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apic/Binder/Réactions
Suisse: Le Conseil national donne suite à l’initiative Haering Binder
Les associations pour le droit à la vie s’inquiètent
Berne, 3février(APIC) Le Conseil national a décidé vendredi par 91 voix
contre 85 de donner suite à l’initiative parlementaire Haering Binder (Soc
ZH) préconisant la solution des délais, soit la non punissabilité de l’interruption durant les premiers mois de la grossesse. Une commission a été
chargée de faire des propositions concrètes. Cette décision, qui relance le
débat sur l’avortement en Suisse, est largement déplorée dans les milieux
catholiques du pays et par les associations qui militent en faveur du droit
à la vie. Elles s’en inquiètent.
Le Dr Niklaus Waldis (Bulle), président de l’Association internationale
de médecins pour le planing familial naturel (AIMPFN), se déclare consterné. A l’instar de l’Association «Oui à la vie», forte de 70’000 membres en
Suisse. Président de la Conférence des évêques suisses (CES), Mgr Henri Salina, évêque-abbé de Saint-Maurice, déclare ne rien avoir à ajouter par
rapport à la dizaine d’interventions de la CES faites entre 1974 et 1985,
et à la position du Père Roland-B. Trauffer, secrétaire de la CES, expliquée le 27 janvier à l’APIC: «Le droit à la vie humaine est inaliénable».
L’opposition a été très vive. Le Parti démocrate chrétien suisse (PDC)
et les Démocrates suisses/Lega ont voté unanimement contre, comme la majorité de l’UDC, des indépendants/évangéliques, du Parti de la liberté (exautomobilistes) ainsi qu’une moitié des libéraux. Les socialistes et les
écologistes ont tous voté pour l’initiative, de même que la majorité des
radicaux. Le groupe PDC, et plusieurs autres députés, avaient proposé de ne
pas donner suite à l’initiative.
L’avortement est traité dans le code pénal, dans des dispositions datant
de 1942. Ces dispositions se résument en ce sens que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est interdite et que la femme autant que le médecin qui pratique un avortement, peuvent être condamnés à la prison. L’interdiction de l’interruption est assortie de rares exceptions, par exemple
lorsque la vie de la mère est en danger. En 1971, la première initiative
fédérale «pour une interruption non punissable de la grossesse», avait été
retirée du National, faute de soutien politique. En 1978, la loi fédérale
«sur la protection de la grossesse et le nouveau régime de son interruption» fut rejetée, jugée trop restrictive pour les uns et trop libérale
pour les autres. Un an plus tard, une série d’initiatives parlementaires et
cantonales réclament une solution dite fédéraliste. Après l’avoir acceptée
dans un premier temps, le Parlement la rejette en 1987. En 1985 enfin le
peuple et les cantons rejettent l’initiative pour le «droit à la vie», lancée en 1979. L’initiative visait l’interdiction complète de l’avortement
dans le pays.
L’initative parlementaire de la députée socialiste zurichoise, lancée
début 93, avait été signée par 62 autres conseillers nationaux, socialistes
et écologistes avant tout, mais aussi par quelques radicaux, libéraux et
UDC. Le texte demande que l’IVG ne soit pas punissable durant les premiers
mois de la grossesse. Lesquels ne sont cependant pas précisés dans l’initiative. On parle de 12 semaines. Cette période passée, le régime appliqué
est différent. L’interruption est autorisée seulement si un médecin certifie que l’avortement est le seul moyen d’écarter un danger menaçant la vie
de la mère ou portant gravement atteinte à sa santé physique ou psychique.
«La mise à mort d’une partie des citoyens suisses»
«Oui à la vie» condamne la décision prise vendredi par les parlementaires. L’association rappelle sa position prise en novembre dernier à Berne,
«on ne peut plus claire» face à cette initiative qui n’est, à son avis, pas
autre chose qu’une nouvelle édition de l’»Initiative pour une solution des
délais», lancée en 1975 et refusée par le peuple et les cantons en septembre 1977. Urs Nussbaumer, président de cette association, constate le peu
d’écart lors du vote. «Nous allons tenter de nous opposer par tous les moyens légaux à la solution des délais», relève-t-il.
Même son de cloche de la part du Dr N. Waldis, qui ne mâche pas ses
mots: «Il s’agit ni plus ni moins de la mise à mort d’une partie des
citoyens suisses. Sur simple demande de leur mère. Cette discrimination
d’une partie des citoyens est une lamentable injustice. Je suis triste de
cette décision». Les députés, dit-il, auraient mieux fait de chercher une
solution pour que chaque femme puisse accueillir son enfant. «C’est triste
de constater que l’écrasante majorité des avortements sont dûs à des
problèmes psycho-sociaux. Que l’on doive avorter dans l’Etat le plus riche
du monde pour des raisons sociale est inacceptable».
Quant à la présidente de la Ligue suisse de femmes catholiques, à Lucerne, Rösy Blöchliger, elle déclare ne pas vouloir prendre position pour
l’instant. Le sujet avait fait l’objet d’un communiqué de la Ligue l’an
dernier. Il avait été pour le moins controversé.
Selon l’OMS, entre 40 et 60 millions d’avortements se pratiquent chaque
année dans le monde entier. Soit près de 150’000 par jour. On estimait à 30
millions le nombre d’avortements pratiqués en 1981 dans le monde. En Suisse, les statistiques disent que 12’000 avortements sont annuellement pratiqués. Aucune condamnation n’a plus été prononcée depuis 1988.
Une commission devra donc faire des propositions concrètes. Le référendum que lanceront les adversaires de la libéralisation contre ce qui sortira ne fait cependant aucun doute. Le peuple sera donc appelé à se prononcer
sur l’interruption de grossesse pour la 4e fois depuis 1977. (apic/pr)



