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Terre Sainte: Après 28 ans d’occupation militaire, Bethléem (131295)

prépare son premier Noël sous souveraineté palestinienne

Une joie mêlée d’inquiétude

Bethléem/Fribourg, 13décembre(APIC) «Jour J – 5». Après 28 ans d’occupation militaire israélienne, Bethléem décorée de mille guirlandes prépare

dans une joie mêlée d’inquiétude son premier Noël sous souveraineté palestinienne. Conformément aux accords de paix israélo-palestiniens, l’Autorité

autonome palestinienne fera son entrée le 18 décembre dans la ville qui a

vu naître Jésus. Yasser Arafat participera même à la messe de minuit à la

Basilique de la Nativité en compagnie d’une quarantaine de responsables de

l’Autorité autonome.

Des dizaines de milliers de pèlerins et des personnalités du monde entier sont attendus pour ce moment historique dans une ville sous haute

surveillance. Une sécurité encore renforcée par la venue du président Arafat pour Noël: il doit arriver à temps pour accueillir le patriarche latin

Michel Sabbah avant la célébration de la messe de minuit.

La procession du patriarche de Jérusalem à Bethléem est une grande cérémonie très attendue par les pèlerins. Les problèmes de sécurité liés à la

venue d’Arafat ont amplifié les craintes de nombreux habitants. Certes, la

visite du président de l’Autorité palestinienne les réjouit, mais ils savent qu’il a des adversaires politiques dans la région.

Les chrétiens de Bethléem s’affairent néanmoins à la préparation des

services religieux dans les églises et les lieux qui rappellent la naissance du Christ. Ceux-ci auront lieu dans trois endroits différents, et seront

célébrés dans plusieurs langues, pratiquement vingt-quatre heures sur

vingt-quatre. Les responsables d’Eglise et les dirigeants politiques ont

tout fait pour rassurer les visiteurs et garantir qu’aucun incident ne

troublera les festivités, précise l’agence de presse oecuménique ENI.

Comme à l’accoutumée, il y aura des défilés d’éclaireurs, filles et garçons, de communautés locales (un grand nombre d’éclaireurs sont musulmans,

les chrétiens défilent à leur tour pour les fêtes islamiques). Des chorales

de plusieurs pays se produiront sur une scène spéciale prévue au centre de

la Place de la Crèche (Manger Square).

Dans toutes les vitrines, les artisans locaux exposent déjà leur travail

de l’année: scènes de nativité sculptées, chapelets en bois d’olivier,

croix et couvertures de bibles en nacre, étoles brodées à la main pour le

clergé, signets de livres avec des fleurs séchées de Palestine, et un vaste

assortiment de décorations de Noël. Un article qui a remporté un grand succès l’an dernier sera à nouveau en vente: une étoile de David à six branches, faite de bois d’olivier, avec une crèche sculptée au centre, et un

croissant de lune au-dessus de la crèche, qui rappelle que les trois religions issues d’Abraham coexistent en Terre Sainte.

«C’est une grande joie pour les chrétiens», a déclaré à l’agence APIC

Mgr Lutfi Laham, vicaire patriarcal grec-melkite catholique de Jérusalem.

Même si l’on craint les provocations des colons juifs extrémistes: ils ont

déjà fait savoir qu’ils refusent que le tombeau de Rachel, à l’entrée de la

ville, soit sous autorité palestinienne. «Ils ont déjà envahi le poste militaire israélien, ils peuvent encore faire des troubles, fomenter la zizanie entre Palestiniens».

Colons israéliens extrémistes: danger

Mgr Lutfi Laham craint en effet que certains de ces colons tentent de

manipuler quelques éléments musulmans fanatiques contre les chrétiens,

«pour gâcher la fête et montrer que les Palestiniens sont incapables de se

gérer eux-mêmes». Une éventualité que le recteur de l’Université catholique

de Bethléem Ronald Gallagher, Frère des écoles chrétiennes, n’écarte pas

totalement. Il pense toutefois que la sécurité palestinienne sera à la hauteur pour éviter des attentats terroristes de colons juifs ou de Palestiniens extrémistes.

