Synode des évêques pour l’Europe avant l’an 2000.

Rencontrant l’après-midi une délégation juive, le pape a lancé un vif

appel contre l’antisémitisme. Concluant son premier voyage dans l’Allemagne

réunifiée, Jean-Paul II a enfin franchi la porte de Brandebourg, symbole

par excellence du mur de la honte déchu. Une occasion pour le pape polonais, dont le chancelier Kohl venait de reconnaître le rôle historique, de

prononcer un discours d’une rare intensité sur le prix de la liberté.

Les deux prêtres béatifiés furent arrêtés non seulement par refus de

compromis avec le nazisme, mais surtout, rappelle le pape, pour avoir dénoncé «le mensonge de l’idéologie nationale socialiste». Lichtenberg, prêtre de la cathédrale de Berlin aux heures brunes, ne faisait-il pas prier

publiquement ses fidèles «pour les chrétiens non aryens, pour les juifs

persécutés et pour les prisonniers des camps de concentration» ? L’Eglise,

observe le pape, ne demande pas «une profession de foi de compromis avec le

monde mais une confession de foi». Mais l’histoire, dit-il, montre que ce

ne sont pas seulement les dictateurs politiques qui limitent la liberté et

qu’il faut «un courage et une force identiques pour s’opposer à l’esprit du

temps, à la société de consommation, à la jouissance égoïste, à l’hostilité

à l’Eglise et à l’athéisme militant».

Devant environ 100’000 personnes réunies dans le stade, Jean-Paul II a

continué son homélie en encourageant les chrétiens à «ne pas se laisser assimiler, en renonçant à leur identité, dans un service commode de leur contemporains». Cela ne souffre aucun compromis: «Dans cet engagement, rien ni

personne ne doit nous faire obstacle, y compris l’Etat.» Jean- Paul II se

réfère ici aux problèmes posés par l’intégration des nouveaux Länder de

l’ancienne République démocratique allemande (RDA), pour demander que la

Constitution de l’Etat, qui prévoit la coopération avec l’Eglise, y soit

«respectée dans l’esprit et dans la lettre» pour que l’enseignement de la

religion y soit possible. «C’est à l’Etat d’être neutre, pas à l’enseignement de la religion», a conclu Jean-Paul II.

Convocation d’un 2e Synode des évêques sur l’Europe

A l’issue de la messe, heure de l’angélus, Jean-Paul II a annoncé la

convocation d’un second synode européen : «Depuis cette ville fameuse, qui

a vécu d’une façon particulière le destin de l’histoire européenne de ce

siècle, je voudrais annoncer à toute l’Eglise mon intention, de convoquer

une seconde assemblée extraordinaire du Synode des évêques pour l’Europe.»

Avant de quitter le stade olympique, le pape a tenu à rendre hommage aux

victimes des camps de concentration, en particulier «aux milliers de femmes

de toute l’Europe et surtout de la Pologne, qui y ont connu des souffrances

terribles, des humiliations indicibles et une mort cruelle».

Plus jamais des stratégies comme la «shoa»

L’après-midi de Jean-Paul II a été marqué par une rencontre avec le Conseil central des Juifs en Allemagne. Critiquant les potentats nazis et leur

règne ténébreux, le pape a tiré cette leçon: «L’expérience effrayante de la

terreur nazie a montré que, sans le respect de Dieu, le respect de la liberté humaine disparait lui aussi». Oui, mais pourquoi Dieu permet-il alors

tant de souffrances ? Réponse de Jean-Paul II: «Ceux qui posent la question

réalisent encore plus intensément ce dont est capable l’homme irrespectueux

de Dieu et quel visage peut prendre un humanisme sans Dieu.»

Soulignant le rôle, souvent caché, de nombreux catholiques et les efforts de la hiérarchie ecclésiale – après avoir rendu hommage au rôle joué

par Pie XII, lors de la messe du matin – contre la persécution des juifs

par le régime nazi, Jean-Paul II a lancé un nouvel appel à «défendre la

dignité de tous les hommes chaque fois qu’elle est menacée. Dans cette action figure la lutte contre toute forme d’antisémitisme, afin que des stratégies comme la «shoa» ne puissent jamais se reproduire».

Dans sa réponse, le président du Directoire du Conseil central israélite

d’Allemagne, Ignatz Bubis, a reconnu le rôle de Jean-Paul II dans le rapprochement entre les deux religions, mais aussi le rôle «des milliers de

prêtres qui se sont opposés au national socialisme». Il a adressé au pape

une demande précise: «Par la vertu de votre action, les soeurs ont fini par

libérer les locaux se trouvant devant le camp de concentration d’Auschwitz.

Elles ont malheureusement cédé le bâtiment, sans y être autorisées, à la

société Maya, qui s’occupe de construire là-bas un supermarché. Nous vous

serions reconnaissants de prendre position en public sur ce sujet.

A la porte de Brandebourg

Après s’être recueilli un moment sur la tombe de Bernhard Lichtenberg,

Jean-Paul II est arrivé à la porte de Brandebourg, très célèbre, à l’époque

du nazisme, devenu ensuite le lieu symbolique le plus visité à l’époque du

Mur, pour y conclure sa visite de deux jours dans l’Allemagne réunifiée.

Là, le chancelier Kohl, a rendu hommage au pape: «Le peuple allemand

vous doit beaucoup. Vous avez concouru de manière décisive à la disparition

de l’idéologie totalitaire et antireligieuse, qui divisait notre continent,

notre pays et cette ville même. Vous avez aussi participé à la réalisation

du rêve de la réunification allemande.» Et d’ajouter: «Je souhaite voir ce

voyage comme un signal qui encourage les chrétiens à assumer des responsabilités dans la politique, l’économie et la société. Le devoir du chrétien

est indissociablement lié au devoir du citoyen. Cette vérité s’applique

aussi en particulier à la construction de l’Europe.»

Hommage du pape au chancelier Kohl

A son tour, Jean-Paul II a rendu hommage au chancelier Kohl: «Vous êtes

le principal artisan de l’unité de votre peuple. Vous avez saisi l’opportunité historique de redonner la liberté à 17 millions d’Allemands et de réaliser l’unité du peuple allemand. Vous avez osé demander des sacrifices importants aux habitants de votre pays pour réaliser l’unité dans la liberté.

Puisse Dieu vous donner la force, à vous et à votre patrie, de porter cette

oeuvre à son terme.» Devant la porte de Brandebourg, symbole de «la liberté

de l’esprit que les dictateurs bruns et rouges ont voulu murer», mais qui

est devenue «la Porte de la liberté», Jean-Paul II a lancé un «appel urgent

pour la liberté», liberté de foi et de conscience, et liberté politique.

Rappelant à plusieurs reprises, comme un leitmotiv, que «l’homme est appelé à la liberté», le pape a décliné ce thème sous plusieurs aspects: la

liberté n’est pas le «droit à l’arbitraire», il n’y a pas de liberté sans

solidarité et sans sacrifice: elle existe quand l’homme «fait l’expérience

de l’amour, dans lequel l’homme se dépasse lui- même». En conclusion, JeanPaul II a fait un plaidoyer pour l’Europe: «La nouvelle maison Europe dont

nous parlons a besoin d’un Berlin libre et d’une Allemagne libre. Il n’y a

pas de liberté sans amour. L’homme est appelé à la liberté. Je vous l’annonce à vous tous qui m’écoutez : la plénitude et l’accomplissement de cette liberté a un nom : Jésus-Christ.» (apic/jmg/cip/ba)

23 juin 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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