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apic/Burundi/interview de Mgr Bududira/Extrémisme politique
Burundi:Ce n’est pas un conflit ethnique, affirme (250595)
Mgr Bududira, président de la Conférence épiscopale
Les communautés de base, rempart contre l’extrémisme
Bruxelles, 25mai(APIC/CIP) Alors que le Burundi vit dans la crainte de
nouvelles flambées de violence, l’Eglise catholique encourage au sein de la
population les efforts de réconciliation et la résistance à la violence.
Pour Mgr Bududira, président de la Conférence épiscopale du Burundi, «ce ne
sont pas les rivalités ethniques qui sont la cause des tensions, mais les
appétits de pouvoir de quelques hommes politiques et des groupes extrémistes qu’ils excitent, tantôt chez les Tutsis, tantôt chez les Hutus».
Il y a quelques semaines, deux quartiers de la capitale burundaise Bujumbura étaient secoués par des actes de violence et des attaques de groupes extrémistes faisaient des morts dans le nord du pays. On avait pu
craindre alors l’explosion des tensions entre Hutus et Tutsis. Il ne s’agit
pas cependant d’un conflit ethnique, mais d’ambitions politiques, tient à
souligner Mgr Bernard Bududira, évêque de Bururi, dans interview accordée à
l’agence catholique belge CIP, à Bruxelles.
La population otage des factions extrémistes
La Conférence des évêques du Burundi dénonçait déjà ce phénomène dans sa
lettre pastorale de janvier. Elle y mettait en cause la classe politique
qui organise ou soutient des factions extrémistes, «dont la population se
sent chaque fois l’otage», précise Mgr Bududira. Par souci de tout un peuple, les évêques ont encouragé les politiques à faire oeuvre de réconciliation en optant pour la voie du dialogue et du compromis.
En avril, les évêques ont constaté des efforts visibles des responsables
politiques dans cette optique de réconciliation. Mais il suffit de quelques
groupes extrémistes soutenus par l’une ou l’autre «personnalité» politique
pour ranimer des tensions locales : «On enlève des personnes, on lance des
grenades, on fait croire à la libération d’un groupe ethnique aux dépens
d’un autre», a pu observer sur le terrain Mgr Bududira.
«Umumbano Rukristu», évangéliser à partir de la vie
Il y a 30 ans, Bernard Bududira, jeune prêtre, était étudiant à l’Institut Lumen Vitae à Bruxelles, au lendemain du Concile Vatican II. Ce fut
pour lui l’occasion de mener une recherche sur les impulsions à donner à
l’évangélisation et à la vie ecclésiale dans son pays. «Comment évangéliser
à partir de la vie ? Nous ne pouvons pas faire abstraction des relations
qui se sont déjà tissées dans un village ou dans un quartier. Mais il nous
faut les repenser, dans un sens évangélique, en vue d’élargir nos solidarités de destin. Voilà ce qui m’a conduit à insister sur ce que nous appelons
désormais: «Umumbano rukristu», c’est-à-dire la convivialité chrétienne.»
Nommé évêque de Bururi en 1973, Mgr Bududira a misé sur la formation de
communautés ecclésiale de base. «Umumbano rukristu» est devenu le maîtremot pour stimuler «la coresponsabilité, le dialogue, la concertation».
«Traditionnellement, explique l’évêque, les communautés villageoises ont
leurs notables. Dans les communautés ecclésiales de base, les notables ne
sont pas d’office ni uniquement les anciens, mais des personnes élues, jeunes et moins jeunes.
Ces responsables forment une équipe qui a pour mission d’animer la marche de la communauté en veillant à ce que trois ministères soient assumés:
celui de la justice et de la réconciliation; celui de la charité et de la
solidarité; celui de de la Parole et de l’éducation à la foi. Quant à moi,
je consacre trois jours par semaine à séjourner dans une communauté différente pour faire le point avec elle à la lumière de l’Evangile et pour
l’encourager.» Aujourd’hui, les communautés ecclésiales de base du diocèse
de Bururi constituent le premier rempart contre les incitations à la violence de la part des groupes extrémistes.
Une marche communautaire pour la vie et pour la paix
Depuis janvier, chaque visite de l’évêque se conclut par une marche
communautaire pour la vie et pour la paix. Une initiative concrète pour dynamiser les efforts de réconciliation et la résistance à la violence. De
semaine en semaine, ces marches mobilisent aussi bien les catholiques (45 %
de la population) que les protestants (30 %) et les marcheurs voient se
joindre à eux des responsables politiques et administratifs locaux.
(apic/cip/be)
Encadré
Des similitudes avec le Rwanda
Si l’on ne peut assimiler sans autre la situation du Burundi à celle du
Rwanda, les évêques des deux pays, qui se sont réunis fin janvier et
prévoient une nouvelle rencontre cet été, partagent une même analyse de
fond : «Notre problème numéro un est le manque d’éthique politique. Nos
deux pays connaissent, depuis des années, des luttes sans merci pour le
pouvoir. Ces luttes n’ont pas de cause proprement ethnique. Ce sont des
luttes idéologiques, qui se nourrissent d’ambitions individuelles. Et elles
révèlent l’absence d’un projet de société : une société pour tous !»
Favoriser les communautés de base et stimuler leur «convivialité chrétienne» pour qu’elle inspire à tous de nouveaux élans de solidarité et de
paix: c’est déjà esquisser, pour le Burundi, le projet du XXIe siècle.
D’ici là, on aura fêté en 1998 le centenaire de l’évangélisation du pays.
Un anniversaire dont les évêques entendent faire un grand événement, en
convoquant un Concile national. En attendant, les évêques veulent multiplier les sessions de formation pour animateurs de communautés de base,
dont ils espèrent faire des moteurs de la réconciliation et de la justice.
(apic/cip/be)



