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apic/Boissonnat devant les journalistes

France: «Semaines sociales» et visite du pape (270996)

Jean Boissonnat devant les journalistes de l’information religieuse

Paris, 27septembre (APIC) Economiste de formation, Jean Boissonnat fait

partie du Conseil de politique monétaire de la Banque de France. Journaliste à «La Croix» de 1954 à 1967, il a ensuite été directeur des rédactions

de l’»Expansion». Connu pour ses chroniques quotidiennes sur Europe I à 8

heures, Jean Boissonnat préside depuis 1995 les «Semaines sociales de France», qui se dérouleront cette année les 15, 16 et 17 novembre sur le thème

«Entre mondialisation et nations: quelle Europe». Interrogé par les journalistes de l’information religieuse en France, il présente ces «Semaines»,

et revient sur la visite du pape…

J. Boissonnat: Les «Semaines sociales»? C’est une institution de laïcs

chrétiens qui ont entrepris de délivrer un message à partir de l’enseignement social de l’Eglise, mais en assumant leur propre responsabilité. Il

n’y a par exemple jamais eu d’aumônerie pour ce mouvement. L’épiscopat

français n’exerce aucun contrôle sur nous, nous sommes extérieurs au magistère mais nous entretenons avec lui de bonnes relations humaines de chaleur

réciproque. Il est de tradition que nous présentions à Rome, au pape, les

conclusions de nos travaux sous la forme d’un livre. Le dernier s’intitulait «La famille lieu d’amour et lien social».

Notre mission s’est éclipsée au lendemain de 68. Le mouvement était moribond au début des années 80. La première session nationale a redémarré en

1989, pour revenir aujourd’hui à un rythme d’une session par an. Il n’y a

jamais plus de 15% d’ecclésiastiques.

Que pensez-vous du discours du pape aux blessés de la vie prononcé à Tours

lors de sa visite en France?

J. Boissonnat: Un geste important. Pour mémoire le discours social du pape

a toujours été vigoureux. Le terme «blessés de la vie» a pu susciter des

commentaires mais l’essentiel reste d’avoir dégagé dans un emploi du temps

chargé un espace pour cette rencontre. Fondamentalement, je dirais que le

discours de l’Eglise sur l’argent-passion est trop convenu. La distinction

entre argent-passion et argent-outil n’est pas assez établie. On attend un

discours plus ferme sur le pouvoir.

A propos de ses discours en général, liée aux questions sociales,

l’Eglise ne peut plus se contenter d’une commodité sémantique et intellectuelle qui consiste à dire «à gauche le communisme athé, à droite le capitalisme pervers, nous, nous sommes au milieu». La troisième voie qu’on évoquait par déduction n’existe plus. Il n’y a qu’une voie aujourd’hui, qu’on

le veuille ou non. Le problème de l’Eglise est que, comme institution, elle

est contrainte de réagir vis-à-vis du capitalisme comme si c’était un système organisé en tant que tel, à l’image du communisme qui s’est voulu une

science, ce qui a causé sa perte. Or le capitalisme est essentiellement

multiforme et adaptable dans le temps. Il faut perdre l’habitude de le regarder comme un système préétabli. Comme chrétiens, nous devons regarder

plus attentivement comment le capitalisme s’adapte et digère tout. L’Eglise

n’a pas encore vraiment commencé à le faire. (apic/jnc/pr)

27 septembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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