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apic/Burundi(Evêque

Burundi: la famille de Mgr Ntamwana massacrée (021294)

L’archevêque de Bujumbura craint le pire

Milan, 2décembre(APIC) La famille de Mgr Ntamwana, archevêque de Bujumbura (Burundi) a été massacrée dans la nuit du 21 novembre. Le prélat, qui se

trouve actuellement en Italie, craint une intimidation. «Peut-être à cause

de mes efforts dans les négociations récentes jugées très positives par les

milieux tutsis?», s’interroge-t-il. Il craint surtout que le Burundi ne

sombre «dans le gouffre de sang et de feu» qui a fait un million de morts

au Rwanda, entraînant de nouveaux drames dans ce pays, mais aussi au Kivu

(Zaïre).

Le massacre de la famille de l’archevêque a eu lieu dans le nord du

pays. Deux violentes attaques à Mukenke, entre Kirundo et Muyinga, menées

par des miliciens non identifiés, ont fait en tout une vingtaine de morts.

Un geste d’intimidation vis-à-vis du prélat qui, ces derniers mois, s’est

engagé dans un inlassable travail de réconciliation dans un pays ravagé par

la violence depuis le coup d’Etat du 21 octobre 1993? L’action aurait été

menée par des militaires tutsis, mais, estime le Bulletin d’Information

Africaine (BIA) à Bruxelles, elle aurait aussi bien pu être menée par des

extrémistes hutus qui n’apprécient pas la médiation de Mgr Ntamwana.

Les faits

L’archevêque de Bujumbura a reconstitué les faits pour la revue missionnaire italienne «Alfa-Zeta». Sa famille, originaire du nord, a été attaquée

par des bandits armés qui s’étaient déjà signalés dans la province, tuant

notamment la femme du maire de Gitobe. Depuis le coup d’Etat du 21 octobre

1993, la violence n’avait jamais frappé cette région, affirme l’archevêque.

Mais en juin dernier, au marché de Bukanya, des hommes cagoulés ont tué

huit personnes en plein jour, sans que personne ne réagisse. «Il paraît que

ces gens sont liés au nouveau chef de brigade de Mukenke, originaire de Karuzi, affirme Mgr Ntamwana, pour qui «dans la situation actuelle, le gouverneur de la région, Philippe Njoni, semble uniquement occupé à essayer de

rétablir le calme».

Ces milices d’assassins avaient d’abord cherché à tuer la soeur de l’archevêque, Générosa Ntamwana, qui habite à 20 km de Mukenke. Ne l’ayant pas

trouvée, ils se sont rendus chez son frère Laurent et ont tué ce dernier,

son épouse, leur cinq enfants et un autre enfant qui se trouvait là, avant

d’incendier leur maison.

Dans la même nuit, douze autre personnes ont été tuées près du centre

commercial de Mukenke, à quelques pas du lycée où se trouvaient des militaires, qui se sont bien gardés d’intervenir. Des témoins oculaires affirment avoir identifié des étudiants parmi les tueurs.

Une armée aux mains des Tutsis

Lors d’une conférence donnée lundi à Milan, Mgr Ntamwana n’a pas caché

sa crainte. L’Occident ne peut pas continuer à pleurer nos morts, a-t-déclaré; «il doit faire pression sur le Burundi et sur son gouvernement pour

que les horreurs du Rwanda ne se reproduisent pas chez nous.» Les pays occidentaux, ajoute-t-il, doivent toujours être présents pour favoriser le

dialogue. «Le Burundi à lui tout seul en est incapable, dit-il, car les

tensions qu’il est en train de vivre sont trop nombreuses et trop fortes.

Nous devons être les premiers protagonistes de notre démocratie, c’est

vrai; mais, sans l’Occident, c’est encore plus difficile.

Pour Mgr Ntamwana, «une des plus grandes difficultés» est l’armée, entièrement aux mains des Tutsis (17’000 militaires). «Il faut une réforme et

une ouverture à toutes les ethnies. En cela, l’Occident, surtout, pourrait

faire énormément: en évitant d’abord de les armer et en tentant ensuite une

médiation entre les parties».

L’examen de conscience de l’Eglise

Mgr Ntamwana continue d’inviter au dialogue. «Le chemin est celui de la

justice. Mais aujourd’hui, malheureusement, nous avons devant nous une société duale: les deux ethnies revendiquent la totalité du pouvoir… Il

faut avoir le courage d’affronter la diversité comme une richesse pour le

pays».

L’archevêque ne tait pas les responsabilités de l’Eglise. «L’Eglise doit

remplir sa mission de réconciliation en s’engageant dans l’éducation de

tout le peuple à la justice. La faute de l’Eglise a été d’avoir trop longtemps gardé le silence. Si notre action avait commencé il y a 25 ou 30 ans,

si nous avions eu le même courage que ces dernières années, ce qui arrive

aujourd’hui ne serait probablement pas arrivé. Les coeurs se sont transformés en pierres». (apic/cip/pr)

2 décembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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