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Brésil: Inquiétude après le départ du cardinal Lorscheider de Fortaleza
Rumeurs sur un transfert possible de Mgr Cardoso à Rome (110895)
Fortaleza, 11août(APIC/CIP) Le 11 juillet, le pape nommait le cardinal
Aloisio Lorscheider, archevêque de Fortaleza, au nord-est du Brésil, à la
tête d’un diocèse plus petit, celui d’Aparecida. Cela ne rassure pas le
clergé de Fortaleza, après le récent parachutage d’un évêque auxiliaire jugé «réactionnaire». Par ailleurs, on parle au Brésil du transfert de Mgr
Cardoso, archevêque d’Olinda et Recife, où les conflits se sont multipliés
depuis qu’il a succédé à Dom Helder Camara.
Le transfert du cardinal Lorscheider, un franciscain de 70 ans, a été
décidé à sa demande. L’ancien président de la Conférence épiscopale brésilienne (1971-1979), créé cardinal par Paul VI (1976), l’a confirmé au quotidien «O Estado de Sao Paulo»: «Déjà en 1989, quand j’ai eu un infarctus,
les médecins de Fortaleza ont insisté pour que je ralentisse mon rythme de
travail». Mgr Lorscheider, qui a subi trois opérations au coeur et qui vit
avec quatre by-pass, a donc demandé un diocèse plus petit. «On m’a envoyé à
Aparecida. J’ai accepté la mission avec grand plaisir», a-t-il indiqué.
Aparecida, à une centaine de kilomètres de Sao Paulo ne compte en effet que
175’000 catholiques et 11 paroisses, alors que Fortaleza, dont Dom Aloisio
était l’archevêque depuis 1973, compte 2,2 millions de fidèles.
Des doutes sur les motifs du transfert de Dom Aloisio ont pourtant été
émis suite à la nomination comme évêque auxiliaire de Fortaleza de Mgr
Adalberto Paulo da Silva, ancien évêque de Viana, que beaucoup décrivent
comme un «réactionnaire». Selon des prêtres de Fortaleza, le nonce aurait
demandé au cardinal Lorscheider de l’accueillir à Fortaleza, Mgr da Silva
ayant été éloigné du diocèse de Viana, selon des sources bien informées,
«pour des motifs économiques et moraux» (notamment une condamnation pour
avoir vendu des biens inaliénables de l’Eglise).
Vives inquiétudes
Pendant son épiscopat, Mgr Adalberto Paulo da Silva aurait expulsé de
son diocèse des prêtres, des religieux et des agents pastoraux engagés auprès des paysans et aux côtés de l’Eglise «progressiste». Dans le passé,
selon les mêmes sources, il aurait collaboré avec la dictature militaire,
au point de présenter comme son secrétaire un des responsables de la police
locale. Sa nomination à Fortaleza, où il est chargé de la pastorale des
prisons, a donc suscité de l’inquiétude parmi le clergé, une inquiétude que
le transfert de Dom Aloisio a sans doute contribué à raviver.
Réquisitoire contre Mgr Cardoso
On parle aussi au Brésil, selon l’agence italienne Adista, du transfert
«ailleurs», fin octobre prochain, de l’archevêque d’Olinda et Recife, Mgr
José Cardoso Sobrinho. Un transfert qui serait justifié, selon l’agence,
par la nécessité de mettre un terme aux conflits qui n’ont cessé de secouer
l’archidiocèse depuis l’arrivée dans le Nordeste de cet évêque «ultraconservateur». «L’offensive néo-conservatrice qui, dans les années 80, s’est
déchaînée sur le Nordeste brésilien a eu en effet son épicentre à Recife»,
écrit Adista.
Mgr Cardoso, qui a succédé a Dom Helder Camara en 1985, s’est signalé
dès le début par le démantèlement du travail pastoral réalisé par son prédécesseur – par exemple la fermeture de l’Institut Théologique de Recife
(ITER), un séminaire créé par Dom Helder Camara pour donner une impulsion
nouvelle à la théologie latino-américaine, où enseignait Soeur Ivone Gebara
(récemment condamnée à deux années de silence, qu’elle passera en Belgique). Sans parler de la révocation de prêtres «progressistes», Mgr Cardoso
allant jusqu’à requérir le pouvoir judiciaire et la police militaire pour
fermer certaines églises, comme cela s’est produit fin mars dans le quartier de Conceicao à Recife. En protestation, plus de cinquante prêtres
étaient absents lors du renouvellement des engagements sacerdotaux, le Jeudi-Saint 1995 à la cathédrale de Recife.
Début juillet, rapporte la «Folha de Sao Paulo», les membres du groupe
«Eglise Nouvelle», formé de laïcs de Recife, a envoyé au président de la
Conférence épiscopale brésilienne, le cardinal Lucas Moreira Neves, un réquisitoire de 150 pages. Il semble désormais difficile, ajoute le journal,
de continuer à négliger les accusations contenues dans ce dossier.
Selon le quotidien de Sao Paulo, Mgr Cardoso aurait pu être transféré
sur le siège de Fortaleza, mais «ce choix risquerait d’engendrer au Ceara
une situation semblable à celle qui prévaut aujourd’hui à Recife», car les
objets de litige ne manqueraient pas avec les fidèles habitués à la ligne
«progressiste» du cardinal Lorscheider. La solution la plus probable, écrit
la «Folha de Sao Paulo», est que le Vatican appelle Mgr Cardoso à Rome.
Toujours selon le quotidien pauliste, Dom Luciano Mendes de Almeida, archevêque de Mariana et prédécesseur du cardinal Moreira Neves à la tête de
la Conférence épiscopale brésilienne, pourrait lui succéder à Recife.
(apic/cip/pr)




