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Brésil: Le cardinal Moreira Neves réclame la réforme agraire
Pour une nouvelle «théologie de la libération» (180796)
Rome, 18juillet(APIC) Le cardinal brésilien Moreira Neves réclame une nouvelle réforme agraire au Brésil et se prononce pour
une «nouvelle théologie de la libération». Les sectes aussi font
l’objet de sa critique, financées avec de grosses sommes de
«l’extérieur», affirme-t-il, sans nommer explicitement les EtatsUnis.
Dans une interview que publie jeudi le quotidien catholique
italien «Avvenire», le cardinal Lucas Moreira Neves, archevêque
de Sao Salvador de Bahia, dénonce le «grand retard» enregistré
dans la mise en oeuvre de la réforme agraire au Brésil. Il se
prononce aussi pour une nouvelle théologie de la libération, fondée non plus sur «l’analyse marxiste de la société», mais sur «la
justice sociale».
L’archevêque dominicain, nommé sur le siège de Sao Salvador de
Bahia en 1987 et créé cardinal un an plus tard, rend compte de la
pression menée par l’Eglise du Brésil pour que le gouvernement
procède à une réforme agraire : «Je ne peux que répéter, dit-il,
les paroles substantielles et fortes que le pape a adressées au
président de la République, José Sarney: la réforme agraire ne
peut pas échouer. Les temps sont plus que mûrs et nous avons un
grand retard. Cela provoque des conflits, des morts et des difficultés énormes pour des millions de personnes».
Accélérer les expropriations
«Faire une loi ne suffit pas, ajoute le cardinal. Encore fautil que la réforme ne se réduise pas à une partition des grandes
propriétés en petits lopins de terre, mais s’accompagne d’une politique agricole et d’un progrès technologique sans lequel il
n’est pas possible de cultiver la terre. On passerait alors d’un
«latifondo» improductif à un «minifondo» incapable de garantir la
survie».
Mgr Neves a «demandé personnellement» au président que la réforme agraire se fasse «sans violence et sans invasions injustes», dans le but de rendre productive une terre qui l’est.
«Pour cela, dit-il, il faut accélérer les expropriations de telle
sorte que les petits propriétaires ne réclament pas leurs droits
pendant des années. La conférence épiscopale, avec d’autres associations, y compris non catholiques, lutte pour l’égalité et
l’équilibre de la distribution des richesses. Le principal effort
devrait être celui de l’éducation, parce que, avec l’analphabétisme, il n’y a ni libération, ni promotion humaine».
Le cardinal insiste sur la promotion d’une politique familiale, dans laquelle «l’Eglise a une grande responsabilité», tandis
que «le gouvernement commet une lourde faute en négligeant les
lois favorables à la famille». La pastorale familiale de l’Eglise
doit être «ample, intelligente et organique», et promouvoir «une
planification familiale qui ne se réalise pas à travers des lois
immorales». Mgr Neves rappelle à ce propos que le pape se rendra
au Brésil en 1997 pour la «Journée mondiale de la famille» et que
le pays «attend beaucoup de la préparation de cette journée».
Sectes: les bannières de l’Eglise catholique
Interrogé sur les sectes, le cardinal Neves pense que «leur
succès vient des énormes sommes d’argent qu’elles reçoivent de
l’extérieur ou qu’elles prennent aux pauvres». Il constate qu’au
Brésil les pauvres «espèrent trouver dans les sectes la santé, la
nourriture, le travail, et quand ils ne les trouvent ils passent
dans une autre secte». Une situation qui est due également au
manque de pasteurs catholiques. C’est pourquoi, dit-il, «nous devons apprendre de cette présence des sectes et changer notre pastorale, en pensant que les sectes progressent souvent parce
qu’elle agitent des bannières qui sont celles de l’Eglise catholique», à savoir «la pastorale de l’attention et de l’accueil».
L’archevêque ne voit pas de syncrétisme possible entre le catholicisme et les cultes afro-brésiliens. «Ce n’est pas un choix
pastoral valable, explique-t-il, car ce sont deux propositions
pastorales différentes qui ne peuvent pas se mélanger. Ils ne
parlent pas de Dieu mais de forces invisibles liées surtout aux
besoins biologiques. Ils ne parlent pas de rédemption ou de salut
éternel. Ils n’ont pas de sacrements. Je respecte les cultes
afro-brésiliens, je respecte leurs leaders religieux, mais je ne
dirai jamais qu’une chose vaut l’autre».
Une autre théologie de la libération
Interrogé enfin à propos de la théologie de la libération, le
cardinal Neves répond: «Ce n’est plus une préoccupation. Elle a
disparu quand l’analyse marxiste de la société, sur laquelle elle
se fondait, s’est révélée absolument insuffisante, dévoyée et
sans rapport avec la réalité. Elle s’est condamnée quand cette
analyse a révélé son visage tyrannique de domination de peuples
sur d’autres peuples. Elle a été un grand mensonge et le
socialisme réel une tyrannie, une manifestation de force et
d’arrogance vis-à-vis des plus pauvres».
Et d’ajouter: «Il existe une autre théologie de la libération,
celle qui est fondée sur la justice sociale appliquée à la réalité latino-américaine, à la pauvreté et aux déséquilibres. Cette
théologie-là est opportune et nécessaire. Elle est très importante aujourd’hui, dès lors qu’on pourrait avoir la tentation de
penser que la fin du communisme signifie automatiquement une renaissance du capitalisme sauvage et d’un libéralisme sans dimensions sociales. Cette vraie ’théologie de la libération’, fondée
sur l’Evangile et sur le magistère de l’Eglise, est importante
pour trouver la juste voie qui ne soit ni le collectivisme marxiste, ni le libéralisme sauvage». (apic/imed/pr)