En fait, des policiers palestiniens sont déjà à l’oeuvre à Bethléem et

la passation de pouvoir a déjà commencé. La transition devrait bien se passer, car la ville n’a jamais vraiment connu de problèmes de sécurité.

On s’attend surtout à des manifestations de joie

A Bethléem, en effet, contrairement à Naplouse, Hébron et surtout Gaza,

la présence des islamistes du Hamas est plutôt discrète. «A l’Université,

par exemple, les étudiants sont plutôt adhérents du Fatah, même si on trouve aussi des partisans du Front populaire de Georges Habache et un représentant de Hamas dans le Conseil des étudiants», note Frère Gallagher.

Sur les 2’100 étudiants (dont 64% de femmes) qui fréquentent l’Université catholique, près des deux tiers sont musulmans, et s’il y a un petit

groupe d’islamistes sur le campus, la tendance est majoritairement modérée.

Dans Bethléem, «il n’y a pas de pression ouverte à l’islamisation», reconnaît le recteur de l’Université. Frère Ronald pense que le 18 décembre, il

y aura évidemment des manifestations: «Surtout des manifestations de joie,

pour saluer l’arrivée des nouvelles autorités». (apic/be)

Encadré

La face cachée de l’évacuation israélienne: la «ghettoïsation»

Si tout le monde à l’extérieur semble se réjouir de l’évacuation par Israël

de portions des territoires occupés, cette autonomie ne permet pas aux Palestiniens d’être vraiment libres de leurs mouvements.

Frère Ronald Gallagher, vice-chancelier de l’Université de Bethléem, une

haute école fondée à l’initiative du Vatican, souligne la face cachée de

cette évacuation. Aujourd’hui déjà, il est devenu très difficile pour ses

étudiants venant des régions où vivent d’importantes communautés chrétiennes, comme à Ramallah ou Bir Zeit, de venir à Bethléem. «A cause des frontières, des difficultés d’obtenir des permis israéliens pour voyager». On

ne peut pratiquement plus passer par Jérusalem – il est quasiment impossible d’obtenir des autorisations pour les jeunes adultes de sexe masculin -,

et il faut passer par des routes de contournement très dangereuses, voire

par Jéricho.

«Nos étudiants de Ramallah doivent par exemple payer l’équivalent de 9 à

10 dollars chaque jour pour le transport à Bethléem, sept à huit fois plus

qu’il y a deux ans; les frais de transport représentent maintenant plus que

les frais scolaires», déplore le recteur de l’Université. Les conséquences:une diminution des étudiants en provenance de la partie de la Cisjordanie située au nord de Jérusalem. La Faculté qui forme les infirmières est

également touchée: elles ne peuvent pas aller en stage dans les hôpitaux

palestiniens de Jérusalem Est comme Al-Mokassad, St-Joseph, Augusta Victoria…

Pas de libre accès aux Lieux Saints de Jérusalem pour les chrétiens locaux

«On a peur que le processus de paix contribue à un isolement de Jérusalem,

ce qui signifierait une «ghettoïsation» des territoires sous souveraineté

palestinienne». A Bethléem, souligne Frère Ronald, nombreux sont ceux qui

ont peur de ne plus pouvoir se rendre à Jérusalem, où se trouvent des institutions sanitaires, sociales, culturelles et d’éducation vitales pour les

Palestiniens. Aujourd’hui déjà, les chrétiens de Cisjordanie n’ont pas le

libre accès aux Lieux Saints de Jérusalem.

Comme les permis sont très difficiles à obtenir – il faut souvent faire

la queue plusieurs jours durant – les gens se découragent et dépriment. Le

recteur, évoquant le sort futur des villes palestiniennes libérées, craint

qu’elles ne deviennent ainsi des «réserves» verrouillées par des postes de

contrôle israéliens. (apic/be)

13 décembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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