Le texte contient 48 lignes (max. 75 signes), 548 mots et 3424 signes.

apic/Brésil/ trentième des paysans assassinés/ cathédrale oecuménique

Brésil: Célébration oecuménique pour les 19 paysans assassinés (200596)

Fortes prises de position dans la cathédrale de Sao Paulo

Sao Paulo, 20mai(APIC) A la demande du Mouvement des paysans sans terre

(MST), catholiques, protestants et juifs se sont retrouvés dimanche à la

cathédrale de Sao Paulo, pour commémorer les 19 paysans d’Eldorado do Cajaras (Etat du Para) assassinés, le 17 avril dernier, par la Police militaire. Le responsable du MST a exigé la démission du ministre de la Justice

Nelson Jobim, et a demandé la punition des 150 policiers qui ont participé

au massacre. Il a aussi fustigé l’arrogance d’un officier lors des funérailles des paysans.

La messe du «trentième» (»30 dias») est toujours célébrée au Brésil pour

prier pour une personne qui est décédée un mois auparavant. Après le massacre d’Eldorado do Carajas, qui a eu des répercussions dans tout le Brésil

et au-delà, le cardinal Paulo Arns, archevêque de Sao Paulo, a ouvert sa

cathédrale pour un culte oecuménique.

Le pasteur méthodiste Jair Alves, le pasteur presbytérien Tercio Paulo

de Almeida et l’évêque anglican Sumiu Takatsu, s’inspirant du psaume 72,

ont demandé que les justes revendications des paysans assassinés soient entendues, car Dieu veut la justice sur cette terre. Le rabbin Henry Sobel a

relevé le choc de ce massacre dans tout le pays et a manifesté son soutien

aux familles de «nos frères assassinés». Le Père Altimeyer, au nom du cardinal Arns, a rappelé que parmi les 19 paysans assassinés, un n’a pas pu

être identifié par son nom complet. On l’appelait simplement «Antônio, le

frère». L’Eglise catholique de Sao Paulo, avec les membres des autres religions, était simplement présente pour «embrasser le frère» et ses compagnons» tués par la police. Nous devons poursuivre notre route en créant des

gestes concrets de libération et de vie».

Helena dos Santos, mère d’un jeune homme membre de la guérilla d’Araguaia (1970), tué par l’armée officielle de l’époque, a de son côté déclaré

que «le gouvernement démocratique actuel ne peut donner la même réponse que

le gouvernement de la dictature militaire. Le gouvernement actuel doit donner une réponse immédiate aux travailleurs ruraux qui luttent pour un petit

coin de terre».

«Mission accomplie»

Jorge Nerri, dirigeant du MST, a fait une véhémente dénonciation de

l’attitude arrogante de la Police militaire, présente aux obsèques. «Mission accomplie». Ce sont les mots du colonel Pantoja, de la Police militaire du Para, qui annonçait avec orgueil à ses subalternes le fin de leur

«glorieuse opération». Le général avait pourtant osé déclarer lors des funérailles: «Nous sommes l’armée du peuple. Nous sommes ici pour vous défendre».

«Les premiers seront les derniers», a poursuivi Jorge Nerri, en décrivant l’enterrement des victimes du massacre. «En premier les 19 paysans tués, qui ont gagné leur coin de terre. Leurs sépultures, côte à côte,

étaient l’exemple de plus concret de la politique foncière que l’Etat brésilien a conçu pour celui qui ne supporte plus d’être une personne anonyme

et qui n’accepte plus de mourir comme marginal dans les rue de nos grandes

villes. Sur les corps d’Eldorado il y eut pourtant des rires et une fête.

Les grands propriétaires terriens, en cette fin du 20e siècle, ont bu à la

gloire de leurs capitaines des campagnes. L’officier a fait demi-tour, a

salué son supérieur. Fier de lui, quelques heures après le massacre, il a

prononcé les paroles révélatrices: «Mission accomplie!». (apic/em/ba)

20 mai 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!